Le gouverneur François Villeroy de Galhau a annoncé le 9 février qu'il quitterait ses fonctions début juin, avant le terme de son mandat prévu fin 2027. Il prendra la présidence de la fondation Apprentis d'Auteuil, engagée dans la protection de l'enfance.
Ce départ surprise redonne la main à Emmanuel Macron pour désigner un gouverneur qui pourra être en poste sur toute la durée du mandat du prochain président de la République, jusqu'en juin 2032.
Comme pour d'autres grands commis de l'Etat, le président propose un candidat, qui doit être auditionné par les commissions des Finances de l'Assemblée nationale et du Sénat.
Ces commissions peuvent s'opposer à la nomination à la majorité des trois cinquièmes, ce qui donne à ce processus une tournure politique.
Outre ses prérogatives en matière de politique monétaire, la Banque de France est un acteur économique clé, avec des missions comme la lutte contre le surendettement, la fixation du taux du Livret A ou la fabrication des billets.
« Au cur de la Macronie »
Parmi les candidats, un nom revient : celui d'Emmanuel Moulin, qui a annoncé récemment lors d'une réunion de cabinet qu'il allait « tenter sa chance », selon un participant, estimant son départ « assez imminent ».
Cet énarque de 57 ans - nommé conseiller économique du président Nicolas Sarkozy en 2009, directeur de cabinet de Bruno Le Maire en 2017, directeur du Trésor en 2020 puis directeur de cabinet du Premier ministre Gabriel Attal - a déjà commencé à mener campagne en coulisses, approchant des parlementaires. Mais sans quitter l'Elysée à ce stade.
« Je l'ai vu cette semaine », confirme le socialiste Philippe Brun, membre de la commission des finances de l'Assemblée, précisant que son groupe voterait en fonction de son audition. Certaines sources estiment qu'il « a de fortes chances », d'autres sont plus sceptiques.
Pour le président de la commission des Finances de l'Assemblée, Eric Coquerel (LFI), Emmanuel Moulin « ne coche pas vraiment les cases ». « Il y a une question d'indépendance et de neutralité », estime-t-il. « Techniquement, il est sûrement très compétent » mais « il est quand même au cur de la Macronie ».
« Ça va être très compliqué » pour le vote, dit-il, surtout après la nomination d'autres proches d'Emmanuel Macron à la tête d'institutions, dont l'ex-ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin à la Cour des comptes en février, un choix qui avait « causé pas mal d'émoi ». Pour le député RN Jean-Philippe Tanguy, Emmanuel Moulin « est l'une des pires personnalités de la Macronie ».
Une femme gouverneure ?
Plusieurs autres sources, y compris chez les Républicains, expriment des doutes sur la possibilité qu'Emmanuel Moulin passe le cap du vote, un an après un feu vert obtenu à une voix près et grâce à une abstention du RN de Richard Ferrand, proche d'Emmanuel Macron, au Conseil constitutionnel.
D'autres noms ont circulé pour le poste, dont ceux de la seconde sous-gouverneure de la Banque de France Agnès Bénassy-Quéré ou de Laurence Boone, ex-sherpa de François Hollande, ex-secrétaire d'Etat et ex-cheffe économiste de l'OCDE, aujourd'hui à la tête de la banque Santander en France. Mais elles pourraient plutôt être intéressées par le poste de cheffe économiste de la Banque centrale européenne (BCE).
Ont été cités aussi la présidente de l'Autorité des marchés financiers (AMF), Marie-Anne Barbat-Layani, ou le président de l'Autorité de la concurrence Benoît Curé, qui ne serait cependant pas candidat. Ce serait une grande première à ce poste si une femme était nommée. Mais aucun de ces autres candidats ne semble faire campagne auprès de parlementaires, d'après ceux interrogés par l'AFP.
Les délais paraissent courts au vu des différentes étapes, nourrissant les questionnements sur l'attente du chef de l'Etat, et laissant entrevoir la possibilité d'une période d'intérim. En cas « d'absence ou d'empêchement du gouverneur », les textes prévoient que l'un des deux sous-gouverneurs - Denis Beau ou Agnès Bénassy-Quéré - préside le conseil général de la Banque.
















