L'essentiel
- La néobanque britannique Revolut a obtenu une licence bancaire française, lui permettant de créer Revolut Bank S.A., un établissement situé à Paris.
- Cette licence va entraîner la migration des 8 millions de clients français actuellement gérés par l'entité lituanienne Revolut Bank UAB.
- Avec cet agrément, Revolut espère élargir son offre en France, même si de nouveaux produits ne sont pas attendus immédiatement.
C'est officiel : Revolut est désormais une banque française ! Dans un communiqué diffusé hier, lundi 10 août, la néobanque originaire du Royaume-Uni a annoncé qu'elle avait obtenu de l'ACPR (Autorité de contrôle prudentiel et de résolution), le régulateur français du secteur bancaire, et de la Banque centrale européenne (BCE) une licence bancaire française, un an environ après le dépôt de sa demande. Elle lui permet de donner naissance à Revolut Bank S.A., un établissement de crédit basé à Paris et qui a vocation à exercer en France, mais aussi en Allemagne, en Italie, en Espagne, au Portugal et en Irlande.
Revolut : la banque en ligne annonce l'obtention d'une licence bancaire en France
Actuellement présente sur plus de 40 marchés nationaux (où elle affirme servir plus de 75 millions d'usagers au total), Revolut a l'ambition d'être la première banque globale. C'est pourquoi elle multiplie actuellement les licences bancaires. Outre celle obtenue de haute lutte, et seulement en 2026, dans son pays d'origine, le Royaume-Uni, elle dispose désormais de deux en Europe continentale, en Lituanie (pour l'Europe centrale et de l'Est) et en France (pour l'Europe de l'Ouest). Elle vient également d'en décrocher une au Mexique et une autre en Australie. Des demandes sont en cours d'examen aux États-Unis ou en Afrique du Sud, notamment.
Migration à venir des clients français
Concrètement, que va changer l'obtention de cette licence bancaire supplémentaire ? La première étape va consister à faire migrer les clients français (au nombre de 8 millions selon les derniers chiffres communiqués par la néobanque) vers la nouvelle entité. Bien qu'ils disposent déjà d'un IBAN français, ces comptes sont en effet actuellement gérés par l'entité basée en Lituanie, Revolut Bank UAB. Cette migration devrait débuter « dans les mois à venir, une fois que la banque sera opérationnelle, sous réserve que les conditions réglementaires soient réunies », explique la communication de Revolut. Un processus technique, donc, qui ne nécessitera « aucune démarche (...) de la part des clients au préalable (...). Leurs services ne subiront aucune interruption. »
L'enjeu est celui de la confiance. « L'obtention de cet agrément (...) illustre notre volonté de construire, dans la durée, une banque répondant aux exigences les plus strictes en matière de réglementation, de conformité et de gouvernance dans le cadre d'un dialogue constant et constructif avec les autorités françaises et européennes », explique Frédéric Oudéa, président du Conseil d'Administration de la nouvelle entité et ancien patron de la Société Générale.
Un exemple parmi d'autres : les fonds déposés sur les comptes français étaient déjà protégés par le mécanisme européen de garantie des dépôts bancaires (à hauteur de 100 000 euros par client et par banque). Cette migration va toutefois permettre à cet argent d'être couvert en direct par le FGDR (Fonds de garantie des dépôts et de résolution), le dispositif français, plutôt que par son homologue lituanien.
Banque en ligne : « Revolut est-elle couverte par la garantie des dépôts de 100 000 euros ? »
Un catalogue de produits à étoffer
A terme, cet agrément doit également permettre à Revolut d'étoffer son catalogue de produits. Celui-ci est encore aujourd'hui trop limité pour espérer voir les clients de Revolut lui confier l'ensemble, ou la majeure partie, de leurs avoirs, eux qui l'utilisent encore majoritairement comme une banque secondaire. C'est le nerf de la guerre, pourtant, pour faire gonfler la contribution de chaque usager aux revenus de la banque. Selon Le Monde, elle est actuellement de 60 euros par an, dix fois moins que dans les banques commerciales traditionnelles, comme BNP Paribas ou Société Générale.
La néobanque ne propose ni carte à débit différé, ni découvert, ni épargne réglementée, ni assurance vie, ni crédit immobilier... Autant de produits qui ont, dans le futur, vocation à s'ajouter à l'offre française de Revolut, comme l'expliquait récemment à MoneyVox Béatrice Cossa-Dumurgier, CEO de la nouvelle banque : « La licence bancaire de plein exercice fera de Revolut une banque française comme les autres et nous permettra de développer des produits qui n'existent qu'en France. C'est le cas, par exemple, pour le crédit immobilier, un produit qui conserve énormément de spécificités locales. Or, il est important d'avoir du crédit immobilier dans votre offre, car il vous permet de fidéliser une clientèle. »
Tous ces produits, toutefois, ne sont pas attendus pour demain. Leur lancement pourrait même être soumis à un examen attentif des autorités de régulation. En juillet 2025, la BCE a ainsi imposé à Revolut UAB certaines restrictions concernant notamment le lancement de nouveaux produits. Selon les informations de Bloomberg, relayées par Le Monde, ces limitations, en particulier dans le domaine du crédit, devraient également s'imposer à Revolut Bank S.A. Interrogé sur le sujet, un porte-parole de Revolut botte en touche : « Cette licence nous permet d'exercer nos activités en tant que banque dans l'ensemble de l'Union européenne. Nous ne commentons pas nos modalités ni nos relations réglementaires. »
















