
Un grand merci à toutes celles et ceux qui ont répondu à l'appel à questions sur notre forum.
Béatrice Cossa-Dumurgier, pouvez-vous brosser un rapide portrait de Revolut, pour celles et ceux qui ne vous connaîtraient pas encore ?
Béatrice Cossa-Dumurgier : « Revolut est un groupe britannique créé il y a dix ans et demi par deux fondateurs, Nik Storonsky et Vlad Yatsenko, le premier avec un profil de trader, le second avec un profil tech. Revolut n'est pas une société cotée, mais une société privée. À ses débuts, l'entreprise s'est développée autour d'une application mobile répondant à un besoin très concret : permettre aux personnes qui voyagent de payer facilement dans la devise locale et d'effectuer des transferts dans des devises étrangères. Le succès a été immédiat, grâce à la simplicité de l'expérience et à des frais transparents et extrêmement compétitifs. Progressivement, autour de ce cas d'usage, Revolut a développé une offre complète pour couvrir l'ensemble des métiers de la banque : les paiements, l'épargne, l'investissement, le crédit.
« Près de 70 millions de clients dans le monde, dont 50 millions en Europe »
Nous avons connu une expansion mondiale significative, pour atteindre aujourd'hui près de 70 millions de clients dans le monde, dont 50 millions en Europe. Nos résultats, publiés il y a un mois, témoignent non seulement d'une très belle croissance, de bases très solides, mais également d'une amélioration de notre profil financier année après année. Nous sommes désormais profitables depuis cinq ans, nous avons obtenu une licence bancaire pleine et entière au Royaume-Uni, une autre au Mexique et, bien sûr, dans l'Union européenne, en Lituanie. Le groupe s'appuie également sur un réseau de succursales présentes dans une dizaine de pays, dont la France. »
L'un de vos objectifs, comme directrice générale Europe de l'Ouest, est de décrocher une licence bancaire en France. Pourquoi ?
Béatrice Cossa-Dumurgier : « Effectivement, Revolut a fait le choix de créer une seconde banque dans l'Union européenne, dont j'ai la responsabilité. Elle sera établie à Paris et couvrira l'ensemble des marchés d'Europe de l'Ouest. C'est-à-dire, outre la France, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, le Portugal et l'Irlande, soit aujourd'hui près de 25 millions de clients. Pourquoi la France ? Ce choix s'est imposé naturellement. Il s'agit d'un des marchés les plus importants de l'Union européenne, avec plus de 7 millions de clients, mais également le premier dans le monde en termes de croissance, avec 2,5 millions de nouveaux clients en 2025. Revolut avance très vite : nous acquérons 1 million de clients tous les 17 jours dans le monde.
« Nous acquérons globalement 1 million de clients tous les 17 jours dans le monde »
Pour soutenir l'implantation de cette seconde banque dans l'Union européenne, nous avons annoncé des investissements très significatifs : un milliard d'euros en capital pour soutenir la croissance dans les trois prochaines années et 200 recrutements additionnels par rapport aux 350 personnes qui sont déjà en France aujourd'hui, également sur les trois prochaines années. »
Votre licence lituanienne vous permet déjà d'offrir vos services dans toute l'Union européenne. Pourquoi investir dans ce second établissement de crédit ?
Béatrice Cossa-Dumurgier : « C'est une décision stratégique. Revolut s'est développé autour d'une offre globale autorisant ce qu'on appelle des économies d'échelle : une seule plateforme, déployée globalement, qui permet de diviser les coûts par client. C'est un modèle extrêmement vertueux qui explique que notre marge opérationnelle n'a cessé d'augmenter. Toutefois, lorsque vous atteignez une taille critique significative dans certains pays, et c'est le cas en France, il devient rentable de localiser les produits.
« Lorsque vous atteignez une taille critique (...), il devient rentable de localiser les produits »
La licence bancaire de plein exercice fera de Revolut une banque française comme les autres et nous permettra de développer des produits qui n'existent qu'en France. C'est le cas, par exemple, pour le crédit immobilier, un produit qui conserve énormément de spécificités locales. Or, il est important d'avoir du crédit immobilier dans votre offre, car il vous permet de fidéliser une clientèle. C'est ce pivot, précisément, que Revolut a engagé dans ses principaux marchés en Europe, et en particulier en France. Notre objectif aujourd'hui est évidemment de continuer à croître, mais également de devenir la banque principale de nos clients, ou au moins leur banque préférée pour les flux. »
Revolut reste-t-elle une banque secondaire, voire tertiaire, pour ses clients ?
