L'essentiel
- Sumeria a lancé SIA, un assistant bancaire virtuel utilisant l'intelligence artificielle, capable d'interagir en langage naturel avec les utilisateurs et leurs comptes bancaires.
- Pour le développer, Sumeria a dû investir massivement dans diverses technologies, notamment des modèles de langage et des outils de reconnaissance optique des caractères.
- En plus d'améliorer l'expérience utilisateur, SIA permet à Sumeria de réaliser des économies, car il peut gérer plus de 80% des demandes habituellement traitées par un conseiller humain.
Son petit nom est SIA. Il est né en février 2026. Il s'agit de l'assistant bancaire virtuel lancé par Sumeria. L'application de paiement développée par l'établissement de monnaie électronique français Lydia Solutions est la première en France à tenter de reproduire l'expérience vécue (et de plus en plus appréciée) en utilisant des intelligences artificielles dites génératives, comme Chat GPT, Perplexity ou Gemini. Soit la possibilité d'interroger, en langage naturel, à l'écrit ou à l'oral, une machine capable de comprendre, de contextualiser et bien sûr de répondre à votre demande.
« SIA, affiche mon RIB » : cette néobanque française lance son assistant bancaire IA
Invoquée d'un simple clic depuis la page d'accueil dans l'application mobile de Sumeria, SIA permet, à la fois , d'obtenir de l'assistance, et d'interagir directement avec ses comptes. L'assistant est ainsi capable de préparer un virement, d'afficher votre IBAN ou de passer au crible votre historique bancaire pour obtenir des statistiques sur vos dépenses.
« Notre vision pour le futur »
Pour la jeune « néobanque » Sumeria, lancée en mai 2024, le développement de SIA représente un gros investissement. Pour le faire fonctionner, il lui a fallu développer un système complexe orchestrant de nombreuses « briques » technologiques : plusieurs modèles de langage, petits (on parle de SLM) et grands (LLM), mais aussi des outils de reconnaissance optique des caractères (OCR), des bases de connaissances et d'action dans l'application... Un gros boulot, probablement très coûteux, au service d'une « vision pour le futur », explique toutefois Cyril Chiche, fondateur et CEO de Lydia Solutions. « Demain, tous les services numériques grand public ressembleront à ça. Ne pas y aller serait une faute stratégique et professionnelle catastrophique. »
« Demain, tous les services numériques grand public ressembleront à ça »
Guillaume Yribarren, directeur de l'activité conseil du cabinet Galitt - Sopra Steria, est du même avis : « SIA marque le début d'une nouvelle histoire, d'une nouvelle façon pour les établissements financiers de proposer un canal de relations clients plus intuitif, plus personnalisé, plus efficace que ce qui a pu être mis en place auparavant. » Plus satisfaisant, notamment, que les chatbots de première génération déjà mis en place par de nombreux acteurs.
Une promesse d'inclusion... et d'économies
SIA permet ainsi à Sumeria de remplir une promesse. « Toute la philosophie de notre travail depuis le premier jour est de rendre les services bancaires numériques simples et naturels pour le plus grand nombre », rappelle Cyril Chiche. « Avec SIA, pour la première fois, nous y parvenons. Il n'y a plus besoin de connaître l'architecture de l'application, plus besoin de connaître le jargon : il suffit de parler ou d'écrire. »
Mais l'intérêt de développer une telle solution est aussi économique. SIA, en effet, va permettre de décorréler la croissance du nombre de ses clients et celle du nombre de ses conseillers. En clair, d'économiser sur les ressources humaines. « Nous avons pu constater que SIA répondait à un peu plus de 80% des demandes qui sont habituellement faites à un conseiller », confirme Cyril Chiche.
Les conditions de la confiance
L'autre enjeu pour Sumeria a été de créer les conditions de la confiance. Les réponses des IA conversationnelles accessibles au grand public, en effet, ne sont pas toujours de très bonne qualité, selon les sources utilisées. De nombreuses questions se posent également sur l'usage qu'elles font des données, parfois personnelles, transmises par les usagers.
Pour rassurer ses usagers sur ces sujets, Sumeria explique avoir limité le champ d'action de SIA à des données maîtrisées et validées : des données issues des transactions de l'usager, de la base de connaissances appartenant à Sumeria ou des contrats signés avec l'usager. « SIA ne va pas chercher sur Internet », résume Cyril Chiche.
Par ailleurs, Sumeria promet que les données fournies aux modèles de langage sont limitées au strict nécessaire et supprimées immédiatement après que la réponse a été fournie, en leur interdisant de les utiliser pour leur entraînement.
Cela suffira-t-il ? Guillaume Yribarren le pense. « Evidemment, les banques doivent faire très attention à ce qu'elles font », estime le spécialiste de la banque numérique. « Toutefois, je pense qu'il y aura de la part des usagers une présomption de fiabilité et de confiance vis-à-vis de ces agents proposés par leur banque ».
Et dans les autres banques ?
Reste une question : qu'attendent les autres banques de détail pour proposer ce type de service à leurs clients ? Les initiatives d'utilisation de l'IA générative pour améliorer l'expérience des clients restent, en effet, très limitées. Outre Sumeria, la seule à s'être résolument lancée est Hello bank !, la banque mobile de BNP Paribas, avec le lancement récent de la V2 de son chatbot HelloïZ.
« Helloïz, peux-tu faire un virement ? »... Les dessous de la nouvelle IA d'Hello bank
Revolut, de son côté, vient de lancer au Royaume-Uni, son marché d'origine, un assistant IA baptisé AIR (pour AI by Revolut) aux caractéristiques proches de SIA. La néobanque n'a pas encore fourni de date pour un prochain lancement en France.
RAS, en revanche, du côté des autres banques numériques, comme BoursoBank. Rien non plus dans les banques traditionnelles. Dans l'immédiat, ces dernières se contentent de fournir des agents IA à leurs salariés, en interne, pour personnaliser le conseil, améliorer l'octroi des crédits, détecter les fraudes... « Les fintechs mettent l'IA face au client, les banques mettent l'IA face au conseiller », résume Guillaume Yribarren.
Pour lui, il fait toutefois peu de doutes que toutes s'y mettront prochainement. « Celles qui ne seront pas en mesure de le proposer seront de facto reléguées au second rang », prédit le spécialiste de Galitt - Sopra Steria, qui annonce même l'apparition prochaine de la banque AI first, où l'agent conversationnel trônera au centre de la page d'accueil de l'application.
















