Le rapport d'information sur les missions de service public de La Poste publié mercredi par l'Assemblée nationale révèle que 1,1 million d'usagers bénéficient de la mission d'accessibilité bancaire offerte par La Banque Postale (LBP), en recul de 29% depuis 2017.

Une mission qui touche des profils différents avec une grande diversité d'âges, de revenus, de situations professionnelles et personnelles, de niveau d'autonomie dans les démarches, mais qui ont en commun de ne pas savoir maîtriser ou ne pas avoir accès aux offres bancaires classiques. Parmi eux se trouvent :

  • des retraités à faibles revenus, ayant un livret A depuis des années, mais peu autonomes dans leurs démarches et éloignés du numérique ;
  • des personnes récemment arrivées en France, aux parcours hétérogènes, ne possédant pas les documents administratifs nécessaires à l'ouverture d'un compte courant ;
  • des personnes traversant des difficultés financières passagères ou durables (surendettement, interdiction bancaire, etc.) et qui ne souhaitent pas ou ne peuvent pas recourir à un compte courant ;
  • des personnes marginalisées, sans domicile fixe, pour qui le recours au livret A est parfois la seule possibilité de posséder un compte et de sécuriser le peu d'argent dont elles disposent ;
  • des personnes en situation d'illettrisme ou d'illectronisme.

Contrairement aux autres banques qui sont libres d'accepter ou non l'ouverture d'un compte sans avoir à le motiver, La Banque Postale est tenue d'ouvrir un livret A à toute personne qui en fait la demande, gratuitement et sans conditions.

La Banque Postale : les dessous du Livret A universel

Un quasi-compte courant

Il s'agit d'un quasi-compte courant permettant le dépôt de chèques, l'édition de RIB, la consultation du solde ou encore l'émission d'un virement. Ce Livret A dit universel permet de recevoir les prestations sociales versées par les collectivités publiques et les organismes de sécurité sociale ainsi que les pensions des agents publics. En revanche, les salaires, les pensions, les aides d'urgence ou indemnités de stage ne peuvent être perçus sur le livret A.

Ce Livret A permet aussi d'être prélevé de la taxe d'habitation, des taxes foncières ; des factures d'eau, de gaz ou d'électricité ; des loyers dus aux organismes d'habitation à loyer modéré et aux sociétés d'économie mixte gérant des logements sociaux ; ou encore des factures de téléphonie et internet. A l'inverse, les prélèvements courants pour le paiement des assurances, de la cantine, des centres de loisirs ou des loyers privés sont impossibles à partir du Livret A.

De nombreux retraits au guichet...

Selon le rapport, les retraits d'argent au guichet effectués sur le livret A par les clients bénéficiaires de la mission d'accessibilité bancaire ont représenté 5 millions d'opérations en 2025, alors que les retraits en DAB s'élevaient à près de 20 millions.

« Les opérations au guichet de très faible montant (moins de dix euros) demeurent relativement significatives en 2024. La persistance de ces opérations au guichet de très faible montant témoigne de la réalité quasi « incompressible » du besoin couvert par la mission d'accessibilité bancaire pour les personnes qui en bénéficient », témoignent les rapporteurs. En effet, la possibilité de retrait de montants très limités permet ainsi « à des personnes dotées de ressources très contraintes de gérer leur budget au plus près, ou à des personnes sans domicile fixe de laisser les sommes dont ils disposent à l'abri ».

... Pour des petits montants

Dans le cadre de sa mission d'accessibilité, La Banque Postale est tenue d'effectuer gratuitement les opérations de dépôt et de retrait à partir de 1,50 euro, alors que les autres banques ne permettent que des retraits à partir de dix euros. Malgré tout, les auteurs suggèrent d'actualiser le seuil de retrait d'argent de 1,5 euro, hérité de la conversion en euros de la somme de 10 francs, en le relevant à hauteur de 3 euros, au regard de l'inflation.

Une piste parmi d'autres pour contenir le coût de cette mission d'inclusion bancaire évaluée à 400 millions d'euros par an depuis 2019. « Malgré la baisse du nombre de bénéficiaires, les coûts fixes résultant de l'obligation de maintien d'un service de guichet accessible aux clients, notamment les plus vulnérables, ont limité la baisse des coûts associés à la mission », souligne le rapport.

Les rapporteurs recommandent également d'en finir avec la baisse de 5% de la compensation versée chaque année par l'Etat pour cette mission. Résultat, entre le quart et le tiers du coût net de cette mission demeure à la charge de La Poste ces dernières années. Considérée comme une aide d'État, la mission d'accessibilité bancaire doit faire l'objet d'une autorisation, dans ses modalités d'application, par la Commission européenne. Une nouvelle demande doit lui être notifiée pour la période 2027-2029 avant la fin de 2026.

Par ailleurs, les rapporteurs souhaitent faire participer le secteur bancaire au financement de la mission de service public. « Un tel financement instaurerait une forme de rééquilibrage entre, d'une part, les établissements bénéficiant des clients les plus rentables et, d'autre part, La Banque Postale, dont la clientèle est structurellement plus vulnérable et coûteuse, du fait de son plus grand besoin d'accompagnement humain », souligne le rapport.