La mesure était réclamée de longue date par les associations de consommateurs, qui ont fini par être entendues par les pouvoirs publics. Elles dénonçaient en effet le « régime dexception » dont bénéficiaient les banques, autorisées à prélever des sommes sur les comptes de leurs clients sans les prévenir au préalable, ce qui serait en effet inconcevable pour tout autre opérateur privé.
Ce nest plus (tout à fait) le cas depuis le début de lannée. Deux ans et demi après son adoption par le Parlement dans le cadre de la loi de séparation et de régulation des activités bancaires, linformation préalable du consommateur en matière de frais bancaires est entrée en vigueur au 1er janvier 2016.
Comment fonctionne cette nouvelle obligation ? Les banques doivent désormais prévenir leurs clients, par l'intermédiaire du relevé de compte, avant de prélever certains frais. La réglementation impose ainsi un délai minimum de 14 jours entre la date d'arrêté du relevé et la facturation effective de ces frais. Ce qui revient, concrètement, à prélever le compte entre 15 et 45 jours après l'événement ayant donné lieu à facturation.
Toutes les opérations, toutefois, ne sont pas concernées : seules 14 dentre elles, figurant au chapitre « irrégularités et incidents » des brochures tarifaires, entraînent une information préalable.
Lire à ce propos : Les 14 opérations qui obligeront votre banque à vous informer à l'avance
Suppression de leffet signal
Malgré cette limite, la mesure est une avancée pour les usagers bancaires, qui vont pouvoir mieux anticiper la perception de ces frais et, dans la mesure du possible, faire le nécessaire pour éviter lescalade. Toutefois, ce qui est vrai pour des lignes tarifaires facturées de manière relativement exceptionnelle - citons au hasard les frais par avis à tiers-détenteur - lest moins pour une opération aussi courante que la commission dintervention, facturée (à hauteur de 8 euros maximum) à chaque fois que la banque constate un irrégularité de fonctionnement du compte, et notamment un dépassement de lautorisation de découvert.
Le principal souci, déjà pointé par le gouvernement - défavorable à cette information préalable - au moment du vote de la loi bancaire de juillet 2013, est en effet la suppression de leffet signal. La facturation des commissions dintervention « au fil de leau », cest-à-dire au moment même où intervient lirrégularité, est en effet le signe pour lusager que sa situation financière est en train de déraper. En différant cette facturation au mois suivant, linformation préalable lempêche potentiellement de prendre les mesures pour y remédier, en levant le pied sur ses dépenses ou en déplaçant de largent dun autre compte. Ce faisant, elle favorise également lempilement de ces commissions dintervention, même si leur montant est désormais plafonné à 80 euros maximum par mois.
A consulter : notre page consacrée aux commissions dintervention
Le problème de laccès à linformation
Lautre enjeu de linformation préalable est précisément celui de laccès à linformation. Le support désigné est assez logiquement le relevé de compte, sur lequel figurera un nouvel encadré dédié à linformation préalable. Certaines enseignes le feront peut-être, mais rien ne les oblige à faire figurer le montant des frais à débiter dans le relevé dopérations de lespace bancaire en ligne de leurs clients. On peut le regretter. Regretter également que la réglementation nimpose aucun autre moyen dinformation plus moderne et plus rapide, comme le mail ou le SMS. Cest en effet uniquement en labsence de relevés de compte que les banques seront contraintes dinformer « par tout autre moyen », sans plus de précisions.
En effet, avec le développement des canaux bancaires numériques, la consultation des relevés mensuels est en repli, particulièrement chez les plus jeunes. Un récent sondage sur leurs attentes en matière de services bancaires a montré que les deux tiers dentre eux nutilisaient plus le relevé papier. Cest également le cas des clients des banques en ligne, et plus généralement de tous ceux qui ont choisi dy renoncer, pour des raisons écologiques notamment. Pour éviter les mauvaises surprises, ceux-là vont devoir reprendre lhabitude daller y jeter un il en fin de mois.



















