Les parties civiles ont pointé mardi le rôle central de l'Elysée et du conseiller de Nicolas Sarkozy, François Pérol, jugé en correctionnelle pour « prise illégale d'intérêts », dans la création du groupe bancaire BPCE (Banque Populaire-Caisse d'Epargne).

François Pérol est poursuivi pour avoir accepté de prendre la tête du groupe issu du mariage de la Banque populaire et de la Caisse d'Epargne alors qu'il avait suivi cette fusion comme secrétaire général adjoint de l'Elysée. Il conteste avoir violé la loi en donnant des avis ou proposant des opérations dans le cadre de ce dossier.

« C'est bien François Pérol qui a conçu, piloté et coordonné la fusion » des deux banques, a dénoncé Me Stéphane Ducrocq, avocat du syndicat SUD, lors des plaidoiries des parties civiles. « C'est bien à l'Elysée qu'ont été prises les décisions importantes sur ce dossier : la recapitalisation des banques, c'est le président, la décision de nommer M. Pérol à la tête du groupe, c'est aussi Nicolas Sarkozy. Et si, c'est M. Sarkozy qui décide, alors M. Pérol est clairement dans la prise illégale d'intérêts », a-t-il expliqué.

Il « a piloté la fusion à tous les niveaux »

« M. Pérol a piloté la fusion à tous les niveaux, les autorités agissant sous son contrôle. Dans les réunions à l'Elysée, c'est lui qui prend la parole au nom de l'État. Et la seule fois où il ne l'a pas fait, c'est lorsque Nicolas Sarkozy a proposé son nom pour prendre la direction du nouveau groupe, en présence des présidents des banques et à partir d'une note qu'il avait lui-même rédigée », a-t-il fait valoir.

Jeudi, l'ancien secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, supérieur hiérarchique de François Pérol, avait créé la surprise en expliquant que c'était Nicolas Sarkozy qui avait proposé la nomination de son conseiller économique à la tête du groupe bancaire BPCE et que le président suivait « avec intérêt ce dossier ».

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Un euro symbolique de dommages et intérêts

Pour Me Jérôme Karsenti, avocat de la CGT des Caisses d'Epargne, « quand M. Pérol accepte la proposition de M. Sarkozy, il participe de fait à une prise de décision ». « C'est bien la preuve qu'il a donné un avis », a-t-il fait valoir. L'infraction poursuivie « touche à la probité publique, à l'éthique et au bon fonctionnement de nos institutions démocratiques », a souligné Me Karsenti pour qui le procès a été « une occasion rare de plonger au cœur de l'exercice du pouvoir des années Sarkozy ».

« Je ne sais pas s'il fallait que vous soyez le patron de la BPCE mais je sais que la loi n'a pas été respectée », a-t-il dit à François Pérol. « C'est ainsi que l'on fabrique le soupçon et que la politique n'est plus créditée aujourd'hui de servir l'intérêt général », a-t-il dénoncé. Les parties civiles ont réclamé un euro symbolique de dommages et intérêts.