Voyage dans le temps. Au début du XXe siècle, BNP Paribas nexiste pas encore. D'un côté, la Banque de Paris et des Pays-Bas (Paribas) : elle a été créée en 1872 mais elle nintègre le groupe quen 1999 à l'issue d'une offre publique d'achat (OPA) animée. De l'autre côté, la Banque nationale de Paris (BNP) : elle ne voit le jour quen 1966. Avant la Première Guerre mondiale, les ancêtres de la BNP se nomment la Banque nationale de crédit (ex-Comptoir descompte de Mulhouse) et le Comptoir national descompte de Paris (CNEP). La première des deux (BNC) seffondre en 1932 avec la crise financière de 1929 et « renaît » en tant que Banque nationale pour le commerce et lindustrie (BNCI).
Années 60 : BNP, cest qui ?
1966. Le 4 mai, la fusion de la BNCI et le CNEP est annoncée. Nouveau nom : Banque nationale de Paris. Mission des messages publicitaires ? Faire connaître la nouvelle marque. Pour cela, de larges affiches bleues, dévoilant un grand logo en relief, sont placardées dans les gares et sur les grands axes routiers. Un « succès » à en croire le service marketing de BNP, qui explique sa stratégie de lépoque dans la revue Dialogue de 1981 : « Très vite (1971), selon des mesures objectives faites à cette époque, la BNP est un établissement aussi connu que ses principaux concurrents. »
1973 : « Pour parler franchement »
La notoriété de BNP ne semble toutefois pas suffisante... En 1973, la banque lance une campagne choc : « Pour parler franchement, votre argent mintéresse ». Un texte accompagné de la photo dun homme costumé, la quarantaine souriante, et au regard collant parfaitement avec le caractère vénal du slogan. Ce qui vaut, en 1979, ce commentaire de Nicolas Crespelle (1), alors responsable des recherches publicitaires de Publicis, la société ayant eu lidée de cette campagne : un « discours totalement scandaleux, de la part dune banque ». Il assume, satisfait de sa provocation qui a fait mouche.
Le publicitaire explique ainsi que Publicis et la banque ont volontairement cherché à incarner le banquier de « façon caricaturale », justifiant ce choix par des études réalisées auprès des clients potentiels : « Les gens navaient pas du tout envie que la banque soit innocente. Ils avaient simplement envie quelle reste truande mais quelle fasse partager cette truanderie. » Toujours dans cette vidéo de 1979, Nicolas Crespelle soulève, logiquement, la question des retombées : « On peut se demander dans quelle mesure des gens vont aller ouvrir des comptes dans une banque, avec un tel ton, et surtout dit par quelquun qui a cette tête là. ( ) Quand on a vu que certains avaient crayonné des canines [de] vampire ( ), en fait, on était très content puisque cela prouvait que les gens avaient bien perçu le message. »
Résultat : « Au cours de lannée 1973, les ouvertures de comptes se sont multipliées », affirme la banque sur son site historique, en constatant que « l'immense impact médiatique semble avoir été plutôt positif pour létablissement ». Lobjectif était en effet dinciter les Français à séquiper de produits bancaires. La fameuse affiche « Votre argent mintéresse » saccompagne ainsi de déclinaisons similaires : « Nayez pas peur de me déranger, jaime bien parler argent », « Vous prenez largent au sérieux, nous allons nous entendre », etc. Une campagne courte mais efficace, qui laisse rapidement place à des publicités plus classiques autour du message « BNP, chaque Français y trouve son compte ».
1978 : « Cest moi qui compte »
En 1978, la banque sadresse toujours à « chaque Français » mais plus spécifiquement aux femmes en les incitant à ouvrir un compte. Des visages féminins apparaissent sur les affiches avec la signature « BNP, une banque ou les femmes comptent ». Cette volonté déquiper les femmes sétait déjà traduite dans la publication dun fascicule dédié, en 1968, trois ans après la loi permettant aux femmes mariées douvrir un ouvrir un compte librement.
Toujours au cur des années 70, BNP devient le parrain du tournoi de Roland-Garros. La banque a choisi ce sport quelle souhaite associer à son image : elle ne le lâchera plus. Encore aujourd'hui, elle reste un partenaire clé du tennis. Dans l'histoire publicitaire de BNP, lannée 1982 reste associée à un flop : elle est le théâtre dune tentative de nouveau slogan, « Sur la route de la vie en BNP », vite remplacé par le message le plus emblématique « La banque est notre métier ». Ce message simpose comme le slogan phare des années 80.
1995 : les « Tontons flingueurs » !
Le ton change radicalement à partir de 1993, l'année de la privatisation de la BNP. Ce moment historique est choisi par la banque pour faire appel à celui que toutes les marques sarrachent : Jean-Paul Goude. Les spots télévisés font alors apparaître un jeune cycliste en affirmant que « le métier de la BNP, cest de mettre de lhuile dans les rouages de léconomie ». Deux ans plus tard, une nouvelle phase culte de la saga publicitaire de BNP démarre : le message « A chaque instant, on doit pouvoir compter sur sa banque » est porté par des spots télévisés détournant des images des films tels que Le Corniaud ou Les Tontons flingueurs. Ton percutant, univers décalé. Et un premier signe pour le goût du cinéma chez BNP.
Cette campagne marquante ne tient que quelque temps. Dès 1998, les publicités sarticulent autour du nouveau message « Parlons davenir ». Puis, en l'an 2000, suite à la fusion avec Paribas, le groupe adopte une signature de marque qui colle aujourd'hui encore au logo étoilé : « La banque dun monde qui change ».
Après la crise : « Parlons vrai »
La signature ne change plus, mais les pubs si. Le dernier grand virage publicitaire date de laprès-crise. A partir 2010, BNP Paribas passe au « Parlons vrai ». Comme un miroir de la campagne de 1973, la publicité TV met les pieds dans le plat, en faisant parler les clients cette fois : « Est-ce quil sont justifiés vos frais bancaires ? Ils vont où vos bénéfices ? » Le tout conclu par une phrase à nouveau provocante : « Vous croyez que je vais choisir BNP Paribas juste parce que jaurai vu cette pub ? »
(1) Dans une vidéo tirée de lémission « Les idées et les hommes », disponible sur le site de lINA.



















