Conçus comme une réponse à l’émergence en France de nouveaux acteurs comme Nickel, N26 ou Orange Bank, les comptes à 2 euros par mois des grandes banques françaises ne parviennent pas, pour l’instant, à rivaliser. Est-ce vraiment leur vocation ?

C’est ce qu’on appelle un coup de génie. Lancé début 2014 par un établissement de paiement inconnu, la Financière des Paiements Électroniques, le compte Nickel approche aujourd’hui des 2 millions de clients et des 6 000 points de vente. Sceptiques au départ, les observateurs ont dû se rendre à l’évidence. Le concept unique au monde de Nickel - un compte et une carte disponibles en quelques minutes en bureau de tabac, pour 20 euros par an - a comblé un manque chez certaines catégories de la population, celui de disposer d’un compte bancaire facile d’accès et pas cher, pour payer et être payé.

Le succès de Nickel - racheté par BNP Paribas en juillet 2017 -, mais aussi celui de néobanques venues de l’étranger (N26, Revolut) ou de France (Orange Bank) - a contraint les banques de détail à réagir. Fin 2017, la première d’entre elles par le nombre de clients, le Crédit Agricole, a lancé EKO, une nouvelle offre limitée, mais pas chère : 2 euros par mois. Elle a fait école : fin 2018, la Caisse d’Epargne propose, avec Enjoy, un produit très proche. Puis c’est le tour de LCL (Essentiel), de La Banque Postale (Ma French Bank) et enfin de la Société Générale (Kapsul).

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Des chiffres décevants (ou cachés)

Cette réponse de l’industrie a-t-elle été efficace ? A-t-elle permis de freiner Nickel et les néobanques ? Pas vraiment. Malgré la concurrence et la crise sanitaire, le « compte sans banque », pour reprendre son slogan originel, a réussi une excellente année 2020, attirant 400 000 nouveaux clients, soit une croissance de 27% en un an. N26, de son côté, annonce 1,7 million de clients en France. Les chiffres des comptes à 2 euros (quand ils sont communiqués) sont moins fastes, comme le montre le tableau ci-dessous.

LancementObjectifNombre de clients fin 2020Croissance 2020
Enjoy (Caisse d'Epargne)Décembre 2018NCNCNC
EKO (Crédit Agricole)Décembre 2017500 000 en 2022160 00028%
Ma French Bank (La Banque Postale)Juillet 20191 million en 2025250 000 (fin novembre)100%
Essentiel (LCL)Avril 2019NC37 00085%
Kapsul (Société Générale)Janvier 2020NCNCNC

Les banques sont satisfaites

Les comptes à 2 balles sont-ils pour autant des échecs ? Officiellement, non ! Avec 35 000 nouveaux comptes ouverts en 2020 et une croissance annuelle limitée à 28%, EKO marque pourtant le pas et aura du mal à atteindre son objectif initial : une demi-million de comptes en 2022. Le Crédit Agricole, toutefois, positive : EKO « répond largement à nos ambitions de conquête », explique la communication de la banque verte, avec « 72% de prospects [nouveaux clients dans la banque, NDLR] », dont « 57% […] sont âgés de 18 à 35 ans ».

Même son de cloche du côté de LCL, satisfaite avec les 50% de nouveaux clients sur les 37 000 captés par l’offre Essentielle à fin 2020, et à La Banque Postale. Avec 250 000 clients revendiqués à fin novembre 2020, la conquête de Ma French Bank « correspond à l’évolution que nous avons prévu, avec pour objectif plus d’un million de clients à horizon 2025 », commente la communication de LBP. Sans donner de chiffres, la Société Générale estime que Kapsul « a su répondre aux besoins d’une certaine clientèle (offre souple et à petit prix / autonomie/expertise des conseillers) ». No comment, enfin, du côté de la Caisse d’Epargne et d’Enjoy. Toutes le confirment : ces offres vont continuer à exister, en agences ou sur le web, dans le cas de la Caisse d’Epargne ou de la Société Générale.

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« Testez-nous à moindre coût »

« Ces offres ont-elles réellement vocation à attirer une large clientèle ? » C’est la question que pose Guillaume Alméras, fondateur du site de veille et de conseils Score Advisor. « A deux euros par mois, elles peuvent difficilement être rentables… Quel intérêt ont ces réseaux à vendre des comptes à perte ? » Pour ce spécialiste des stratégies bancaires, ces offres ont un autre objectif : « Elles permettent de dire à de potentiels nouveaux clients, des jeunes notamment : plutôt que d’aller voir ailleurs, testez-nous à moindre coût, sans engagement. » Avec leurs package plutôt bas de gamme, elles ont aussi l’avantage « de justifier, par contraste, le prix des formules plus complètes et qualitatives ».

Une analyse confirmée, en creux, par la communication du Crédit Agricole. EKO est de fait « devenue une porte d’entrée » vers le reste de l’offre de la banque : 2 clients sur 3 « se sont multi-équipés, avec en moyenne 3 produits complémentaires (sur l’ensemble de nos familles de produits) ». Résultat : « le PNB [chiffre d’affaires, NDLR] moyen d’un client EKO est supérieur aux prévisions ».

Pour Guillaume Alméras, ces « comptes à 2 balles » sont donc des réponses plutôt habile à l’émergence des néobanques comme N26, Revolut ou Orange Bank, plutôt qu’une riposte anti-Nickel. « Nickel s’adresse à une autre population, plus démunie, qui n’intéresse pas forcément les grands réseaux. »

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