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Fortuneo

Portée par Instagram, la néobanque Vybe veut faire un carton chez les ados

Carte et application Vybe
DR

Cette banque mobile pour les 13-17 ans, qui se lancera officiellement à la rentrée, compte particulièrement sur Instagram pour se développer. Mais est-ce suffisant pour se démarquer des nombreuses autres néobanques pour adolescents (Revolut Junior, Pixpay, Kard...) ? Réponses de Vincent Jouanne, co-fondateur de Vybe.

C’est au début de l'année que les premiers articles de presse sur Vybe sont sortis. Mais votre aventure avait commencé quelques mois auparavant…

Vincent Jouanne : « Nous avons créé Vybe à 5, en juillet 2019. A ce moment-là, quelques néobanques pour enfants et adolescents, comme Kard, Xaalys et Pixpay, s’étaient lancées ou annonçaient leur sortie prochaine. Mais, en tant que membres de la génération Z, nous ne nous reconnaissions pas dans la manière dont ces acteurs communiquaient. Cela donnait un peu l’impression d’un « Hey ! Salut les d'jeuns ! C’est vos parents qui vous parlent ». Nous avons donc voulu lancer une néobanque à notre image, une néobanque faite par des jeunes pour des adolescents ! Cela a bien fonctionné. Sans application mobile, juste avec une landing page [page d'atterrissage d'un internaute après avoir cliqué sur un lien commercial, NDLR], nous avons récolté 100 00 pré-inscriptions en l’espace de 15 jours. A la suite, nous avons lancé en décembre notre application mobile. Celle-ci permet de précommander une carte de paiement et de parrainer ses amis. A ce jour, elle a été téléchargée plus de 270 000 fois et nous comptabilisons 170 000 précommandes. »

Ces chiffres paraissent énormes au regard du nombre de clients qu’ont réussi à capter les autres néobanques pour ados près d’un an après leur lancement : Pixpay revendique aujourd’hui 10 000 utilisateurs, Kard 50 000. D’où vient ce décalage ?

« A ce jour, notre appli a été téléchargée plus de 270 000 fois »

V.J. : « Alors que nos concurrents ont fait le choix, en phase de lancement, de collecter uniquement le numéro de téléphone des adolescents, nous avons décidé de les impliquer davantage, en leur permettant notamment de commander dès à présent la carte. A la fin de la précommande, nous les invitons également à rejoindre la communauté Vybe, à nous suivre sur Instagram, où nous sommes très actifs. »

Au stade actuel, celui de la précommande, les parents interviennent-ils dans le processus ?

V.J. : « Non, pas directement, mais au moment de rentrer son adresse et ses données personnelles, nous incitons l’adolescent à en informer ses parents qui, de toute façon, devront donner leur accord pour l’envoi de la carte. Cette validation parentale se passera 15 jours avant l'émission des premières cartes prévue pour septembre. »

Kard, Revolut Junior, Xaalys… Il y a de la concurrence sur le marché des néobanques pour ados. Pourquoi un parent et son enfant choisiraient Vybe plutôt qu’un autre compte bancaire, y compris dans une banque traditionnelle ?

V.J. : « Principalement, parce qu’aujourd’hui les adolescents n’ont pas envie d’être dans la banque de leurs parents. Pour qu’un ado choisisse une carte plutôt qu’une autre, il faut qu’elle lui semble cool et que ses amis l’utilisent aussi. D’où l’importance de développer notre marque et notre présence sur les réseaux sociaux. Et c’est plutôt réussi ! Nous avons aujourd’hui 49 000 abonnés sur Instagram, c’est beaucoup plus que les autres néobanques. Toutefois, il faut aussi que nous arrivions à parler aux parents, à leur montrer que Vybe est totalement sécurisée et qu’ils gardent en permanence le contrôle sur le compte de leur enfant. C’est pourquoi, dans les prochains mois, nous allons travailler à développer, comme nous le faisons côté enfants, une communauté de parents utilisateurs de Vybe. »

Une carte, une appli, du cashback... le tout (presque) gratuit

Accessible aux adolescents dès 13 ans, l'offre de Vybe se compose essentiellement d'une compte de paiement sans découvert possible, relié à une application mobile et une carte de paiement. Il s'agit d'une Mastercard prépayée qui, de fait, ne permet pas de faire des achats et des retraits si le compte n'est pas suffisamment approvisionné. Le compte, la carte, les virements interbancaires et les virements instantanés entre 2 comptes Vybe sont gratuits. En revanche, après 3 retraits aux distributeurs sans frais par mois, chaque nouvelle opération est facturée 1 euro.

