L'évolution récente des conditions sur les marchés de la dette publique et privée est « restée ordonnée », avec des écarts « contenus » entre les taux d'emprunt (spreads), mais cette situation masque des fragilités dans un contexte géopolitique et budgétaire incertain, a averti le vice-président de la BCE, Luis de Guindos, lors de la présentation du rapport semestriel de l'institution sur la stabilité financière.
Les rendements obligataires progressent actuellement en zone euro, reflétant la hausse des primes exigées par les investisseurs et le retour des craintes inflationnistes, une évolution qui accentue la pression sur les finances, notamment publiques.
Les investisseurs misent néanmoins sur la désescalade géopolitique, la maîtrise de l'inflation et l'absence de récession en zone euro. « Or, tout cela peut évoluer », a prévenu M. de Guindos.
Les valorisations d'actifs sont encore « élevées au regard des normes historiques », mais cela « laisse les marchés vulnérables à une correction brutale », a-t-il martelé.
Effectuant sa dernière semaine à la BCE après huit ans de mandat, le banquier central espagnol a également souligné la résilience du système bancaire européen face aux chocs de la dernière décennie.
Pandémie, guerre en Ukraine, tensions énergétiques, crise des banques régionales américaines ou encore faillite de Credit Suisse : ces chocs n'ont pas causé d'« accident important en matière de stabilité financière dans la zone euro », a-t-il souligné.
Mais des vulnérabilités persistent, mises en lumière dans le rapport.
La guerre au Moyen-Orient « pourrait accroître la volatilité des marchés et compliquer le service de la dette, dans un contexte de coûts de financement en hausse et de croissance plus faible », a expliqué M. de Guindos en préambule.
Or, « la marge de manuvre budgétaire est limitée en Europe », a-t-il insisté devant la presse, alors que les Etats doivent déjà financer la transition énergétique, gonfler leurs dépenses de défense et tenter de limiter l'impact pour les ménages et les entreprises du choc énergétique en cours.
La BCE met également en garde contre les risques des fonds de crédit privé - qui accordent des prêts aux entreprises sans être des banques -, même si l'exposition des institutions européennes reste limitée.
D'éventuelles pertes toucheraient probablement davantage les assureurs et les fonds de pension que les banques, selon l'institution.















