Hugues Le Bret, la Financière des paiements électroniques (1) a dévoilé la semaine passée des chiffres très encourageants : 300.000 clients après 27 mois de commercialisation du Compte Nickel. Avez-vous le sentiment davoir ouvert une brèche dans le monopole bancaire ?
Hugues Le Bret : « Pour la brèche, on verra. Ce qui est certain, cest quil y a un momentum, un contexte favorable pour un service comme le nôtre. Le curseur de la confiance, dabord, est en train de se déplacer, de la grande institution vers le peuple. Les consommateurs accordent aujourdhui autant, voire plus dimportance au bouche-à-oreille sur internet quà la publicité traditionnelle. Cela nous a aidés à nous faire connaître. On constate ensuite quil y a une scission des fonctions traditionnelles de la banque. Compte Nickel fait de la tenue de compte et du paiement, dautres fintechs proposent du crédit ou de lépargne. Aujourdhui, un utilisateur averti peut reconstituer assez simplement lensemble des prestations dune banque, mais en choisissant à chaque fois la meilleure proposition. Dans ce contexte, de nouveaux modèles économiques se créent. »
Parmi les nombreuses fintechs qui émergent actuellement, Compte Nickel apparaît comme une des plus solides
H.L.B. : « Effectivement, nous avons à cur de mettre en uvre un vrai modèle dentreprise (82 salariés actuellement) et de démontrer notre capacité à être rentable. Cest pourquoi toute notre énergie est actuellement orientée vers un objectif : atteindre au plus vite le cap des 500.000 clients et des 2.300 buralistes équipés, où nous situons notre point déquilibre. Cela devrait être le cas début 2017. Ensuite viendra le temps de courir dautres lièvres. »
Quelles seront vos priorités de développement, une fois cet équilibre atteint ?
H.L.B. : « Nous constatons quune partie non négligeable de nos clients, de lordre dun tiers, déposent plus dargent sur leur Compte Nickel quils nen dépensent. Nous avons donc le potentiel de leur rendre dautres services que la simple tenue de compte : du crédit, de lépargne ou encore de lassurance. Nous avons commencé à prendre contact avec dautres acteurs spécialistes de ces sujets, avec lobjectif de tisser des partenariats dans le futur. »
Vous aussi avez commencé à préparer le terrain pour une offre destinée aux professionnels. Où en êtes-vous ?
H.L.B. : « Effectivement, nous avions déjà amorcé cette évolution et obtenu lagrément du régulateur, avant de la mettre entre parenthèses pour nous concentrer sur le développement de loffre particuliers. Loffre pro va finalement être lancée, de manière progressive, à partir de lautomne 2016. »
Quen est-il dun développement à linternational, évoqué à loccasion de votre dernière levée de fonds ?
H.L.B. : « Nous recevons toutes les semaines des sollicitations venues dAfrique ou de dautres pays dEurope. Un de nos collaborateurs est déjà chargé de les examiner. Mais nous nous avons pas encore pris la décision dappuyer sur ce bouton, ni réfléchi à un réseau de distribution. »
Votre succès semble prouver que labsence de gratuité nest pas forcément rédhibitoire pour un service de paiement
H.L.B. : « Effectivement, Compte Nickel coûte en moyenne 50 euros par an à nos clients actifs. Mais ce coût est accepté car il apparaît comme transparent et justifié. Nos clients viennent à nous parce que le service est accessible immédiatement, sans conditions de revenus et à un prix accessible. Ils restent parce quils apprécient sa qualité : le report des opérations en temps réel, les alertes SMS, et plus généralement la possibilité de reprendre le contrôle sur leurs dépenses. »
Vous êtes une des rares fintechs à toucher le grand public. Comment y êtes-vous parvenus ?
H.L.B. : « Notre présence chez les buralistes y est pour beaucoup. Elle nous permet aujourdhui de toucher une audience captive denviron 500.000 personnes chaque semaine. Pour parvenir à ce chiffre avec un service 100% en ligne, il faudrait faire des investissements publicitaires énormes. La présence physique de notre borne dans les bureaux de tabac, ensuite, rassure. Elle permet limmédiateté, et donc les achats dimpulsion. Enfin, laide apportée par le buraliste dans la procédure douverture nous permet de nous adresser à toutes les clientèles, y compris les personnes âgées ou fragiles. »
Vous nenvisagez donc pas de faire évoluer vos modes de distribution
H.L.B. : « En France métropolitaine, la distribution de Compte Nickel restera une exclusivité des buralistes qui, il faut le rappeler, ont pris une participation de 6,1% dans notre capital. Nous avons simplement en projet de permettre aux futurs clients daccomplir une partie de la procédure douverture du compte depuis chez eux, devant leur ordinateur. A la rentrée 2016, tout ce qui se fait aujourdhui sur la borne, notamment lenvoi des pièces justificatives, pourra aussi se faire à la maison. Le client obtiendra ensuite un code, puis se rendra chez son buraliste pour récupérer son coffret et activer sa carte. »
Pour terminer, que vous inspire larrivée en France de la néo-banque allemande Number26 et celle prochaine dOrange Bank ?
H.L.B. : « Number26 est un service très bien fait, en terme de design, dusage client Mais il est 100% en ligne, et sadresse donc à un autre clientèle que la nôtre. Quant au lancement dOrange Bank, cest une bonne nouvelle. Larrivée dun acteur aussi puissant va en effet permettre délargir considérablement le marché des nouveaux services bancaires. »
Lancement imminent pour le paiement entre particuliers
Compte Nickel va lancer dans les prochains jours sa première application mobile, qui sera disponible sur les plateformes Android et iOS. Jusquici, seule la version mobile du site web de la marque permettait aux clients de gérer leur compte en mobilité.
Cette application va saccompagner dune nouvelle fonctionnalité : le paiement par SMS. Les clients Compte Nickel pourront ainsi senvoyer de largent grâce à un simple message expédié depuis lapplication.
(1) La FPE est létablissement de crédit qui exploite la marque et le service Compte Nickel.



















