Cest un cap modeste, mais un cap tout de même. Selon une étude Audirep commandée par BforBank, la banque 100% en ligne a passé au 1er trimestre 2015 le cap des 10% dusagers en France. Un chiffre encourageant - ce taux de pénétration nétait encore que de 7% six mois plus tôt - mais qui montre que malgré leurs tarifs compétitifs, leurs produits dépargne performants et leurs efforts marketing tous azimuts, les enseignes numériques nont pas encore fait sauter le verrou qui les sépare du grand public.
Les CSP+, clientèle naturelle des banques en ligne
Qui sont en effet ces 10% de Français qui ont choisi de gérer leurs comptes sur internet ? Dune enseigne à lautre, leur profil est remarquablement homogène. Chez Fortuneo, présente sur le marché depuis 2000, le client type, décrit par la communication de la banque, est un homme (60% de la clientèle), de 40 ans en moyenne, CSP+, actif, urbain, généralement multibancarisé et autonome dans la gestion de ses finances.
Il ressemble comme deux gouttes deau à celui de Hello bank - une enseigne pourtant beaucoup plus jeune (1) - dont la clientèle actuelle, selon la communication de sa maison mère BNP Paribas, est majoritairement composée de « CSP+, plutôt urbains, une majorité de cadres, à laise avec le digital et autonomes dans leur relation avec la banque ». « En mars 2015 », explique de son côté BforBank, « [notre clientèle] se profilait comme suit : 60% dhommes, 52 ans en moyenne, CSP+ à 58%, plutôt urbaine, à laise avec internet et autonome ».
Lépargne comme produit dappel historique
Cette convergence des profils a une cause historique. Avant de devenir des banques complètes - avec comptes courants, cartes bancaires et pour certaines crédits immobiliers - les enseignes de banques en ligne ont souvent été des spécialistes de lépargne. Cest avec le Livret Epargne Orange, son compte sur livret fiscalisé, quING Direct, filiale dun géant néerlandais de la bancassurance, a fait son arrivée en France, il y a une quinzaine dannées. Boursorama Banque et Fortuneo sont tous deux à lorigine des spécialistes du courtage en ligne. Apparue en 2009, BforBank na ouvert son catalogue au compte courant et à la carte bancaire que depuis cette année. Avant cela, ses principaux produits dappel étaient le livret dépargne et lassurance-vie. En mettant en avant des produits dépargne plus performants que ceux des banques traditionnelles, les banques en ligne ont logiquement attiré une clientèle à hauts revenus, ayant les moyens dépargner au-delà dun Livret A ou dun PEL.
Cela pourrait toutefois changer. Le produit phare des enseignes à distance, en effet, est de moins en moins le livret à taux boosté, sur lequel il est de plus en plus difficile de dégager des marges. Ce nest pas un hasard si, au cours des derniers mois, ING Direct a lancé son offre de crédit immobilier, ou BforBank un compte courant avec carte bancaire gratuite : ce sont deux produits plus rentables actuellement, et susceptibles dattirer une clientèle plus large, notamment composée de jeunes actifs. Boursorama Banque, première enseigne à avoir engagé cette stratégie de diversification, constate dailleurs un rajeunissement et une féminisation de ses prospects.
Certaines enseignes ciblent plus ouvertement les hauts revenus
Reste une question : clientèle naturelle des banques en ligne, les Français aisés sont-ils aussi leur cible préférée ? Aucune enseigne ne le reconnaît ouvertement. « Nous nous adressons à tous les Français qui souhaitent gérer eux-mêmes leurs finances personnelles en ligne » explique-t-on du côté de Bforbank. « Hello bank ne cible pas particulièrement une clientèle à hauts revenus », promet la communication de BNP Paribas.
Pourtant, toutes, à lexception de Monabanq, sélectionnent leur clientèle en fonction du niveau de salaire. Certes, les cartes bancaires dentrée de gamme sont relativement accessibles : il faut justifier de revenus mensuels compris, pour un compte simple, entre 1.000 euros chez Boursorama Banque et 1.600 euros chez BforBank. Mais ces exigences montent assez vite à mesure quon progresse en gamme : ainsi, pour une carte Visa Premier ou Gold MasterCard avec débit différé, comptez 1.600 euros chez BforBank, 1.800 euros chez Boursorama Banque, 2.300 euros chez Fortuneo, 2.400 euros chez Hello bank et jusquà 3.000 euros chez ING Direct.
Certaines enseignes jouent encore plus ouvertement la carte de la clientèle aisée en intégrant à la gamme de moyens de paiement des cartes bancaires premium, intégrant notamment des services de conciergerie : MasterCard World Elite chez Fortuneo, Visa Infinite chez Bforbank et Hello Bank. Pour les obtenir, le ticket dentrée est placé à 4.000 euros de revenus mensuels nets chez BforBank et Fortuneo, et à 20.000 euros de flux créditeurs par trimestre chez Hello Bank. Et elles ne sont gratuites que chez Fortuneo : BforBank facture 200 euros annuels, Hello Bank 240 euros, contre 325 euros en moyenne dans les enseignes traditionnelles. Un produit hautement sélectif, donc, mais quING Direct envisage également dintégrer à son catalogue.
Voir également sur le site : les tarifs pratiqués par les banques en ligne
(1) Hello bank a été lancée en juin 2013.

