Béatrice Cossa-Dumurgier : « C'est de moins en moins le cas. De plus en plus de clients nous utilisent comme banque principale, celle où ils font virer leur salaire et avec laquelle ils effectuent la très grande majorité de leurs flux. En 2025, la base de clientèle de Revolut dans le monde a augmenté de 30%. Les dépôts que nos clients nous ont confiés, eux, ont augmenté de 66%, et les transactions de 65% dans le monde. C'est une marque de confiance, et la preuve que les produits et services que nous leur proposons sont de plus en plus pertinents pour eux.
« 75% des transactions [des clients français] sont désormais effectuées en France »
En France, de nombreux clients conservent un profil de voyageurs ouverts sur le monde, mais 75% de leurs transactions sont désormais effectuées en France, pour acheter du pain ou une place de cinéma. Nous avons également de plus en plus de clients qui investissent ou épargnent avec Revolut. En clair, nos clients entrent dans l'application pour un besoin donné. Progressivement, ils en découvrent d'autres. Notre approche est d'avoir, dans une app unique, une quantité de verticales qui ne sont pas forcément toutes pertinentes pour tous simultanément, mais qui peuvent le devenir pour une partie de nos clients à certains moments. »
Parmi les produits locaux attendus par les lecteurs de MoneyVox figurent les livrets réglementés, l'assurance vie, le PER ou encore le découvert. Ces produits figurent-ils bien sur la feuille de route ?
Béatrice Cossa-Dumurgier : « Les lecteurs de MoneyVox peuvent être rassurés, tous ces produits vont arriver. La stratégie est précisément de pouvoir compléter l'offre avec les produits que vos lecteurs et que nos clients attendent. Je ne vais pas dévoiler précisément la feuille de route, encore confidentielle, mais nous y travaillons. »
Un lecteur de MoneyVox pointe le côté très technologique et, disons-le, un peu froid de Revolut. Comment créer plus de proximité et rassurer au-delà de vos cibles d'origine, les voyageurs et les personnes très à l'aise avec le numérique ?
Béatrice Cossa-Dumurgier : « Effectivement, Revolut possède un ADN technologique. Nous en sommes très fiers, car c'est ce qui nous différencie. Mais nous n'observons pas que nos clients aient besoin d'être rassurés. Nous sommes l'application la plus téléchargée dans l'industrie des services financiers en Europe. En France, nous avons acquis 2,5 millions de clients l'année dernière en restant rentable, avec une approche extrêmement rigoureuse et professionnelle. Les coûts d'acquisition client de Revolut sont une fraction de ceux d'autres banques. Cela veut quand même dire que la marque et la proposition de valeur inspirent la confiance. »
L'offre gratuite de Revolut est relativement limitée. Pour profiter pleinement de Revolut, vous devez souscrire un abonnement payant. Avez-vous le projet de vous rapprocher de vos concurrents, comme BoursoBank, qui propose des offres gratuites plus complètes ?
Béatrice Cossa-Dumurgier : « D'abord, nous nous réjouissons de voir une forte concurrence, avec de nouveaux acteurs également en demande d'agrément. Cela confirme que le marché français est un marché particulièrement attractif, porté par une évolution des usages vers le numérique, et que nous sommes donc au bon endroit au bon moment. Ensuite, nous sommes assez confiants sur l'adéquation entre notre proposition de produits et de services, son prix et les attentes des clients : nous constatons, de fait, que cela fonctionne.
« Notre priorité est d'éviter les coûts cachés »
Depuis le début, notre ambition est de proposer la meilleure expérience possible aux clients, avec une facilité d'usage, une transparence totale, des services capables de répondre à leurs besoins à un prix aussi compétitif que possible au regard de la valeur apportée. Nous attachons aussi une grande importance à la transparence sur les coûts, afin que nos clients sachent précisément ce qu'ils paient. Nous avons tendance à nous méfier des offres présentées comme entièrement gratuites, car elles dissimulent souvent certains frais. Chez Revolut, notre priorité est justement d'éviter les coûts cachés. »


















