Récurrence des incidents de paiement, interdiction d'utiliser un chéquier, dépôt d'un dossier de surendettement : autant de signes de dégradation de la situation financière d'un client bancaire. Depuis 2013, les banques ont l'obligation de mettre en place des dispositifs de détection de ces signaux, et de proposer aux clients concernés un accompagnement spécifique.
Fragilité financière : les offres bancaires pour les clients fragiles
Selon le rapport 2025 de l'Observatoire de l'inclusion bancaire (OIB), dévoilé jeudi 25 juin 2026, le nombre de clients détectés a atteint 4,8 millions fin 2025, un chiffre en hausse de 5,1% en un an.
Entre autres obligations, les banques doivent leur proposer de souscrire à l'offre clientèle fragile (OCF), une offre groupée de services dont le prix est plafonné à 3 euros par mois (souvent moins dans les faits) et qui intègre notamment un plafonnement des frais bancaires à 20 par mois et 200 par an. Selon l'OIB, les clients qui acceptent cette proposition paient moins de frais en général (86 par an en 2025, contre 197), et moins de frais d'incidents de paiement en particulier (37, contre 106). Pourtant, seul un client fragilisé sur quatre choisit de bénéficier de cette OCF, une proportion stable depuis 2023.
Des taux d'équipement contrastés selon les banques
Cette proportion, relativement faible et surtout stagnante, interroge l'OIB. Elle fait même l'objet d'une « analyse approfondie » de son conseil scientifique, dont certains des résultats sont présentés dans le rapport 2025.
Tous les établissements, d'abord, ne font pas preuve du même enthousiasme à proposer cette offre, qui est pourtant une obligation légale. En effet, l'OIB note des « écarts notables (...) entre les établissements bancaires, tant sur la dynamique de progression que sur le niveau d'équipement en OCF au cours des cinq dernières années ». Parmi les principales banques françaises, une atteint un taux d'équipement de 38% en 2025, tandis qu'une autre plafonne à 20%.
Mais ce n'est pas le seul frein à la souscription. La conception de l'offre est également en cause. Pour contenir les risques de dérapage, elle ne contient ni autorisation de découvert, ni chéquier. Des limites qui figurent en tête des motifs de refus, selon une enquête menée par l'institut CSA en décembre 2025 (1), à la demande de l'OIB. Les potentiels bénéficiaires, qui ont en commun de disposer de ressources nettement inférieures à la moyenne de la population, craignent de se retrouver, tôt dans le mois, dans l'incapacité de subvenir à leurs besoins de base, notamment en nourriture.
Une offre vue comme un « signe d'échec »
Mais le rejet de l'offre est également d'ordre symbolique. Selon l'OIB, les personnes interrogées dans le cadre de l'enquête évoquent également « l'aspect stigmatisant » de l'intitulé de l'offre, et la volonté de s'en sortir « sans avoir à s'équiper d'une telle offre de services bancaires ». Des verbatims recueillis par l'institut de sondage, détaille le rapport 2025, « illustrent cette peur de perdre le contrôle : « Je ne veux pas être tenue par la main et je préfère me débrouiller toute seule » ; « Je ne me sens pas fragile à ce point. »
Le conseil scientifique de l'OIB a également interrogé des conseillers bancaires et des travailleurs sociaux qui accompagnent les clients fragilisés. Ils soulignent la méconnaissance des intéressés - qui les pousse parfois à se tourner vers des offres alternatives payantes, comme le compte Nickel - et le besoin de pédagogie autour de cette offre, souvent vue comme un « signe d'échec ».
Des clients fragilisés sous-équipés en LEP
C'est un paradoxe : alors que l'immense majorité des clients fragilisés l'est en raison de faibles revenus, seuls 386 000 d'entre eux, sur 4,8 millions, sont équipés d'un Livret d'épargne populaire (LEP) fin 2025. Ce livret réglementé est pourtant mieux rémunéré (2,5% net actuellement) que le Livret A (1,5%), qui équipe plus de 2 millions d'entre eux.
(1) Enquête par téléphone, du 1er au 20 décembre 2025, auprès d'un panel de 614 personnes bancarisées, représentatif de la population française, qui a permis d'identifier 91 personnes en situation de fragilité financière.

















