Les erreurs sont rares, mais elles existent : parfois, une banque peut se tromper, de bonne ou de mauvaise foi, au moment de déterminer le taux effectif global (TEG ou TAEG) dun prêt quelle accorde. Le calcul de ce taux, censé refléter le coût réel dun crédit, est en effet complexe. Il tient compte des intérêts et de lensemble des frais annexes lorsquils sont obligatoires : frais de dossier, de cautionnement, dassurance, etc.
Afin daider lemprunteur à comparer les offres qui lui sont faites, les banques ont lobligation de lui communiquer ce TEG, dès loffre de prêt. Mais que se passe-t-il sil savère erroné ? Lemprunteur est alors en droit de le contester devant les tribunaux qui, sils lui donnent raison, peuvent aller jusquà prononcer la nullité des intérêts contractuels et leur substitution par le taux dintérêt légal, actuellement de 0,89%. Une très bonne affaire potentielle, pour lemprunteur, qui peut espérer récupérer dans certains cas des dizaines de milliers deuros. Mais en la matière, tout dépend de la jurisprudence et de la manière dont les juridictions choisissent de lappliquer.
Lire sur cBanque : la jurisprudence sur le TEG
Un appel dair au début des années 2010
Au début des années 2010, alors que la crise des subprime mettait en péril le système bancaire et que des dizaines de collectivités sapercevaient que les emprunts quelles avaient contractés savéraient toxiques, les magistrats avaient ainsi tendance à prendre des positions très dures, selon une logique binaire : un TEG est exact ou ne lest pas. A lépoque, une simple différence au millième pouvait ainsi entraîner la nullité des intérêts. Une intransigeance qui a fini par créer un énorme appel dair, dans lequel se sont engouffrés des dizaines de cabinets dexpertise, anciens ou nouveaux.
Leur business : porter la contestation de TEG à un niveau quasi-industriel, avec une recette en deux temps. Premier temps : démarcher des centaines de clients potentiels, en leur proposant, gratuitement ou moyennant quelques centaines ou milliers deuros, dexpertiser leur crédit à la recherche dune erreur de TEG. Second temps : leur proposer de négocier une indemnisation avec la banque concernée, ou en dernier recours de lattaquer en justice si elle refuse. Une de ces officines est même allée plus loin : elle a proposé à ses clients de souscrire une assurance, qui les couvre en cas déchec devant la justice. Plus rien à perdre, tout à gagner : difficile de résister à la proposition. Le nom de ce cabinet : Humania Consultants.
Relire notre article de 2016 : Contester le TEG de son crédit devant le juge : coup de poker ou martingale ?
La quête de la martingale
Créé en 2013 par Daniel Margutti, comme le rapporte le blog « SOS Conso » du quotidien Le Monde, Humania Consultants est devenu depuis le symbole de lhécatombe des « expertiseurs » de crédit. Liquidée en décembre 2017, la société a laissé des milliers de clients sur le carreau, qui ne reverront sans doute jamais les milliers deuros payés.
Pourtant, le projet était bien pensé. Pour profiter à plein de lintransigeance des tribunaux, Humania a, comme dautres cabinets, épluché les règles de calcul du TEG. Objectif : trouver la faille qui permettra de « gagner » à tous les coups. Inventer une erreur, en quelque sorte, qui permet de contester potentiellement les TEG de tous les crédits de France. La « martingale » dHumania sera ainsi de contester systématiquement le taux de période, taux calculé pour une durée unitaire correspondant à la périodicité des remboursements effectués par lemprunteur, qui sert de base au calcul du TEG.
Dans le même temps, le cabinet sappuie sur un réseau dapporteurs daffaires rémunérés à la commission pour attirer la clientèle potentielle. Lactivité décolle : selon un spécialiste du dossier Humania, entre 6 000 et 8 000 emprunteurs se sont laissés convaincre.
La Cour de cassation bouche les brèches
Mais tout ne se passe pas comme prévu. Les banques commencent par refuser de négocier, en labsence derreur matérielle de leur part. Puis un certain nombre de procès sont organisés. Dans un premier temps, la justice se montre plutôt favorable aux emprunteurs. Puis de plus en plus de procès sont perdus. La jurisprudence saffine, refermant petit à petit toutes les brèches ouvertes par les cabinets spécialisées. Et les tribunaux, face à lafflux des dossiers, finissent par siffler la fin de la récré, en déboutant quasi-systématiquement les emprunteurs. A peine apparu, le marché de la contestation en masse des TEG sévapore, en même temps que nombre des cabinets qui lont construit de toutes pièces.
Laffaire Humania Consultants, elle, ne sarrête pas là. Déboutés par la justice, les clients de lofficine se retournent vers Garantie Assistance, lassureur qui a accepté de les couvrir dans ce cas de figure. Jusquen août 2016, la filiale de CNP accepte de verser les indemnités prévues (3 500 euros, puis 8 200 euros à partir davril 2015). Puis elle cesse brutalement et, en octobre 2016, dénonce le contrat collectif souscrit par Humania Consultants. Motif : ce dernier se serait rendu coupable de « fausse information intentionnelle » en sous-estimant délibérément le risque. Dans la foulée, elle porte laffaire devant les tribunaux. Daniel Margutti, le gérant dHumania, réplique en mars 2017 en déposant une plainte pour escroquerie.
Cest donc devant les tribunaux que va se jouer lépilogue de laffaire, au terme dune procédure qui devrait durer de longues années. En attendant, les emprunteurs appâtés par les gains promis par lofficine, eux, nont que peu despoir de récupérer leur mise.
















