Les pièces et les billets se font rares dans les porte-monnaies, remplacés par la carte bancaire. Conséquence directe, les retraits aux distributeurs sont plus espacés dans le temps. Et les banques s'adaptent en supprimant les machines sous-utilisées. En attendant la disparition totale des espèces, des services, comme le retrait d'argent chez les commerçants, vont permettre de se passer des distributeurs.

Alors qu’il fêtait l’année dernière son cinquantième anniversaire, le distributeur automatique de billets (DAB) semble sur la sellette. Même si pour certains usagers ou certaines transactions, l'argent liquide reste nécessaire. Il est de moins en moins indispensable... Le nombre de commerçants acceptant les paiements par carte à partir de quelques euros augmentant. Et de fait, les passages aux distributeurs se font plus rares. D’après les statistiques du Groupement des cartes bancaires - le réseau français qui se cache derrière le logo CB - le nombre de retraits par carte décline depuis 10 ans. Il est ainsi passé de 26,4 opérations par an en 2008, à 22,1 opérations en 2016. Un déclin certes lent mais qui paraît inéluctable. Or, pour les banques, maintenir un automate en activité n’est rentable que s’il est utilisé. Pour couvrir ses frais d’entretien, les enseignes comptent en effet sur les commissions perçues lorsqu’un client d’un établissement concurrent y retire de l’argent.

Obtenir des billets sans distributeur ni agence

Les nouveaux usages poussent donc les banques à revoir la répartition de leur parc de distributeurs. En ville, là où le réseau bancaire est dense, les guichets automatiques ne sont plus nécessairement présents dans chaque agence. En zone rurale, là où les agences bancaires sont plus rares, les banques essaient aussi de se passer des DAB. « Plutôt que d’avoir des agences qui leur coûtent cher, le Crédit Agricole et la Banque Postale proposent ou expérimentent des partenariats avec des magasins pour permettre à leurs clients d’avoir accès au cash sans avoir besoin d’un automate », nous indiquait récemment Régis Dos Santos, porte-parole du Syndicat national des banques.

Au Crédit Agricole, cela s’appelle les « Services Point Vert ». Le système est simple. Le client se rend chez un commerçant affilié et lui indique le montant qu’il souhaite retirer. L’opération est ensuite semblable à un paiement par carte bancaire. Il insère sa carte dans le terminal de paiement et tape son code. Son compte bancaire est débité et en échange le client récupère directement des espèces. Le réseau Point Vert compte plus de 6 000 implantations, d’après un billet posté en février 2018 sur le site des caisses régionales du Crédit Agricole.

A lire aussi : Pourquoi y a-t-il de plus en plus de fermetures d'agences ?

Assurance habitation : économisez jusqu'à 40% grâce à notre comparateur en ligne

Vers une société « zéro cash »

Ce service de retrait à la caisse des magasins, appelé « cashback », est amené à se développer. Profitant de la transposition en droit français de la deuxième directive européenne sur les moyens de paiement (DSP2), les parlementaires y ont ajouté quelques dispositions pour encadrer le retrait d'argent liquide dans les commerces. Le texte a été adopté le 25 juillet dernier par le Sénat. Ailleurs en Europe, le cashback est déjà fréquent, notamment en Allemagne, en Belgique ou encore au Royaume-Uni. En France, il faudra toutefois attendre le décret d’application pour voir ce service se développer. Celui-ci clarifiera « les modalités de fourniture du service », précise le projet de loi adopté par les parlementaires. Il définira principalement le montant minimum des retraits et le plafond de ces opérations.

Pratique dans un premier temps pour pallier la raréfaction des distributeurs de billets, l’usage du cashback devrait toutefois rester limité et temporaire. Les ménages se passant de plus en plus d’argent liquide. « 92% des Français plébiscitent la carte bancaire pour les achats quotidiens », estime ainsi le Comité action publique 2022 (Cap22) dans son rapport commandé par Matignon et dévoilé fin juillet par le syndicat Solidaires Finances Publiques. Ce document souligne en outre que « les espèces représentent moins de 5% du montant total des transactions en valeur ». De fait, le Comité pronostique et aspire à « une société zéro cash ». L’intérêt mis en avant : la lutte contre la fraude fiscale. « En supprimant progressivement la circulation d’espèces, on simplifiera les paiements, correspondant aux modes de vie déjà préconisés par les Français, tout en permettant une lutte plus efficace contre la fraude et le grand banditisme ».