Pourquoi le gouvernement a-t-il choisi de créer un comparateur public ?
« Faire en sorte que la concurrence sexerce dans de bonnes conditions » : cest la première motivation évoquée par Michel Sapin à propos de ce lancement. Le comparateur qui sera mis en ligne lundi nest de fait quune étape dun effort plus large, entamé il y a cinq ans par la mise en place de lextrait standard des tarifs (EST) et qui va se poursuivre lan prochain par la mise en place dun « contrat de mobilité » destiné à faciliter le changement de banque, qui reste rare en France (1).
Sans remettre en cause la sincérité du projet gouvernemental, il faut toutefois rappeler que la mise en place dun comparateur de tarifs bancaires « officiel » est une des mesures imposées par une directive européenne de juillet 2014 (2). Larticle 7 de ce texte précise ainsi que « les Etats membres veillent à ce que les consommateurs aient accès gratuitement à au moins un site internet qui compare les frais facturés par les prestataires de services de paiement ( ). Les sites internet comparateurs peuvent être exploités, soit par un opérateur privé, soit par une autorité publique. »
Bercy a retenu la seconde option, bien quil existe déjà une offre de comparateurs de tarifs en France (voir lencadré en bas de larticle). Sans doute pour pouvoir afficher une « garantie de neutralité », selon le souhait de Michel Sapin.
Ce comparateur est-il un « gadget cher » ?
Sans surprise, ce choix de créer un nouvel outil a suscité lhostilité de certains des comparateurs existants. « ( ) On peut quand même sinterroger sur lintérêt de mobiliser des ressources et des fonds publics pour créer et maintenir un site internet qui rendra, partiellement seulement, un service qui existe déjà, sous plusieurs formes sur le marché, à la satisfaction des consommateurs », écrit ainsi Guillaume Clavel, président de Panorabanques, avant même que le comparateur public ne soit en ligne.
« Ça ne coûtera pas une fortune » a aussitôt répondu, dans un article publié par Le Monde, Daphné Salon-Michel, secrétaire général du Comité consultatif du secteur financier (CCSF), à qui Bercy a confié la gestion du projet. En effet, le comité publie déjà chaque année un observatoire des tarifs bancaires. Dans ce cadre, elle a conclu un partenariat avec le cabinet Sémaphore Conseil, qui lui fournit des données actualisées régulièrement sur la tarification des banques. Cest cette base qui va être utilisée pour le comparateur. Il ny a « pas dépenses complémentaires à ce stade », explique Daphné Salon-Michel. « Le surcoût est plutôt informatique, avec la création du site internet. »
Comment le comparateur se présente-t-il ?
cBanque a obtenu, de la part du CCSF, quelques précisions en avant-première. Il sagira dun comparateur au sens strict du terme, qui devrait sans doute laisser certains consommateurs sur leur faim. En effet, il ne sera pas possible de classer les banques selon les prix pratiqués sur un panier de services ou une ligne en particulier.
Bercy a fait le choix de ne retenir quun critère de présentation : lordre alphabétique. Histoire sans doute de ne pas valoriser systématiquement les banques 100% en ligne. Celles-ci, en effet, sont imbattables en matière de tarifs, puisquelles affichent la gratuité sur lessentiel des opérations du quotidien et sur les moyens de paiement. Mais elles ne sadressent pas à tous les clients, quelles sélectionnent par leurs revenus, et noffrent pas lensemble des produits et services accessibles généralement dans les banques traditionnelles.
Quelles lignes de tarifs ont été retenues ?
Cest une autre limite du comparateur public : il recensera uniquement les produits et services présents dans lextrait standard des services, qui ouvre obligatoirement les brochures tarifaires des banques depuis 2011. Soit une liste de 11 lignes tarifaires, les plus couramment facturées mais pas nécessairement celles qui font la différence au moment de choisir une nouvelle banque.
On y retrouve ainsi des tarifs où la gratuité est en passe de devenir la norme - laccès à la gestion de compte sur internet, les virements SEPA en ligne - ; dautres encadrés par la réglementation - les commissions dintervention plafonnées à 8 euros - ; dautres enfin considérés comme des produits dappel et où les écarts de tarifs sont relativement réduits dune banque à lautre - les cartes bancaires.
Le comparateur permettra néanmoins de comparer les politiques des banques en matière de frais de tenue de compte, un sujet sensible actuellement.
Lire par ailleurs : Bercy veut la transparence sur les frais de tenue de compte
Peut-on personnaliser la comparaison en fonction de sa consommation de services ?
Non. Le seul filtre possible est géographique : en arrivant sur le site, il faut en effet préciser son département, ce qui permet, dans le cas des enseignes mutualistes, de limiter la sélection aux banques présentes dans la région.
Cette quasi absence de personnalisation est un choix du CCSF, qui souhaite mettre en place loutil le plus simple, le plus ouvert et le moins intrusif possible. Le comparateur public peut ainsi promettre anonymat et confidentialité aux usagers. Il permet également aux consommateurs de signaler les manques et erreurs éventuels grâce à un formulaire dédié.
Au final, ce comparateur permettra-t-il de trouver la banque moins chère ?
La réponse est clairement non. Centré sur onze tarifs seulement, non personnalisable, ne prenant pas en compte les frais d'incidents ou le prix des packages, le comparateur public ne permettra pas à un consommateur de déterminer facilement quel est le meilleur choix dans son cas précis.
Il a toutefois une vertu : celle de mettre en lumière la problématique des frais bancaires, de rappeler que la banque est un secteur concurrentiel, sur lequel les consommateurs peuvent aussi espérer faire dimportantes économies sils se donnent la peine de confronter les offres.
Le marché des comparateurs en France
Le comparateur gouvernemental narrive pas sur un marché français exempt doutils de ce type. Plusieurs sites internet permettent déjà de sinformer sur les pratiques tarifaires des banques.
Cest le cas dUFC-Que Choisir. Lassociation de consommateurs a mis en ligne en juin 2012 un comparateur quelle promet « indépendant ». Il nest toutefois accessible quà ses abonnés, qui payent 6,99 euros par mois pour pouvoir accéder aux contenus numériques de quechoisir.org.
Deux autres comparateurs, Choisir-ma-banque.com (propriété de Meilleurtaux.com) et Panorabanques.com, sont édités par des courtiers et se financent grâce aux commissions de mise en relation avec leurs partenaires bancaires.
Enfin, le comparateur cBanque des frais bancaires offre un modèle intermédiaire. Loutil est en libre consultation et est financé par la publicité.
(1) Selon un sondage publié en avril par la Fédération bancaire française (FBF), 4% seulement des personnes interrogées avaient changé de banque principale au cours des 12 mois précédents.
(2) Directive 2014/92/UE du Parlement européen et du Conseil du 23 juillet 2014 « sur la comparabilité des frais liés aux comptes de paiement, le changement de compte de paiement et laccès à un compte de paiement assorti de prestations de base ».

















