Pierre Ruhlmann, HSBC France investit lourdement actuellement pour améliorer lexpérience numérique de ses clients ? Aviez-vous du retard ?
Pierre Ruhlmann : « Il était essentiel pour la banque de sadapter : la société se numérise, les habitudes de nos clients ont changé, le web et le smartphone prennent une place très significative dans leurs usages. Par ailleurs, nous sommes confrontés à la concurrence de nouveaux acteurs tels que les fintechs [start-ups spécialisées dans les services financiers, NDLR] qui multiplient les nouveautés en matière dexpérience client. La banque ne doit pas passer à côté de cette évolution.
Les conditions de marché changent également et remettent en cause le modèle économique traditionnel de la banque de détail. Est-ce une préoccupation pour vous ?
P.R. : « Bien sûr, lenvironnement de taux bas pèse sur les revenus de toutes les banques de détail, les dépôts rapportent moins dargent et nous subissons une forte concurrence sur les crédits. Nous devons donc, comme toutes les autres banques françaises, faire des efforts sur les économies, trouver des relais de croissance et faire évoluer notre business model. La digitalisation facilite ces évolutions. »
Cet effort porté sur le web et le mobile est-il également une réponse à la concurrence des banques 100% en ligne, dont le profil de clientèle, plutôt premium, nest finalement pas si éloigné que ça du votre ?
P.R. : « Je suis tenté de vous faire une réponse de gascon : oui et non. Il est vrai que notre clientèle patrimoniale est très multibancarisée et peut se tourner vers ces pure-players, pour des besoins spécifiques. Mais nous ne cherchons pas à nous placer sur leur terrain, notre approche est plutôt multicanale. Notre objectif est de viser lexcellence en matière de qualité de service, quel que soit le type de canal choisi par le client, et dajuster le niveau de facturation. Un peu à limage de ce que fait Apple dans le secteur de la high tech. »
Quels nouveaux services numériques allez-vous proposer pour atteindre cette excellence et justifier vos tarifs ?
P.R. : « On peut les classer sur trois axes : lergonomie, lautonomie, le conseil. En matière dergonomie, nous proposons par exemple depuis la fin avril Touch ID [lauthentification par empreinte digitale, NDLR] sur notre application iPhone (70% de nos clients détenteurs dun smartphone en possèdent un). HSBC est aussi un acteur très actif sur le paiement mobile, et nous devrions proposer Apple Pay dans un délai assez court. Nous travaillons également avec Linxo, une fintech spécialisée, pour proposer un outil de gestion budgétaire et lagrégation de comptes externes à nos clients, avec un lancement prévu dans les mois à venir. Deuxième axe : lautonomie. Nous investissons de manière significative pour améliorer les parcours de souscription en ligne : louverture de compte en deux jours, à compter de la réception des pièces ; le crédit immobilier avec décision de principe immédiate [lire lencadré] ; le prêt personnel aussi, à destination de nos clients dans limmédiat, avec déblocage des fonds en moins de deux jours. Troisième axe enfin : le conseil, car nous sommes avant tout un banque patrimoniale. Nous investissons pour mettre en ligne, dici la fin de lannée, la technologie des robo-advisors [conseil en gestion de patrimoine automatisé, NDLR] et nous mettons à disposition de nos clients via des canaux digitaux linformation financière utilisée par nos équipes dans les agences. »
HSBC a-t-elle vocation à devenir à terme une banque 100% en ligne ?
P.R. : « Non, cest exclu. Notre réseau compte 280 agences aujourdhui, principalement dans les zones urbaines les plus riches, et nous allons en regrouper certaines. Mais ce nest en aucune façon lié à la mise en place du digital. Dans notre modèle, il ny a pas dantagonisme entre le digital et lagence. Au contraire : le digital accélère les rendez-vous de conseil en agence, dont le nombre est dailleurs en hausse de 10% en un an. »
HSBC France compte environ 850.000 clients actuellement. Quel est votre objectif de conquête avec cette nouvelle stratégie ?
P.R. : « A court-terme, sur la première année, nous visons un chiffre raisonnable de 10.000 nouveaux clients captés grâce au digital, qui reste un simple complément de notre modèle dacquisition traditionnel, basé sur la recommandation. Nos ambitions seront évidemment plus importantes les années suivantes. »
Le crédit immobilier, nouveau produit dappel web de HSBC
A limage de certaines banques en ligne, HSBC vient de lancer une offre de crédit immobilier 100% en ligne avec accord de principe immédiat. Lenseigne dorigine britannique va même un peu plus loin, dans la mesure où elle sengage sur le taux affiché, à partir du moment où lemprunteur fournit les documents permettant dattester la réalité des renseignements fournis en ligne.
Cette offre, toutefois, ne sadresse pas à tous : il faut être résident fiscal français, emprunter conjointement, avoir des revenus annuels réguliers compris entre 35.000 et 50.000 euros pour un couple et souscrire un crédit dau moins 100.000 euros, avec 10% dapport minimum.

















