Loÿs Moulin, quels sont les défis technologiques quaffronte CB aujourdhui ?
Loÿs Moulin : « Aujourdhui, nous sommes face à une révolution, celle du digital, et les instruments de paiement doivent sadapter. Cest pour cela que nous avons créé récemment le conseil consultatif du commerce, qui nous permet davoir un dialogue plus direct avec les commerçants. Cest aussi pour cela que nous investissons plus fortement dans linnovation, avec le Lab by CB, un incubateur où nous avons par exemple développé un chatbot de paiement pour la messagerie de Facebook, Messenger. »
Dans ce contexte, comment CB trouve-t-il sa place face aux schémas mondiaux Visa et Mastercard ?
L.M. : « Depuis longtemps, la carte CB est co-badgée avec Visa et Mastercard [Une même carte émise en France peut ainsi fonctionner à la fois avec CB en France et Visa ou Mastercard, notamment à létranger, NDLR]. De même, les cartes Visa et Mastercard sont acceptées par les terminaux de paiement CB. Nous avons longtemps été dans une logique de coopération très forte avec les réseaux internationaux sur nos technologies et standards respectifs, quils soient utilisés dans les cartes ou les TPE CB. Aujourdhui, nous sommes dans un contexte plus concurrentiel. »
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Quest-ce qui explique ce surcroît de concurrence entre CB, Mastercard et Visa ? Lévolution de la réglementation ?
« En ''coopétition'' avec Visa et Mastercard »
L.M. : « Oui. Depuis le règlement européen sur les commissions dinterchange (1), ce ne sont plus les banques, mais les consommateurs et les commerçants qui choisissent une marque de paiement ou une autre. CB reste leur moyen de paiement préféré, face aux autres cartes, aux espèces et aux chèques : près de 60% des dépenses de consommation courante des ménages sont ainsi réglés par CB. Mais ce règlement créé les conditions dune nouvelle concurrence que nous devons prendre en compte. Nous sommes donc entrés dans un régime de coopétition : nous continuons à coopérer avec Visa et Mastercard, notamment sur la sécurité ou la standardisation, mais il est nécessaire que nous ayons nos propres outils et plateformes. Cest pourquoi nous investissons, depuis 2 ans, dans notre indépendance technologique. »
Comment cela se concrétise-t-il ?
L.M. : « Pour le paiement mobile, nous nous sommes dotés dune plate-forme de tokenisation [technique qui permet de sécuriser les identifiants bancaires en les substituant par des identifiants jetables, à usage unique, NLDR] et dun hub digital, tous deux développés avec STET [organisme interbancaire qui traite la compensation et le règlement des paiements en France, NDLR]. Nous allons aussi lancer en 2018 une plateforme de services 3D Secure 2.0, pour accompagner les nouvelles règles de sécurité européennes en matière de paiements en ligne, tout en maintenant des parcours clients les plus fluides possible au service des banques, de leurs clients porteurs et des commerçants CB. »
Quels sont les points forts de CB dans ce contexte ?
L.M. : « Nous sommes un GIE, un outil de mutualisation interbancaire, ce qui nous rend particulièrement compétitifs avec une qualité de service très élevée. Nous sommes aussi un acteur français : les données de transactions CB des clients de nos membres restent traitées, au plan interbancaire, en France. Enfin, nous avons un système dune très grande efficacité, construite dans le temps, en matière de lutte contre la fraude. »
CB : plus de 30 ans dhistoire
Le système CB a été fondé en 1984, sous limpulsion de lEtat et des banques. Son objectif : garantir que chaque porteur de carte, quelle que soit sa banque, puisse payer chez tous les commerçants, en toute sécurité. Une interbancarité qui a permis la massification de lusage de la carte bancaire en France, surtout à partir de 1992. Ce schéma CB est géré par un groupement dintérêt économique à but non lucratif, le GIE Carte Bancaire (CB), financé par les banques actives en France.
Depuis le début des années 2000, la carte bancaire a dépassé le chèque pour devenir le premier moyen de paiement scriptural dans lHexagone. Fin 2016, il y avait plus de 66 millions de cartes bancaires CB en circulation en France (+3% par rapport à 2015), qui pèsent pour 60% environ des dépenses courantes des Français. Un chiffre qui devrait encore augmenter dans les années à venir grâce au sans contact.
CB est un acteur purement français. Mais léchelle nationale a-t-elle encore du sens dans le domaine des paiements, face à une régulation de plus en plus européenne et des acteurs globaux comme Mastercard ou Visa ?
« L'époque reste favorable aux schémas domestiques »
L.M. : « Effectivement, nous devons désormais penser à léchelle européenne. Nous travaillons de longue date avec nos homologues européens sur les questions de standardisation. Nous devons aussi le faire sur linnovation et lindépendance technologique. Toutefois, contrairement à une idée reçue, lépoque reste assez favorable aux schémas domestiques. Il y en a des dizaines dans le monde, des anciens comme nous, mais aussi des nouveaux en très forte croissance - en Russie, au Brésil, en Turquie, etc. -, qui se sont créés sur les mêmes bases politico-économiques que celles qui avaient contribué à la création de CB en 1984 : la souveraineté, lindépendance vis-à-vis des géants américains, la proximité avec lécosystème locale Dailleurs, le premier schéma au monde nest ni Visa et Mastercard, mais le schéma chinois, Unionpay International. »
Ne souffrez-vous pas néanmoins dun déficit de notoriété par rapport à Visa et Mastercard ?
L.M. : « Le logo CB accompagne les Français au quotidien, dans leur poche, dans leur magasin, sur internet. Lorsquon les interroge, il est le premier logo de paiement quils connaissent et qui leur inspire confiance (2). En revanche, lorsqu'on leur propose de choisir leur réseau de paiement, comme cest souvent le cas sur internet, ils auront plus spontanément tendance à choisir une marque de paiement quils considèrent comme « commerciale », CB étant plus associé à un réseau sécurisé et à lacceptation de la carte en général. Fort de cette notoriété, nous travaillons à élargir le contenu de notre marque, sans pour autant faire des campagnes télévisuelles massives qui, pour lheure au moment où CB investit dans la digitalisation, pèseraient trop sur notre modèle économique. »
Des nouveaux acteurs du secteur des paiements, quon appelle parfois néobanques, se passent des services de CB et sortent des cartes Mastercard Only. Pourquoi selon vous ?
« Convaincre les néobanques »
L.M : « Lobjectif de CB est à la fois de fidéliser ses membres actuels et davoir des propositions de valeur intéressantes pour les néobanques. Ces start-ups ne viennent pas toujours spontanément nous voir. Nous devons les convaincre que pour la sécurité, la lutte contre la fraude, les coûts, ils ont tout intérêt à travailler avec le système interbancaire CB en France. »
(1) Règlement du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2015 relatif aux commissions d'interchange pour les opérations de paiement liées à une carte. (2) A 86%, devant Visa (85%), PayPal (83%) et MasterCard (82%), sondage TNS Sofres de 2016




















