La Caisse d'Epargne et le Crédit Agricole : deux grands réseaux bancaires revendiquant chacun plus de 20 millions de clients en France, pour 1.295 abonnés YouTube dans un cas, 3.210 dans lautre. Le CIC : 4 à 5 fois moins de clients mais 18.422 abonnés sur YouTube à ce jour. Lorsquil sagit de classer les banques en fonction de leur popularité sur le réseau social vidéo de Google, le CIC arrive très largement en tête. Pourquoi ? La banque a fait le choix de faire intervenir régulièrement des célébrités de ce réseau social comme Cyprien (alias « Monsieur Dream ») ou Gonzague. Dautres banques sy sont essayées mais de façon plus intermittente.
Objectif recherché ? Le CIC na pas souhaité répondre sur ce sujet. « Toucher un public jeune et connecté », analyse pour sa part Nicolas Lanter, président de l'agence Kindai, spécialisée dans le conseil en communication YouTube et Instagram. « Les collégiens ou lycéens sont en attente de contenu de la part des YouTubeurs comme Norman ou Cyprien. Une banque qui veut toucher ce public na rien à faire à la télévision ! » Nicolas Lanter insiste par ailleurs sur la différence de coût de production entre une spot TV et une vidéo sur internet, même sil refuse de donner un ordre didée pour une campagne web. « Tout dépend du YouTubeur » et tout dépend du mode de diffusion de la vidéo : le tarif nest pas le même si elle est hébergée sur le site de marque ou sur la chaîne du YouTubeur.
Le président de Kindai sétonne dailleurs que les campagnes YouTube menées par les banques soient systématiquement hébergées sur le compte de la banque : « Cest dommage. Une vidéo postée sur la chaîne de Cyprien, cest 5 millions de vues ! » Sur la chaîne du CIC, rares sont les épisodes des séries « les moments » et « les objectifs de Cyprien » à dépasser les 500.000 vues, même sil en a fait la promotion par deux fois via son compte Twitter en septembre 2012. Les YouTubeurs préfèrent peut-être éviter d'afficher des vidéos « bancaires » sur leur propre compte. Dans les commentaires des vidéos de Cyprien pour le CIC, par exemple, les débats s'orientent plus facilement vers leur aspect vénal que sur le sujet de la vidéo en elle-même.
CIC : Cyprien-de Groodt, duo gagnant
Le CIC est donc « la référence » sur YouTube dans la catégorie bancaire pour le président de l'agence Kindai. Car le réseau du groupe Crédit Mutuel-CIC sest attaché les services d'un YouTubeur aux près de 7 millions dabonnés sur YouTube. Cyprien, qui réalise lessentiel de son audience sur la tranche dâge 13-17 ans selon Nicolas Lanter, a réalisé pour le CIC deux séries dune dizaine de vidéos, diffusées de 2012 à 2014, sur des thématiques liées à son public habituel : le téléphone portable, le bac, les études à létranger, le premier emploi, le permis de conduire, etc.
La vidéo la plus vue de La Chaîne CIC nest pourtant pas luvre de Cyprien. « Le virement », qui culmine à près de 850.000 vues en 4 mois, est « écrite et réalisée » par Stéphane de Groodt, plus connu pour ses chroniques TV que pour son activité sur le web. Lhumoriste a réalisé sept vidéos pour le CIC depuis 2013, la dernière en date ayant été diffusée début mars 2015. La cible n'est évidemment pas la même, Stéphane de Groodt plaisant à un public plus âgé que Cyprien.
Le CIC fait aussi intervenir Gonzague pour la série « Les défis » et tente de créer son propre personnage avec la série « Les 2 minutes du Pr. Roger Nialle », basée sur des images darchives et des commentaires potaches. Une démarche qui ne convainc pas le président de lagence Kindai : « Beaucoup de marques essaient de créer leur propre saga, mais lorsque lon fait appel à un YouTubeur, on profite de son audience. » Bilan : 10.000 à 300.000 vues selon les épisodes, loin de Cyprien et Stéphane de Groodt.
Société Générale : Hugo et le permis
8.000 abonnés. La banque rouge et noire fait deux fois moins bien que le CIC sur YouTube mais reste nettement devant les autres enseignes du secteur. Ses vidéos les plus populaires ? De très loin celles dHugo tout seul, YouTubeur aux 1,8 million dabonnés. Deux de ses vidéos hébergées sur la chaîne de la Société Générale dépassent le million de vues. Mais il sagissait dune opération ciblée, en 2012, autour de la campagne « Gère ton permis », pour lequel il existait un site dédié. La cible affichée par la banque : les 16-24 ans. Son objectif : faire la promotion d'un « starter kit » avec de petits cadeaux et, surtout, 40 euros versés sur un compte bancaire Société Générale.
