Dans une étude récente (1) consacrée à la « Fintech à la Française » - qui pointe notamment le décalage entre le dynamisme des innovations financières dans lHexagone et la méconnaissance, voire le désintérêt, des Français - Deloitte pose la question de la relation entre les start-ups du secteur financier, les acteurs traditionnel et les pouvoirs publics. Plutôt quun énième discours sur « luberisation » qui menacerait le secteur bancaire face à ces nouveaux venus plus agiles et plus technologiques, le cabinet de conseil évoque lidée dune « coopétition ». « Malgré leurs atouts, larrivée des Fintech ne signifie pas nécessairement que les grandes marques bancaires que nous connaissons vont disparaître de sitôt », annonce Deloitte dans son étude, « en particulier celles qui apprennent à jouer habilement avec ces innovateurs ».
La cabinet de conseil détaille plusieurs scénarios possibles dintégration de linnovation. Il y a le partenariat, à limage du rapprochement de longue date entre La Banque Postale et le service de crowdfunding KissKissBankBank ; linvestissement, spécialité du Crédit Agricole qui a mis des billes dans lagrégateur de comptes Linxo ou le robo-advisor Anatec ; lacquisition enfin, option prise par le Crédit Mutuel Arkéa, qui a racheté 86% de la cagnotte en ligne Leetchi, ou par BPCE qui sest offert le concurrent le Pot Commun.
Lincubation, lautre voie choisie par BNP Paribas
Une autre voie existe toutefois, celle de lincubation, empruntée par BNP Paribas. Avec laide de lAtelier, son entité spécialisée dans la veille technologique et linnovation, la banque a mis en place en 2015 un « accélérateur fintech », accueilli au sein de son incubateur parisien, le WAI (pour We Are Innovation). Lidée est assez simple, même si BNP Paribas est la première enseigne française à la mettre en uvre : des jeunes pousses technologiques sont invitées à venir travailler en binôme, dans une logique dite dopen innovation, avec les différentes entités du groupe BNP Paribas : la banque de détail, lassurance, la banque privée, le crédit, etc.. Lancé en décembre 2015, lappel à projets a reçu 142 candidatures de start-ups majoritairement françaises, mais aussi luxembourgeoises, ou britanniques ou israeliennes.
Les heureux élus, au nombre de 8, viennent dêtre dévoilés. Pendant les quatre prochains mois, ces fintechs vont travailler main dans la main avec des cadres de BNP Paribas. Cardif, filiale spécialisée en assurance, va ainsi se rapprocher de Amalfi, un courtier en assurance collaborative, et de Paycar, un service de paiement qui sécurise lachat de voitures doccasion. Le métier Banque de détail va travailler sur lexpérience client avec Logmote, un service dauthentification qui transforme le smartphone en « clé de contact » des services numériques. La division Wealth Management, de son côté, a retenu Twinpeek, une solution de protection et de monétisation des données personnelles qui permet à chacun de contrôler son identité numérique. Rendez-vous désormais en juin prochain, pour voir ce qui sortira de ces collaborations, et les éventuelles suites qui y seront données.
BPCE partenaire du Global Fintech Challenge
Autre manière de créer des passerelles avec les fintechs, le groupe BPCE sest associé au Global Fintech Challenge Paris, un concours réunissant 130 start-ups financières venues de 15 pays. Sa finale sest déroulée le 14 mars dernier, au Palais Brongniart. Le prix doté et remis par BPCE, dans la catégorie Banque privée, est allé à Neurodecision, un outil dévaluation des profils dinvestisseurs sous forme de « jeu sérieux ». Ce prix va déboucher sur la réalisation dun prototype, destiné à tester lintérêt et la faisabilité de loutil pour BPCE.
(1) « La Fintech à la française, une filière dexcellence à développer ensemble », étude publiée le 24 mars 2016 par Deloitte. Terrain réalisé par Harris Interactive, du 29 octobre au 10 novembre 2015, auprès de 2.000 répondants représentatifs de la population française de 18 à 70 ans.















