Un rapport de la brigade financière dévoilé par L'Obs jeudi dément le témoignage de l'ancienne policière chargée de l'enquête sur Jérôme Kerviel, selon lequel les dirigeants de la Société Générale étaient au courant des agissements de l'ex-trader.

Dans une audition publiée en mai par Mediapart, Nathalie Le Roy, la commandante de police qui avait dirigé l'enquête sur les conditions de la perte de 4,9 milliards d'euros déclarée en janvier 2008 par la Société Générale, citait plusieurs éléments qui, selon elle, laissaient présumer que la hiérarchie de Jérôme Kerviel connaissait les positions qu'il prenait. Ces révélations avaient amené l'avocat de M. Kerviel à demander la révision du procès pénal pour une éventuelle annulation de sa condamnation.

En conclusion de ce rapport, le commandant Yves-Marie L'Hélias de la brigade financière fait part de son étonnement face à la « grande contradiction » entre les propos tenus en 2015 et le long travail d'investigation mené de 2008 à 2012, raconte L'Obs. Le rapport revient notamment sur le courrier électronique d'un ancien salarié qui affirmait avoir alerté sa hiérarchie par un message portant une tête de mort, un élément mis en avant par Mme Le Roy, indiquant, pièces à l'appui, que « les mails en question ont bien été étudiés par Mme Le Roy et n'apportaient aucun élément déterminant ».

« Ce que j'ai dit est mon intime conviction », s'est défendue dans les colonnes de l'hebdomadaire l'enquêtrice, qui ne travaille plus aujourd'hui dans un service de police.

Plaintes pour dénonciation calomnieuse

Ce rapport « confirme qu'il n'y a rien de nouveau sur le fond dans le dossier Jérôme Kerviel qui fait l'objet d'un jugement pénal définitif après plus de sept ans de procédures approfondies », a réagi Société Générale auprès de l'AFP. « Société Générale s'était étonnée de la publication d'élucubrations tardives, contraires au déroulement de l'instruction minutieuse menée dès la découverte de la fraude et aux multiples décisions de justice unanimes sur ce dossier », poursuit la banque, qui rappelle qu'elle a déposé des plaintes pour dénonciation calomnieuse en réponse à celles déposées par Jérôme Kerviel.

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Si M. Kerviel a été condamné à cinq ans de prison dont trois ferme pour avoir dissimulé des prises de risque colossales sur les marchés, la question du degré de responsabilité de sa hiérarchie reste pour beaucoup posée. C'est en partie pour cette raison que la plus haute juridiction de l'ordre judiciaire français, la Cour de cassation, avait validé la condamnation au pénal de l'ex-trader, mais annulé les 4,9 milliards de dommages et intérêts auxquels il avait été condamné. Ce volet civil a été renvoyé devant la Cour d'appel de Versailles, qui l'examinera en janvier.