Crédit Agricole : SODA et le foot
En mai 2013, Kev Adams a réalisé plusieurs épisodes dune mini-série pour le Crédit Agricole, dans le cadre d'un partenariat entre la série SODA, M6 et la banque pour promouvoir la carte bancaire Mozaïc M6. Il s'agissait de l'extension dune campagne multicanale avec des spots télévisés, de l'affichage en agence et des vidéos exclusives pour le web. L'objectif n'était pas de promouvoir l'image de la marque, comme pour le CIC, mais uniquement un produit : la carte Mozaïc dédiée aux 12-25 ans. Bilan : 400.000 ou 500.000 vues pour chacune des trois vidéos, qui émargent toutes dans le top 6 des vidéos les plus populaires du compte YouTube du Crédit Agricole, le classement étant dominé par un spot de léquipe de France de football.
A noter : le Crédit Agricole reprend aussi les codes des YouTubeurs pour promouvoir lui-même le modèle coopératif.
Bilan : 400.000 vues pour une vidéo de cette série, qui se paie le luxe de coiffer lun des épisodes de SODA.
BNP Paribas : Mes Colocs en 2010-2011
Le compte YouTube de BNP Paribas naffiche que 1.642 abonnés et aucune vidéo de YouTubeur ou sen approchant. Sur la période 2010-2011, la banque a tout de même misé sur un créneau proche avec la web-série écrite par Riad Sattouf « Mes Colocs », diffusée non pas sur YouTube mais sur Dailymotion. Elle annonçait dailleurs 12 millions de vues au total dans un communiqué de juillet 2011, mais la page Facebook aux « 25.000 fans » revendiqués n'est plus en ligne. Lobjectif de la banque était à l'époque de sadresser aux 16-29 ans et de mettre en avant l'offre spécifique de BNP Paribas pour ce public.
La Banque Postale : Comme le disent
Seulement 380 abonnés pour la chaîne YouTube de la banque, mais 9.670 pour celle dédiée à la série « Comme le disent les gens », laquelle affiche même plus dun million de vues pour deux vidéos. Lancée mi-2014, cette web-série ne sappuie pas sur un YouTubeur mais sur un concept, à limage de ce qua proposé BNP Paribas avec « Mes Colocs ». La saison 1 rassemble « plus de 8 millions de vues avec ses 14 épisodes » selon la Banque Postale. La saison 2 est en cours de diffusion.
LCL : du sport et du stand-up
A peine plus de 300 abonnés YouTube pour LCL, qui met en avant sur son compte ses campagnes publicitaires et des vidéos de sportifs. La banque fait tout de même la promotion des vidéos de son concours « LCL Stand-Up », pendant indirect de sa campagne télévisée mettant en scène des humoristes inconnus, laquelle avait pris la suite des publicités avec Gad Elmaleh. Pour Nicolas Lanter, la publicité LCL avec Gad Elmaleh, cest « lexemple type de ce quil ne faut pas faire » parce que « ça sonne faux ». L'occasion pour lui de citer un avantage des YouTubeurs : « Ce qui est intéressant avec eux, cest quils vont se réapproprier la campagne, pas se contenter de réciter un texte. »
Caisse dEpargne, Banque Populaire, Crédit Mutuel
Les chaînes YouTube de ces trois grands réseaux tournent autour des 1.000 abonnés. Les deux banques du groupe BPCE (Banques Populaires-Caisses d'Epargne) n'ont pas misé sur la carte de l'humour sur leur compte national. A noter tout de même deux initiatives ponctuelles : celle de la Caisse d'Epargne Ile-de-France (« La banque à distance qui nous rapproche ») en 2013 et celle de Banque Populaire via le site Melty avec les défis de Julien (« Mission SuperActif »).
Le Crédit Mutuel a pour sa part tenté de s'appuyer sur un YouTubeur reconnu, Mister V, mais sans grand succès : 1.000 à 15.000 vues pour les cinq vidéos publiées en 2012 et 2013. Loin du succès de la vidéo « Cher Crédit Mutuel », réalisée en 2013 au détriment de l'enseigne par l'humoriste Kenny Martineau. Cette dernière a enregistré 1,19 million de vues.















