A chaque fois quil accepte un règlement par carte bancaire, un commerçant paye une commission, dite dinterchange, à sa banque, qui la rétrocède ensuite à la banque du client. Ce système de « rétro-commission » est destiné à équilibrer, entre les enseignes, la charge du financement des réseaux dacceptation, de linnovation, de la lutte contre la fraude, etc. Au final, toutefois, ce coût est supporté par les usagers, le prix de ces commissions étant répercuté par les commerçants sur leurs prix de vente. Ces commissions représentent, selon certaines estimations, un chiffre daffaires annuel de quelque 10 milliards deuros pour les banques européennes.
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Actuellement, le niveau de ces commissions est fixé par un accord entre banques. Dans certains pays, elles sont déjà plafonnées. Cest le cas en France, où lAutorité de la concurrence a imposé un plafond de 0,29%. Dans dautres pays européens, ce nest pas le cas, et ces mêmes commissions peuvent dépasser les 1%.
Les cartes commerciales exclues du texte
Pour mettre un terme à ces distorsions, lUnion européenne a entrepris de légiférer sur la question et dharmoniser à léchelle continentale le coût de ces commissions, comme elle la fait pour les virements et les prélèvements dans le cadre du SEPA (1).
Ainsi, selon laccord signé mercredi entre les négociateurs de la commission des affaires économiques du Parlement européen et ceux du Conseil européen (2), ces plafonds pourraient être les suivants :
- 0,2% de la valeur de la transaction pour les paiements transfrontaliers, effectués par exemple en Italie avec une carte française ;
- 0,2% de la valeur de la transaction pour les paiements nationaux. Dans un premier temps, pendant cinq ans après sa mise en uvre, ce plafond de 0,2% pourra être une valeur moyenne annuelle calculée sur lensemble des transactions. A terme, il deviendra un plafond par transaction, avec un montant maximum fixé à 5 centimes deuros.
- 0,3% de la valeur de la transaction pour les paiements effectués avec une carte de crédit.
- Ni les cartes de type American Express, ni les cartes commerciales utilisées seulement pour des dépenses professionnelles ne sont concernées par ces plafonds.
Laccord prévoit également de permettre aux commerçants de naccepter que certaines cartes, celles par exemple proposant les commissions les plus basses, « sauf si elles sont soumises à la même commission dinterchange, respectant les plafonds fixés par ces règles », explique le communiqué du Parlement européen.
Menace pour linterbancarité ?
Si le texte issu de laccord devait être voté en létat, il simposerait dans un délai de 6 mois après son entrée en vigueur. Le conditionnel, toutefois, reste de rigueur. En effet, il nest pas encore au bout de son parcours législatif. Il doit encore être approuvé par les Etats membres et par la commission des affaires économiques, avant despérer être mis aux voix au Parlement courant 2015.
Dici là, les industriels des paiements (notamment les deux principaux réseaux dacceptation, MasterCard et Visa), très opposés au projet, ont encore le temps de faire valoir leurs arguments, qui trouvent dailleurs en France loreille des autorités. Dans son récent rapport dactivité 2013, Le Comité consultatif du secteur financier, lorgane de la Banque de France chargé notamment de réguler les relations entre les banques et leurs clients, affirme ainsi quil « restera vigilant sur ce projet » qui « pourrait constituer une menace pour linterbancarité des cartes à laquelle les consommateurs et utilisateurs français de cartes sont particulièrement attachés ».
(1) Single Euro Payments Area, espace unique de paiement en euros en français.
(2) Le Parlement Européen est lorgane parlementaire de lUnion européenne, le Conseil européen son organe exécutif composé des chefs dEtat ou de gouvernement des 28 pays membres.














