Linformation, publiée le 28 septembre dernier, a fait leffet dune bombe : se basant sur des sources syndicales, le quotidien économique Les Echos annonçait que la Société Générale envisageait de fermer, à horizon 2020, 400 agences, soit 20% de ses points de vente en France. Un chiffre que le groupe bancaire na ni confirmé, ni infirmé, évoquant une « optimisation » en cours de son réseau et repoussant à plus tard une communication sur le sujet.
La Société Générale va-t-elle devenir la première grande banque de détail française à assumer une réduction drastique du nombre de ses points de vente ? Cela ferait événement, tant le sujet est sensible, voire tabou, en France. Non sans raison : le pays possède un des maillages les plus denses au monde, avec environ 37.800 agences au total, soit 1 agence pour 1.720 habitants (1). Et 60% environ des 370.000 salariés du secteur (soit plus de 220.000 personnes) (2) travaillent dans ces points de vente physiques. Le déclin des agences laisse donc craindre des destructions massives demplois, dont on ne sait encore si toutes pourront être compensées par des départs en retraite.
35.000 embauches en 2014
Dans ce contexte, aucune grande enseigne ne sest encore risquée à ce type dannonces. Elles préfèrent dans limmédiat communiquer sur la modernisation et la reconfiguration de leurs agences, à coup de « nouveaux concepts » faisant la part belle aux outils numériques. La Fédération bancaire française, de son côté, met en avant le dynamisme du secteur en matière dembauches (35.000 en 2014).
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Un discours qui contraste avec celui des banques en Grande-Bretagne, un marché comparable à la France. Des grandes enseignes comme Barclays, Lloyds ou encore RBS ont toutes assumé, au cours des dernières années, dimportantes réductions de leurs réseaux. Barclays, par exemple, a déjà commencé à trouver de nouveaux usages pour ses agences sous-utilisées, en les transformant en espaces de co-travail, comme le relatait il y a quelques mois le blog Cest pas mon idée
Numérisation des usages
De fait, les banques françaises, comme leurs homologues britanniques, et comme dautres secteurs économiques (le divertissement, le commerce de détail, entre autres), sont confrontées à un fait historique majeur : la numérisation des usages de leurs clients. Selon le récent baromètre Deloitte de la relation banques-clients, 24% des Français nutilisent plus jamais les services de leur agence bancaire, un chiffre en augmentation de dix points en un an. 13% (+4 pts en un an) dentre eux ont même complètement basculé sur linternet. « Les réseaux traditionnels améliorent aussi leurs interfaces numériques », constate Benoît Grisoni, le directeur de la banque en ligne Boursorama. « Ce faisant, elles contribuent à habituer leurs clients à cette relation digitale à distance ». Le taux de pénétration de la banque 100% en ligne vient ainsi datteindre les 11% en France, un chiffre en hausse de 4 points en six mois (3). Et le phénomène ne fait sans doute que commencer
Résultat : selon une étude du cabinet de conseil Score Advisor datant de 2014, 15% des points de vente (soit plus de 5.600), plus ou moins désertés, ne seraient plus rentables. Le phénomène est accentué par deux tendances lourdes. Dun côté, la réduction des marges des banques de détail, qui subissent à la fois le plafonnement de certains frais bancaires (les commissions dintervention notamment) et la faiblesse des taux. De lautre, la hausse des charges liées aux agences, notamment du prix du foncier dans les centres des grandes villes.
Un déclin qui ne date pas dhier
Dans les faits, le mouvement de réduction du nombre dagences est déjà à luvre, et ne date pas dhier. Le pic du nombre de points de vente semble avoir eu lieu au cours des années 2000. Depuis, les chiffres fournis par la Banque de France sont en baisse : entre 2006 et 2013, plus de 2.000 agences ont disparu de la circulation. Et selon Sia Partners, le phénomène devrait aller en saccélérant : entre 2014 et 2017, lagence de conseil annonce la fermeture de 3.000 points de ventes supplémentaires.
Face à un phénomène aussi majeur, le discours des banques va devoir évoluer, et a déjà commencé à le faire. « Les grands réseaux assument de plus en plus le changement de comportement de leurs clients », constate Benoît Grisoni. Petit à petit, le tabou est en train de tomber.
(1) Source : statistiques de la Banque centrale européenne, 2014
(2) Source : Fédération bancaire française
(3) Source : Etude Audirep/BforBank, mai 2015















