3,6 millions : cest lestimation la plus récente (fin 2017) du nombre de clients bancaires en situation de fragilité financière. Un chiffre publié par lObservatoire de linclusion financière de la Banque de France, chargé de suivre lapplication de la réglementation en la matière. Depuis 2013 en effet, les banques ont lobligation de détecter ceux parmi leurs clients qui sont en difficultés financières, et de les accompagner dans leur redressement, en leur proposant notamment un package bancaire à faible coût (2 euros par mois maximum), « loffre spécifique clients fragiles » (OCF).
Cette obligation de détection, contenue dans une charte dinclusion, est toutefois en train de prendre une nouvelle dimension. Fin 2018, dans le contexte de la crise des Gilets jaunes, les banques se sont en effet engagées, auprès du président de la République Emmanuel Macron en personne, à mettre en place un nouveau plafonnement mensuel des frais bancaires liés aux incidents de paiement (rejet de chèques ou de prélèvement, etc.), à hauteur de 25 euros. Une mesure de nature à contenir lavalanche de frais qui sabat à chaque dépassement de découvert autorisé, même ponctuel, mais qui ne sappliquera, selon la doctrine officielle définie par la Fédération bancaire française (FBF), quaux « clients identifiés comme fragiles financièrement et donc éligibles à loffre spécifique au regard de la loi ».
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Des critères objectifs, dautres moins
Quels sont les critères qui définissent ce statut de « client identifié comme fragile » ? Pour le savoir, il faut se reporter au Code monétaire et financier (CMF), plus précisément à son article R 312-4-3.
La règle est assez claire dans deux cas de figure :
- lorsque vous êtes inscrit depuis au moins trois mois consécutifs au « fichier de la Banque de France centralisant les incidents de paiement de chèques ». En clair, lorsque que vous êtes « interdit bancaire », cest-à-dire que vous avez linterdiction démettre des chèques.
- lorsque vous avez déposé auprès de la Banque de France un dossier de surendettement, et que celui-ci a été jugé recevable.
Mais il existe aussi une autre série de critères, ceux-là plus sujets à interprétation. Vous devez en effet être considéré comme fragile financièrement « en cas dexistence d'irrégularités de fonctionnement du compte ou d'incidents de paiement » et que le « caractère répété » de ces incidents a été « constaté pendant trois mois consécutifs ». A combien dincidents précisément correspond ce « caractère répété » ? Le CMF ne le dit pas. De même, la fragilité financière peut sapprécier en confrontant le « montant des ressources portées au crédit du compte » aux « dépenses portées au débit du compte », dont le déséquilibre est « de nature à occasionner des incidents de paiement ». Sans plus de précisions.
Les banques font-elles le job ?
Résultat : malgré lexistence dun cadre réglementaire, les banques disposent dune assez large marge de manuvre pour déterminer qui est un client fragile, et qui ne lest pas. Si toutes les enseignes ont, depuis 2013, communiqué sur leurs efforts en la matière, certaines se contentent encore de proposer le statut aux clients surendettés. Dautres font preuve de meilleure volonté, mettent en place des dispositifs dédiés à la détection et laccompagnement des clients en difficulté - le Crédit Agricole avec les « points passerelle », La Banque Postale avec « LAppui », etc. Mais il reste difficile dobjectiver la réalité de ces efforts. LObservatoire de linclusion bancaire publie des chiffres globaux sur le sujet, mais pas de statistiques enseigne par enseigne.
Une chose est certaine : « loffre spécifique clients fragiles », en tant que telle, est très peu distribuée, malgré ses avantages. Selon lObservatoire de linclusion bancaire, fin 2017, seuls 351 000 clients, sur les 3,6 millions éligibles, avaient choisi de basculer sur cette offre à bas coût. Moins de 10% donc.
En cause, les réseaux bancaires, « organisés de telle façon que ce sont les clients qui ont le plus besoin dêtre accompagnés qui ont le moins de conseillers face à eux », déplore Aurélien Soustre, cadre commercial dans la banque de détail et membre de la direction fédérale de la CGT banques assurances. Mais aussi loffre en elle-même, telle quelle a été conçue par le législateur. Sans chéquier, sans découvert autorisé, avec une carte à autorisation systématique qui limite le recours aux facilités de paiement, les clients en difficultés ont peur de ne pas réussir à sen sortir. Sans compter la dimension stigmatisante du statut de « client fragile ». Lexistence du nouveau plafonnement de 25 euros va-t-il réussir là où lOCF a échoué ? Réponse dans les prochains mois.


















