La présidente de la Banque centrale européenne Christine Lagarde a affirmé lundi que lutter contre les écarts entre taux d'emprunts souverains est « au cœur du mandat » de l'institut, désamorçant les critiques qui estimeraient que la BCE sort de son rôle.

La BCE définit sa politique monétaire pour dix-neuf pays en zone euro et « la lutte contre la fragmentation » est « une condition préalable à la bonne transmission » de cette politique, a déclaré Christine Lagarde lors d'une audition devant le Parlement européen. Cette lutte contre la fragmentation « est au cœur même du mandat » de la BCE, a martelé la Française.

L'institution monétaire a dû réagir d'urgence la semaine dernière pour montrer sa détermination à contrer tout dérapage des taux en zone euro et toute panique sur la dette italienne.

L'annonce d'une remontée prochaine de ses taux directeurs avait mis le feu aux poudres sur les marchés, avec une envolée des coûts d'emprunt des pays les plus endettés, notamment ceux de l'Italie.

Les contours du nouvel instrument anti-crise de la BCE encore flous

Ces écarts de taux d'emprunt souverains entre pays membres de la zone euro, dénommés « spreads », « vous devez les tuer dans l'œuf si vous ne voulez pas laisser le risque de fragmentation se produire et nuire à la transmission de la politique monétaire », a assuré Mme Lagarde. « Personne ne devrait douter de notre détermination et de notre engagement », a-t-elle martelé.

Car si elle ne réagit pas, la BCE « ne fait pas le travail qui nous est confié par le traité, qui est de garantir la stabilité des prix » définie par une inflation à 2%, a-t-elle argumenté.

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La BCE a annoncé la semaine dernière qu'elle allait mettre au point un nouvel « instrument anti-fragmentation » pour contrôler les fameux « spreads ». Cette initiative a stoppé pour le moment les tensions sur la dette souveraine italienne.

Mais les contours du nouvel instrument anti-crise de la BCE restent flous et il risque de faire l'objet de critiques de la part de ceux qui y voient une forme de financement monétaire des Etats, interdit par le Traité européen. Un outil similaire décidé en réponse à la crise de la dette de 2012 avait pour cette raison été attaqué par des eurosceptiques allemands devant la Cour constitutionnelle.

Le président de l'institut économique allemand ifo, Clemens Fuest, a ainsi mis en garde les gardiens de l'euro, la semaine dernière : « la BCE veut commencer à aider financièrement certains Etats membres en limitant les écarts de taux d'intérêt. Cela conduira à de nouveaux débats sur les limites du mandat de la BCE », a-t-il estimé dans le quotidien Bild.