Pierrick Houga, vous êtes un expert reconnu de longue date de la vérification des TEG. Depuis quelques années fleurissent les sites web proposant ce type dexpertise à une échelle quasi-industrielle. Quen pensez-vous ?
Pierrick Houga : « Il y a, je pense, un effet dentraînement. A la suite de décisions de justice favorables, des cabinets dexpertise financière ont fait de la communication sur le thème des TEG erronés, et sur léventualité de faire substituer au taux dintérêt de son crédit le taux dintérêt légal (1), généralement beaucoup plus favorable. Les Français ont été sensibilisés à cette problématique, et cela a donné lidée à certains de venir sur ce marché, pensant quon y gagnait beaucoup dargent. Le problème, cest que la multiplication de ces cabinets a pour conséquence de surcharger les tribunaux de dossiers non pertinents. Les emprunteurs se laissent entraîner, en pensant que ça passera systématiquement et sans difficultés. Cest une erreur : les juges connaissent bien le droit bancaire, et les avocats des banques aussi. La multiplication des procédures sans cause a tendance à agacer les juges, au détriment des véritables professionnels. »
Les promesses faites par ces « experts » sont-elles fondées ?
P.H. : « Lobjectif de ces sites est de faire rêver le prospect, de lui laisser penser quil va gagner sans coup férir. Pour attirer le chaland, ces sites opportunistes mettent en avant des pseudo-études, dont certaines vont jusquà affirmer que 80% des TEG sont faux. Ces chiffres, évidemment, ne reposent sur rien de sérieux. Les erreurs ne sont pas rares, mais elles ne sont pas non plus systématiques. »
Même si le phénomène est surévalué, comment expliquer que les erreurs de TEG soient aussi fréquentes ?
P.H. : « Cest difficile à expliquer. Il mest arrivé dêtre confronté à des banques, condamnées à plusieurs reprises pour TEG erroné, qui mettaient plusieurs années avant de corriger leur formule de calcul. Cela confine à lentêtement. »
De quelle manière un emprunteur peut apprécier lopportunité de contester le TEG de son prêt ?
P.H. : « La première chose est de ne pas faire une confiance aveugle à la publicité sur internet. En matière de TEG, rien nest jamais sûr : la jurisprudence évolue et les banques en jouent. Certains cabinets proposent une pré-analyse gratuite des dossiers, qui permet de déterminer sil y a erreur ou non, et si cette erreur est suffisamment significative pour être portée devant les tribunaux. Il y a toutefois une difficulté supplémentaire : certains experts se contentent de produire des rapports très bien présentés, mais laissent ensuite le client se débrouiller pour les suites judiciaires, au risque de le laisser choisir un avocat peu au fait de la jurisprudence sur le TEG. Beaucoup dintervenants recommandent de privilégier les binômes composés dun avocat et dun expert financier. Un véritable expert, par ailleurs, est à même de vérifier non seulement des TEG sur les crédits immobiliers mais aussi sur lensemble des crédits court, moyen et long terme, avec des utilisations par tirage de billets ou par utilisation du compte courant. »
Comment repérer les pseudo-experts ?
P.H. : « En général, ils captent lattention des prospects en leur faisant miroiter des montants de gain : ''Nos résultats moyens, ce sont 40.000 euros de rétrocession par la banque''. Cest très vendeur, mais ça na pas de sens, car le résultat à attendre est très variable selon les crédits. Ensuite, il faut se méfier des experts incapables de produire des références précises de jugements favorables, car cest en général quils nen ont pas. Certains pseudo-experts vont ainsi expliquer à leurs clients quils nont que des résultats officieux à leur présenter, car les banques attaquées ont préféré proposer une transaction plutôt que daller au bout de la procédure judiciaire. Enfin, il faut prendre le temps de bien visiter les sites, pour repérer les fautes dorthographe grossières, vérifier les mentions légales, sassurer que la société dexpertise est bien nommée, quelle dispose dun numéro SIRET et dun numéro de téléphone fixe. »
Estimez-vous que cette activité devrait être régulée, que lEtat devrait intervenir pour encadrer ces professions ?
P.H. : « Non, je pense que la profession va se réguler delle-même, que les mauvais vont disparaître. Le mouvement a déjà commencé. Il y aura malheureusement toujours des victimes de pratiques commerciales trompeuses. Les clients et les prospects doivent être plus vigilants sur les promesses faites. Il ne faut pas rêver : monter un dossier de contestation de TEG face à un tribunal est une procédure longue et aléatoire. Il faut aussi se préparer : lorsquon attaque une banque, les relations avec elle deviennent difficiles. »
Quest-ce que le TEG ?
Le taux effectif global dun prêt intègre dans son calcul tous les frais imposés par la banque prêteuse pour quelle accepte de financer le prêt : frais de dossier, assurances, etc. Il concerne notamment tous les crédits consentis aux particuliers et permet de comparer efficacement différentes offres de financement à durées similaires. Son calcul, toutefois, est complexe et peut être sujet à interprétation.
Plus dinfos dans notre page consacrée à la jurisprudence sur le TEG.
(1) Le taux dintérêt légal, utilisé notamment pour calculer les pénalités de retard de paiement, est fixé chaque semestre par arrêté. Il peut se substituer au TEG dun crédit immobilier dans le cas où celui-ci est jugé erroné par un tribunal. Son niveau est actuellement de 1,01%.
















