Depuis 2012, l’Observatoire des tarifs bancaires de la Banque de France surveille la politique des établissements en la matière. À l’occasion de la publication du rapport 2020, voici les tarifs qui ont explosé ces dernières années, et aussi ceux qui ont baissé.

Sous surveillance ! Depuis presque une décennie, la Banque de France regarde de près la manière dont les banques de détail présentes dans l’Hexagone facturent leurs clients. Le rapport annuel 2020 de l’organe dédié à cette activité, l’Observatoire des tarifs bancaires du CCSF (1), vient justement de paraître. Riche d’enseignement sur les récentes évolutions en la matière, il est utile aussi pour regarder l’évolution des politiques tarifaires dans la durée (2). Depuis 2012, en l’occurrence. Voici ce qu’il faut retenir.

+164% pour les frais de tenue de compte !

C’est l’un des changements majeurs de la décennie dans les brochures tarifaires. Pratiquée par moins d’une enseigne sur deux il y a 8 ans, la facturation de frais de tenue de compte actif s’est depuis généralisée : au 5 janvier 2020, seuls 13 établissements (dont 6 banques en ligne) affichent une gratuité totale.

Cette généralisation a fait exploser le prix moyen pondéré de cette ligne tarifaire. Entre le 31 décembre 2012 et le 5 janvier 2020, il est passé de 7,24 euros à 19,16 euros par an. Soit une hausse spectaculaire de 164%, qu’il faut toutefois relativiser. À moins de 20 euros par an, les frais de tenue de compte restent assez peu onéreux. Si quelques établissements ont la main lourde (jusqu’à 71,80 euros par an), les deux tiers d’entre eux se situent dans une fourchette comprise entre 15 et 30 euros. Enfin, pour de nombreux clients, ils sont totalement indolores, car inclus dans les forfaits de compte, au même titre que la cotisation carte ou l’assurance des moyens de paiement.

Malgré tout, l’apparition de ces frais de tenue de compte, sans apport de nouveaux services, est restée largement incomprise par les clients. Pourquoi les banques ont-elles brisé la tradition de gratuité ? Tout simplement pour compenser la perte d’autres revenus, liée aux taux bas et à l’évolution de la réglementation.

Lire : Tarifs bancaires : pourquoi les frais de tenue de compte ont explosé

Les virements en agence : +18%

C’est une autre tendance lourde de la tarification des réseaux bancaires : la hausse du prix des opérations effectuées par l’intermédiaire des chargés d’accueil ou de clientèle, en agence ou au téléphone. Exemple : les virements initiés en agence ont augmenté de 18% depuis 2012, passant de 3,50 euros en moyenne à 4,14 euros. Une tendance qui s’accélère : la hausse a été de près de 5% (4,82% précisément) entre fin 2019 et début 2020.

Cette évolution est symptomatique d’une transition opérée par les banques de détail au cours de la décennie, vers ce qu’on appelle dans le jargon le self care, c’est-à-dire la capacité des clients à réaliser, en autonomie sur leur mobile ou leur ordinateur, certaines opérations simples : l’édition d’un relevé de compte, un virement, une commande de chéquier, etc. Pour les encourager, elles utilisent le levier tarifaire : des prix de plus en plus élevés pour ceux qui continuent à solliciter leurs conseillers ; la gratuité pour ceux qui acceptent de se débrouiller seul. Ce que confirme une autre statistique : il n’y a plus qu’une banque en métropole - la Banque de Savoie - qui facture encore les virements réalisés par internet.

Des hausses plus modérées pour les cartes bancaires

Au cours des dernières années, la carte bancaire s’est imposée comme le moyen de paiement préféré des Français, hors espèces. Tombé à 77,7 millions en 2015, le nombre de cartes en circulation en France est ainsi remonté à 82 millions. Une manne pour les banques, qui ont accompagné cette tendance par des hausses de tarifs.

C’est le cas pour la carte bancaire internationale à débit immédiat, la plus courante (Visa Classic, Mastercard Standard), dont le prix augmente régulièrement et a, au total, pris près de 10% (9,4% précisément) depuis 2012. Début 2020, la cotisation annuelle pour ce type de carte était ainsi de 41,14 euros, contre 37,61 euros fin 2012. Le cas également, mais dans une moindre mesure, de la carte de paiement à autorisation systématique : +2,85% entre 2012 et 2020, de 29,80 à 30,65 euros.

Accéder aux espèces avec sa carte bancaire coûte également de plus en plus cher. Depuis 2012, le nombre mensuel moyen de retraits gratuits, hors réseau de DAB de la banque émettrice de la carte, a reculé, passant de 3,85 à 3,26. Dans le même temps, le prix moyen du premier retrait payant a augmenté de 3,37%, passant de 0,89 euro fin 2012 à 0,92 euro début 2020.

L’exception du débit différé

Il y a tout de même un type de carte qui coûte moins cher qu’auparavant : les cartes de paiement internationales à débit différé. Sur la période observée, le prix moyen de la cotisation annuelle a baissé de 4,75%, passant de 44,18 à 42,08 euros, tout proche de la carte à débit immédiat. L’explication de cette évolution à contre-courant est simple : depuis fin 2015, ces cartes qui permettent de reporter en fin de mois le débit effectif des paiements par carte, sont devenues plus rentables pour les banques que les autres, grâce à des niveaux de commissions plus élevées.

Plus d’explications : Pourquoi la carte de crédit devient moins chère que la carte à débit immédiat

De fortes baisses pour les clients connectés et autonomes

Fin 2012, accéder aux services de banque à distance, sur internet ou au téléphone, coûtait encore, en moyenne, 7,84 euros par an. Cette facturation n’est plus pratiquée que par 5 banques (sur 109), ramenant le prix moyen pondéré de cette ligne à presque rien : 0,12 euro par an au 5 janvier 2020. La tendance est la même pour tous les services permettant de rendre le client plus autonome dans la gestion de son compte : le virement par internet (−100%), la mise en place d’un mandat de prélèvement SEPA (−95,52%), les alertes SMS (−29%).

À consulter : quelles sont les banques les moins chères ?

(1) Comité consultatif du secteur financier, organe de concertation où l’on retrouve notamment des représentants des pouvoirs publics, des établissements, des syndicats bancaires, et des consommateurs. (2) Le rapport - qui a scruté les pratiques de 109 banques - centre son étude sur les 11 tarifs les plus fréquemment facturés, ceux de l’extrait standard des tarifs généralement présent en début de brochure.