Vybe propose aussi des fonctionnalités pour inciter l'ado à épargner, comme l'arrondi à l'euro supérieur qui permet à chaque paiement de mettre de côté quelques centimes. En parrainant ses amis, l'utilisateur de Vybe reçoit également 2 euros à chaque ouverture de compte, une somme qui peut être versée dans la cagnotte d'épargne de l'adolescent.

Pour intéresser les parents, votre concurrente Xaalys mise notamment sur le contenu éducatif. Est-ce une piste pour vous également ?

« Pour nous, l’éducation financière passe davantage par la pratique que par le contenu théorique »

V.J. : « Nous voulons aussi avoir ce côté éducatif. En ce sens, les parents disposent d’un espace personnel dédié où ils peuvent avoir accès au compte de l’enfant, bloquer ou débloquer en temps réel sa carte de paiement…. Nous pensons toutefois que l’éducation financière passe davantage par la pratique que par le contenu théorique, des quiz et des charades. C’est pour cela que nous proposons un outil d’épargne : des cagnottes que l’enfant peut alimenter avec du cashback. Lors d’un achat chez une marque partenaire, 2% à 5% du montant dépensé lui seront remboursés et versés sur sa cagnotte. Plus tard, nous prévoyons également de faire appel à des influenceurs pour apprendre aux enfants à utiliser leur compte et à gérer un budget. »

Du cashback comme outil éducatif… Est-ce que cela ne risque pas plutôt d’inciter les enfants à consommer davantage ?

V.J. : « L’idée n’est pas de les inciter à dépenser mais plutôt de leur donner des avantages dans les enseignes où ils se rendent fréquemment. Qui plus est, les parents gardent la totale maîtrise de cette fonctionnalité : ils peuvent désactiver dans leur portail certaines offres ou certaines marques s'ils le souhaitent. »

Curieusement, les néobanques pour jeunes qui se sont déjà lancées ne proposent pas le paiement mobile. La carte Vybe va-t-elle être compatible avec Apple Pay, Samsung Pay et autres Google Pay ?

V.J. : « Oui, dans un second temps. Le paiement mobile sera disponible courant octobre, mais je ne peux toutefois pas vous citer quels outils nous proposerons. »

Lire aussi : Revolut, Pixpay et bientôt La Banque Postale… Quel compte bancaire ouvrir pour votre enfant ?

Votre sortie commerciale est programmée pour la rentrée. Pouvez-vous nous en dire plus sur votre agenda ?

V.J. : « Dans un premier temps, en septembre, nous allons émettre 10 000 cartes en France. Cela va nous permettre d’observer le comportement de nos clients et de procéder aux ajustements nécessaires. Au bout de 2 à 3 mois, nous ouvrirons la totalité des précommandes validées. Cela devrait coïncider avec notre deuxième levée de fonds. »

Vous avez annoncé fin juin votre première levée de fonds de 2,2 millions d’euros à laquelle ont participé des acteurs emblématiques de la fintech comme Ronan Le Moal, ancien directeur général d'Arkéa. Ces derniers vous ont-ils mis en garde contre certains écueils à ne pas reproduire ?

« 7 à 8 mois après notre lancement, nous devrions dégager un bénéfice net par client »

V.J. : « Oui, ils nous accompagnent constamment au travers du conseil de surveillance que nous avons créé et où ils siègent. Ils ont notamment insisté sur l’importance du service clients, tout particulièrement quand on est, comme nous, un acteur en ligne. C’est pourquoi sur les 10 personnes travaillant chez Vybe - dont 5 fondateurs - 3 sont dédiées à répondre aux messages des clients. Et elles sont bien occupées : nous recevons 200 sollicitations par heure sur Instagram ! A court terme, le service après-vente sera composé de 5 à 6 personnes et sera scindé en deux : un répondra aux messages des ados et un second sera dédié aux questions des parents. »

A long terme, l’enjeu pour les néobanques est de trouver le chemin de la rentabilité. A ce jour, elles perdraient 30 euros par client en moyenne. Est-ce votre cas ?

V.J. : « Sans vous révéler la somme exacte, notre coût d’acquisition est plus bas que ce chiffre. Et nous estimons que l’on va arriver à générer environ 40 euros de revenus par utilisateur. Au bout de 7 ou 8 mois après notre lancement, nous devrions dégager un bénéfice net par client. »

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© MoneyVox / MEF / Juillet 2020

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