Les grands acteurs américains et asiatiques du numérique pourraient bénéficier d'un « avantage non négligeable », et donc problématique du point de vue de la concurrence, dans le secteur des paiements, grâce à leurs données collectées, a averti jeudi l'Autorité de la concurrence.

« Les avantages détenus par les Big Tech sur leurs marchés d'origine (...) peuvent créer des problématiques et des abus », a prévenu lors d'une présentation à la presse Isabelle de Silva, présidente de l'Autorité, à l'occasion de la pubication d'un avis sur cette question. Derrière l'appellation « Big Tech », sont principalement visés les géants américains Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft, ainsi que les chinois Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi.

Selon le régulateur, les données collectées dans le cœur de métier « pourraient leur procurer un avantage non négligeable dans le secteur des paiements et, réciproquement, les données collectées via les services de paiement qu'ils proposent pourraient leur permettre de renforcer encore l'attractivité de leurs plateformes respectives ». A cela s'ajoutent « une puissance financière considérable » et un positionnement comme initiateur de paiement, et non comme opérateur, qui leur permet d'éviter un certain nombre de contraintes réglementaires très lourdes.

Lorsque la directive européenne a créé cette possibilité, « on n'imaginait pas forcément que les Big Tech allaient s'engouffrer à travers cette brèche », a souligné Isabelle de Silva.

Pas encore d'exemple d'abus

Autre motif d'inquiétude, l'accès à la technologie NFC, qui permet les paiements par le biais d'un téléphone. La Commission européenne a ouvert en juin dernier plusieurs enquêtes visant Apple, dont l'une concerne le fait que l'entreprise réserve l'utilisation de son antenne NFC à Apple Pay, l'application qu'elle a développée.

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Hormis ce cas, l'Autorité de la concurrence a indiqué ne pas avoir encore d'exemple d'abus, mais l'objectif de l'avis rendu est justement de « se tenir prêt à intervenir extrêmement rapidement » si nécessaire, a précisé Lauriane Lépine-Sarandi, rapporteure générale adjointe de l'insitution.

Des craintes liées à la blockchain

Le développement de la blockchain pose également des risques concurrentiels, a relevé l'Autorité dans son avis. Ces profondes évolutions qui touchent le secteur des services pourraient, in fine, engendrer une « remise en cause du modèle de banque universelle » et une « marginalisation des acteurs bancaires traditionnels », a souligné le régulateur.