Blocage temporaire, modification des plafonds, désactivation des paiements en ligne ou sans contact, etc. Petit à petit, ces nouvelles fonctionnalités font leur apparition dans les applications mobiles des banques françaises. Objectif : permettre aux usagers de prendre en main la sécurisation de leur carte bancaire, en fonction de leurs usages et de leurs besoins.
Cette gestion fine et en temps réel des paramètres des cartes bancaires, était au départ lapanage des banques 100% mobiles. Ces acteurs émergents gardent dailleurs un temps davance. Revolut par exemple : depuis leur appli, les clients de la néobanque britannique peuvent bloquer et débloquer leur carte, mais aussi afficher leur code secret en cas doubli, débloquer ce code sil se sont trompés à 3 reprises, autoriser Revolut à les géolocaliser pour repérer déventuelles transactions suspectes, désactiver la bande magnétique de la carte
Mais ces fonctionnalités arrivent également dans les banques traditionnelles, preuve quil sagit dune tendance de fond. La Banque Postale par exemple a lancé en mars dernier une nouvelle version de son application mobile, qui propose un large choix de paramètres.
Quelles sont les fonctionnalités proposées ?
Une des nouvelles fonctionnalités les plus courantes, et sans doute une des plus utiles, est le blocage temporaire de la carte. Elle permet de mettre sa carte sur « Off », donc dinterdire tout paiement, si vous lavez égaré ou oublié quelque part, puis sur « On » quand vous lavez retrouvée. Cela permet déviter une mise en opposition définitive, qui entraîne des frais de refabrication (13 euros en moyenne selon notre comparateur). Attention toutefois : en cas de vol ou de perte avérée, faire opposition reste indispensable.
De plus en plus dapplications proposent également des réglages plus fins, permettant de désactiver uniquement certains types de transactions : les paiements sans contact, les paiements à distance (sur le web ou par téléphone), les paiements à létranger, les retraits de cash Autre fonction de plus en plus souvent proposée, la modification temporaire ou définitive des plafonds de paiement avec effet immédiat. Pratique, pour faire face à des dépenses inhabituelles.
Dautres fonctionnalités sont plus rares, mais se démocratisent : la personnalisation du code secret, la désactivation de la piste magnétique , linterdiction des paiements dans certaines zones géographiques
Pourquoi est-ce nouveau ?
Pour que la promesse de ces nouvelles fonctions - sécuriser vous-mêmes lusage de votre carte - soit remplie, il y a une condition : quelles puissent être activées et désactivées en temps réel. Comment cela fonctionne-t-il ? Tout se joue au niveau du serveur dautorisation. Lorsque, par exemple, vous décidez de désactiver votre carte bancaire depuis lappli, votre banque modifie, sur le champ, les paramètres qui en régissent lusage, de façon à répondre négativement à toute demande dautorisation de paiement ou de retrait.
Toutefois, pour que le système fonctionne efficacement, il faut que cette demande dautorisation ait bien lieu. Or ce nest pas toujours le cas : la plupart des cartes bancaires en France sont conçues pour tolérer certains paiements dits « offline », cest-à-dire sans autorisation. Ceci pour éviter à leurs clients le désagrément dun refus de paiement lorsque le terminal de paiement - parce quil est trop ancien ou quil y a un problème - ne parvient pas à contacter le serveur dautorisation. Résultat : même si cest à la marge, il peut y avoir des trous dans la raquette.
Ces nouvelles fonctionnalités, pour être réellement efficaces, vont donc nécessairement de pair avec la généralisation de lautorisation systématique. Le processus est en cours. Déjà, les terminaux de paiement dancienne génération, fonctionnant sur le vieux réseau téléphonique analogique, sont progressivement remplacés par des modèles plus fiables et performants, fonctionnant sur les réseaux numériques et permettant de ramener de 25 à 5 secondes maximum le délai dautorisation. En parallèle, certaines enseignes nhésitent plus à proposer des cartes haut de gamme à autorisation systématiques.
Lire sur le sujet : ING, Boursorama, Orange : cette révolution qui brouille les cartes
Et petit à petit, cest toute lindustrie qui bascule vers le « 100% online ». « Les banques y vont de plus en plus », confirme un spécialiste de la monétique, sous couvert danonymat. « En raison de l'évolution des comportements des clients mais aussi et surtout du nombre croissant dincidents de paiements. Elles préfèrent rejeter un paiement dun euro plutôt que de laisser passer et facturer ensuite 8 euros de commissions dintervention avec une gestion humaine du risque. »
Pourquoi il faut les utiliser avec discernement
Séduisantes sur le papier, ces fonctionnalités sont toutefois à utiliser avec discernement. À trop sécuriser lusage de sa carte, on risque en effet de multiplier les cas d'échecs de paiement, et donc de stress. « Laisser la main au porteur afin de gérer finement sa carte est à double tranchant », confirme notre spécialiste du secteur. « Les utilisateurs avertis vont apprécier cette autonomie et la maîtrise qu'ils auront. Mais les moins aguerris devront peut être lutiliser avec parcimonie pour ne pas générer de refus. »
Exemple. Si vous nêtes pas amateur de commerce électronique, il peut être tentant de désactiver les paiements à distance. Mais attention : cette restriction sappliquera aussi aux paiements effectués par téléphone - par exemple pour réserver une chambre dhôtel ou une place de spectacle - ou au règlement de services en ligne, comme Netflix.
Autre limite de ces nouvelles fonctionnalités : elles peuvent laisser penser quutiliser sa carte comporte des risques importants. Or, si elle existe, la fraude apparaît sous contrôle en France : un euro fraudé pour 1 612 euros payés en 2018 (0,062%), tous types de paiements confondus, selon lObservatoire 2018 de la sécurité des moyens de paiement de la Banque de France. Un chiffre quasi stable par rapport à 2017 (0,058%), alors que les Français utilisent de plus en plus leur carte bancaire, notamment pour des paiements à distance (+22% entre 2017 et 2018).



















