Le gouverneur de la Banque de France Christian Noyer a assuré jeudi devant le tribunal correctionnel de Paris n'avoir « jamais reçu d'instruction » des pouvoirs publics et du conseiller de Nicolas Sarkozy, François Pérol, dans le dossier de création du groupe bancaire BPCE.

L'ancien secrétaire général de l'Elysée François Pérol comparait depuis lundi pour « prise illégale d'intérêts », accusé d'avoir accepté en février 2009 de prendre la tête du groupe issu du mariage entre la Banque populaire et la Caisse d'Epargne (BPCE), alors qu'il avait suivi cette fusion à l'Elysée.

« Pas sensible à l'influence »

Cité comme témoin par la défense de M. Pérol, le gouverneur de la banque de France, 64 ans, a affirmé n'avoir jamais eu à subir « de tentative d'influence » de représentants des pouvoirs publics, en rappelant l'indépendance dont bénéficie l'institution. « Il m'est arrivé de dire non au président de la République devant témoins. Je ne suis pas sensible à l'influence », a-t-il lancé. Le gouverneur a expliqué que la Banque de France était intervenue à plusieurs reprises dans ce dossier pour estimer, avec la direction du trésor, le montant de l'aide de 5 milliards nécessaire pour recapitaliser les deux banques, plombées par les comptes de leur filiale Natixis, en recommandant leur fusion et un changement de gouvernance.

« Si j'avais vu un problème, je l'aurais dit »

« La gouvernance de Natixis ne convenait pas. Nous ne pouvions pas tolérer qu'elle soit soumise à deux actionnaires qui ne s'entendaient pas, se battaient, avec le risque de ne pas avoir de majorité au conseil, en période de crise. J'ai dit à ces groupes : ''pourquoi n'accélérez-vous pas le processus de rapprochement ?''. Cette initiative a été reprise par la direction du trésor », a-t-il expliqué. Christian Noyer a cependant reconnu que si « le président de la République avait mis son veto au projet, tout se serait arrêté » et qu'il n'était pas « dans le secret » des réunions qui se sont tenues à l'Elysée.

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« Tout ce que j'ai vu, c'est que ce que nous avons élaboré techniquement a été repris par le ministère des Finances. Si j'avais vu un problème, je l'aurais dit ». Concernant la nomination de François Pérol à la tête de la BPCE, Christian Noyer a reconnu avoir été « surpris que des banques mutualistes fassent appel à quelqu'un de l'extérieur. Mais je me suis dit, au moins on aura une direction efficace ». Il affirme que la candidature de M. Pérol n'a jamais été évoquée lors des réunions à l'Elysée auxquels il a participé et avoir été informé tardivement par les patrons des deux banques de cette décision, quelques jours avant sa validation par les conseils d'administrations des groupes.