Hormis un logo et quelques drapeaux ornés du lion orange, limmeuble est plutôt discret. Nous sommes à Amsterdam, à quelques encablures du stade de léquipe de foot locale, lAjax. Cest ici que ING a installé son ING Customer Experience Center. ICEC pour les intimes.
Quest-ce que lICEC ? Un « accélérateur interne dinnovation », pour reprendre la terminologie en vogue dans la nouvelle économie du numérique. Un lieu, pour résumer, où ING concentre des ressources - humaines et financières notamment - pour réduire au maximum le temps qui va sécouler entre lémergence dune idée et son éventuelle concrétisation. Eventuelle, car laccélérateur sert aussi à faire le tri très rapidement entre les innovations qui ont un avenir commercial, et celles qui nen ont pas, ou pas encore. Pour être sélectionné, le projet doit notamment répondre à une question : mon futur produit est-il susceptible d'apporter un plus dans la vie des clients ?
Eléphant contre lévriers
En toile de fond, un autre enjeu : éviter la désintermédiation. Lémergence de jeunes sociétés technologiques dans le domaine financier - les fameuses fintechs - fait courir aux banques traditionnelles le risque de perdre le lien direct avec le client au profit de nouveaux acteurs plus agiles, proposant de meilleurs services aux clients.
Si en France, ING Direct, banque 100% à distance, reste en effet un acteur secondaire - un million de clients environ en 17 ans de présence -, sa maison mère néerlandaise est elle un mastodonte bancaire, qui compte 36,5 millions de clients dans 14 pays et plus de 50 000 collaborateurs. Permettre à cet « éléphant » de courir aussi vite que les « lévriers » de la fintech, cest le premier objectif de lICEC.
Ignacio Juliá Vilar : « ING, une tradition dinnovation »
En tant que patron de linnovation et de la banque de détail du groupe ING, lEspagnol Ignacio Julia Vilar chapeaute lICEC. Pour lui, cet accélérateur trouve sa place dans lhistoire dING, faite de pragmatisme et dinnovation. Un exemple ? ING Direct, concept innovant de banque directe lancé dans les années 1990, qui lui a permis de simplanter en France, mais aussi en Espagne, en Italie ou en Allemagne sans avoir à y ouvrir dagences.
Les défis actuels : l'adaptation à l'ère du mobile bien sûr, mais aussi au nouveau contexte réglementaire, notamment à la nouvelle directive européenne sur les services de paiement. Un texte quING veut voir comme une opportunité plutôt que comme une contrainte.
Des équipes de 3 à 5 personnes
Une salle de travail qui ressemble à un terrain de basket, une autre à un bloc opératoire ; des couleurs vives, des murs peints ; aucune cloison autre quen verre ; de grands espaces transparents, ouverts sur lextérieur : nous sommes bien à lICEC dans lunivers de la nouvelle économie numérique. Ici, 26 équipes travaillent conjointement, chacune composée de 3 à 5 personnes avec des compétences variées : des managers, des spécialistes du marketing, des ingénieurs, des juristes, etc.
Tous ne sont pas des salariés dING. LICEC a aussi pour objectif daccueillir et dépauler des entrepreneurs externes, sélectionnés au terme de boot camps, sorte de concours déloquence. Tous ne travaillent pas non plus sur des nouveaux services financiers : laccélérateur accueille des idées dans des domaines variés : cybersécurité, big data, économie circulaire, de partage, etc.
9 mois de lidée au produit
Toutes les équipes, en revanche, ont les mêmes contraintes. Transformer dabord lidée en concept : elles ont 3 mois pour cela. Si elles échouent au terme de ce délai, le projet est abandonné. Pas un drame : échouer fait partie du processus, limportant pour ING étant de ne pas gaspiller de précieuses ressources dans des projets sans avenir commercial. Les projets validés, eux, ont 6 mois supplémentaires pour proposer un pilote. ING vise ainsi un délai de 9 mois entre lidée de départ et le produit prêt à être commercialisé, et espère à terme le ramener à 6 mois.
Au terme de leur passage à lICEC, que deviennent les pilotes ? Cela dépend. certains vont prendre leur envol en autonomie et devenir des marques à part entière, avec lesquelles ING va conserver des liens, technologiques et/ou capitalistiques. Cest le cas, pour ne citer que les plus connus, du paiement mobile Payconiq, du paiement entre pairs Twyp, de lagrégateur Yolt ou encore du service de transfert dargent Moneytis. Dautres vont être intégrés, poursuivre leur développement en interne, pour venir au final enrichir, espère ING, lexpérience de ses clients.
Une plateforme bancaire européenne
ING Direct a beau être une banque en ligne, son invention remonte aux années 1990. Cest pourquoi sa maison mère investit dans le développement dune nouvelle plateforme bancaire. Baptisée Model Bank, elle est développée en Espagne et sera également déployée à terme dans 5 marchés secondaires dING : outre lEspagne, lItalie, la République tchèque, lAutriche et donc la France. Model Bank est encore en bêta, mais son déploiement pourrait d'ailleurs commencer par l'Hexagone.
Autre signe quING réfléchit de plus en plus à léchelle européenne, la carte bancaire nouvelle génération est un projet piloté depuis la Pologne, mais déployé dans plusieurs pays, dont la France. Elle commence à être distribuée dans lHexagone, dabord aux nouveaux clients, puis dans les semaines à venir aux anciens, à commencer par ceux dont la carte actuelle arrive bientôt à échéance.
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