Opérationnelle depuis un an, la procédure simplifiée et automatisée pour changer de banque, prévue par la loi Macron, n'a pas produit la révolution annoncée par certains, mais pourrait renforcer à terme la concurrence entre établissements, estiment les observateurs.

« Nous nous attendions à une vague importante de départs, mais jusqu'à présent, le phénomène est très contenu », a déclaré jeudi lors d'une conférence de presse Olivier Gavalda, le directeur général du Crédit Agricole d'Île-de-France. Jusqu'à l'an dernier, les clients souhaitant changer de banque devaient informer eux-mêmes leur ancien établissement, rediriger le prélèvement des factures vers leur nouveau compte ou reprogrammer manuellement leurs virements automatiques. Autant de démarches - souvent accompagnées d'une fastidieuse paperasse - qui réfrénaient les ardeurs et limitaient ainsi la concurrence.

Cette méthode reste toujours possible aujourd'hui. Mais depuis le 6 février 2017, le service d'aide à la mobilité bancaire, prévu par la loi Macron, offre la possibilité aux usagers de changer d'établissement via une procédure simplifiée, automatisée et gratuite : ce sont les établissements bancaires qui s'occupent des démarches administratives.

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Pas de grand soir

Pour autant, après un « pic de volume au démarrage lié au phénomène de mode, nous sommes revenus sur des niveaux standard de demandes », affirme à l'AFP Jacques Vanhautere, le directeur général de Sepamail, un système de messagerie sécurisé entre banques chargé depuis l'an dernier d'automatiser les échanges d'informations liées à la mobilité bancaire. Sepamail a traité un peu plus d'un million de demandes de mobilité depuis un an, soit deux fois moins qu'anticipé par certaines études avant l'entrée en vigueur du dispositif. « Les mouvements de clients d'une banque à l'autre étaient déjà en augmentation ces dernières années », explique Julien Bet, expert des services financiers au sein du cabinet Bain & Company. « 2017 ne constitue pas une rupture, mais confirme la tendance. »

La loi Macron « a incité le secteur à une plus grande attention à la satisfaction du client »

Selon plusieurs experts interrogés par l'AFP, les demandes de mobilité bancaire ont profité jusqu'à présent pour une large part aux banques en lignes, généralement moins gourmandes en frais et commissions que les établissements traditionnels. Sur ce plan, l'arrivée sur le marché de jeunes acteurs venus du numérique ou d'autres univers économiques, comme Orange Bank ou la néobanque allemande N26, pourrait conduire à populariser davantage le dispositif de mobilité bancaire, les nouveaux venus s'étant juré de tailler des croupières aux établissements traditionnels.

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De façon générale, la loi Macron « a incité le secteur à une plus grande attention à la satisfaction du client », a reconnu auprès de l'AFP un dirigeant bancaire français. Reste que « le véritable impact n'est pas vraiment sur les chiffres, mais sur la concurrence », assure-t-il. Car plusieurs acteurs relèvent un paradoxe : même lorsqu'ils ne sont pas pleinement satisfaits de leur banque, beaucoup de clients en France restent réticents à l'idée de quitter leur établissement.

« Freins psychologiques »

Quand un client saute réellement le pas, c'est généralement après l'obtention d'un crédit immobilier auprès d'un concurrent ou sur recommandation d'un proche, bien plus qu'en raison d'une insatisfaction vis-à-vis des tarifs ou services de sa banque. C'est d'ailleurs sur le terrain des crédits immobiliers ou d'autres produits comme les livrets d'épargne que la mobilité bancaire pâtit d'une faiblesse : la procédure automatisée ne concerne que les comptes courants.

Le reste en est exclu, si bien que la crainte de multiplier les interlocuteurs ou de complexifier le pilotage de leurs finances peut refroidir certains clients, à moins qu'ils ne soient prêts à se charger eux-mêmes des démarches. Les banques ne manquent pas d'en profiter : les frais de transfert de produits comme le PEL ont bondi l'an dernier.

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« Les Français pensent toujours que changer de banque est compliqué. Les freins sont essentiellement psychologiques », juge Maxime Chipoy, responsable du comparateur en ligne Meilleurebanque. « Il n'y a pas eu de big bang, mais les effets sont quand même positifs », conclut-il, estimant que ces barrières psychologiques devraient peu à peu se dissiper : son site affirme avoir enregistré depuis un an une hausse de fréquentation d'environ 30%.