A deux jours du premier tour des élections législatives, le gouverneur de la Banque de France a mis en garde vendredi contre une utilisation « trop optimiste » de certains paramètres de ses modèles économiques, une critique adressée en creux à la Nupes de Jean-Luc Mélenchon.

« La Banque de France est totalement indépendante et n'a pas à faire de commentaires politiques », a affirmé François Villeroy de Galhau sur BFM Business. « Mais c'est mon devoir d'apporter certaines précisions factuelles », a-t-il ajouté alors que Jean-Luc Mélenchon, le leader de la Nouvelle union populaire, écologique et sociale (Nupes) dit avoir chiffré son programme « à partir du modèle de la Banque de France ».

Selon les calculs du chef de file de la France insoumise, la mise en œuvre du programme de la Nupes engendrerait ainsi 250 milliards d'euros de dépenses publiques supplémentaires chaque année, et 267 milliards d'euros de recettes pour l'Etat. L'alliance des gauches se dit par ailleurs prête « à ne pas respecter certaines règles » européennes.

La Banque de France ne chiffre ni valide « aucun programme »

« La Banque de France n'a évidemment pas chiffré, et encore moins validé, aucun programme des candidats » aux législatives, a souligné vendredi François Villeroy de Galhau. « Elle met en garde en particulier contre l'utilisation mécanique et trop optimiste de ce qu'on appelle des multiplicateurs budgétaires, sortis de tout contexte », a-t-il poursuivi.

« Si la France dépensait trop et devait emprunter encore davantage, elle inspirerait moins confiance à ses prêteurs et le coût de sa dette pourrait augmenter rapidement », a insisté le gouverneur, citant l'exemple de l'Italie en 2018, lors de l'arrivée au pouvoir d'une coalition eurosceptique. « Contrairement à ce qu'avancent certains, il ne faudrait pas dans ce cas compter sur la BCE pour acheter davantage de dette publique française », a assuré François Villeroy de Galhau.

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Pas d'annulation de la dette possible

« Elle ne pourrait pas davantage annuler la dette publique française, parce c'est contraire au traité fondateur de l'euro », a-t-il précisé. « On ne peut pas à la fois vouloir garder l'euro et refuser les règles du jeu collectif européen », a estimé le gouverneur, qui s'exprimait au lendemain de l'annonce par la Banque centrale européenne d'un début de normalisation de sa politique monétaire.

« Vous pouvez nous faire confiance » sur la gestion économique, avait au contraire affirmé mardi Jean-Luc Mélenchon lors de la présentation de son programme d'économie « régulée ». Plus de 170 économistes ont par ailleurs signé jeudi sur le site du Journal du dimanche une tribune de soutien au programme économique de la Nupes.