Vendredi, l’agence Standard & Poor’s a dégradé la note de la dette souveraine de la France. Ce recul d’un petit cran (de AAA à AA+) entraînera-t-il une hausse sensible du coût du crédit immobilier, voire des frais bancaires ? Les avis divergent.

Sur le papier au moins, le crédit immobilier est concerné au premier chef par la dégradation de la note française. En effet, c’est l’OAT 10 ans - Obligations assimilables au Trésor, titre de dette française - qui donne le pouls de ce marché. Considérée comme un emprunteur moins sûr après sa dégradation, la France devrait logiquement payer sa dette plus chère dans les prochains mois. Reste à savoir si cette hausse sera répercutée mécaniquement par les banques sur les taux proposés aux emprunteurs immobiliers.

Meilleurtaux : « Les banques ont anticipé »

Selon Meilleurtaux, cela n’a rien de sûr. Dans l’immédiat, le courtier constate que la perte du triple A n’a pas entraîné de hausse brutale de l’OAT 10 ans, ni d’augmentation des barèmes chez ses partenaires bancaires. Pourquoi ce calme ? « (...) la stratégie commerciale des banques pour conquérir des nouveaux clients emprunteurs est aussi déterminante », explique Hervé Hatt, le directeur général de Meilleurtaux, dans un communiqué. « Et les banques se financent aujourd’hui au niveau historiquement bas de 1% auprès de la Banque centrale européenne. »

Même dans le cas de figure d’une hausse importante de l’OAT, Meilleurtaux maintient son scénario d’une hausse modérée des taux fixes au cours de l’année 2012. « [Les banques] avaient pour la plupart anticipé la dégradation de la note en reconstituant leurs marges ces derniers mois », estime Sandrine Allonier, responsable des études économiques. « En cas de hausse - même importante - de l’OAT, [elles] pourraient faire le choix de ne pas la répercuter totalement. »

Risque de contraction du crédit

La tonalité est nettement moins optimiste chez Empruntis, qui a également réagi à la dégradation de la note française par un communiqué. « L’Etat français empruntant plus cher, les banques aussi et particulièrement celles qui sont mal notées, les taux de crédits aux particuliers pourraient s’apprécier d’ici quelques mois (fin juin maximum) de 50 points de base, soit des taux moyens autour de 4,70% sur 20 ans versus 4,20% aujourd’hui », explique Maël Bernier, directrice de la communication.

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Elle pointe aussi le risque de « credit crunch », de raréfaction des crédits distribués : « (...) les banques qui ont déjà commencé à accroître leur vigilance sur l’octroi de crédits aux particuliers vont redoubler de prudence afin de ne pas augmenter leur exposition aux risques. »

Un impact sur les frais bancaires ?

Autre institution à réagir à la dégradation, l'UFC-Que Choisir s’inquiète également du risque de contraction des crédits, immobiliers et à la consommation. Mais plus encore, l’association de consommateurs anticipe une hausse des frais bancaires. « Les banques françaises vendent aujourd’hui le crédit immobilier comme un produit d’appel pour fidéliser leur client », explique l'UFC dans un communiqué. « Elles se rattrapent ensuite en surfacturant (comparativement à la moyenne européenne) les frais bancaires, ce qui compense largement les faibles marges du crédit immobilier. » Comme Meilleurtaux, l'UFC pense donc que les banques n’oseront pas « augmenter trop fortement le prix de ce produit d’appel » et préféreront « [répercuter] partiellement la hausse sur les tarifs bancaires du quotidien. »

Considérant que « l’ensemble des consommateurs n’a pas à subventionner les crédit immobiliers souscrits par seulement 27% des Français », l’association appelle le ministère de l’Economie à la vigilance et prévient qu’elle « met en place un Observatoire du Crédit et des frais bancaires qui surveillera l’évolution des taux du marché au vu du coût de l’argent pour les banques et plus globalement leur pratiques tarifaires suite à la perte du triple A. »