Des banques non connectées à la messagerie interbancaire ; dautres incapables de lire les messages qui leur sont transmis ; des émetteurs de prélèvements mal informés sur leurs nouvelles obligations ; des règles opérationnelles trop imprécises. La liste des dysfonctionnements qui ont marqué les premiers mois du déploiement de la mobilité bancaire Macron est longue.
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Trop longue ? Pourtant le dispositif était très attendu, en témoigne son succès immédiat. Mais à cet enthousiasme initial succède une certaine frustration, lorsque les demandes de transfert ne fonctionnent pas comme annoncé. A tel point que certains se demandent si le mandat de mobilité napporte pas une réponse trop imparfaite pour être vraiment efficace. Cest le cas par exemple de Philippe Coiffard. Pour cet expert en systèmes de paiement, le nouveau dispositif de changement de banque est en quelque sorte mal né.
Un dispositif mal-né
Premier souci : la difficulté pour les banques à tenir les délais imposés par la loi. En particulier le délai de 5 jours, au cours duquel la banque de départ doit transmettre à la banque darrivée la liste des opérations récurrentes effectuées par le client au cours des 13 derniers mois. Un vrai challenge pour les banques. « Il ne suffit pas dinterroger un moteur de recherche pour obtenir ces informations », explique le spécialiste. « Les banques traitent des millions dinstructions de paiement, quelles archivent de manière graduée. Retrouver les informations des 3 derniers mois est assez simple, au-delà il faut aller interroger des archives plus profondes, et cela prend du temps. »
Il y aurait donc, au cur même du dispositif, une sorte de vice de forme, conséquence dune méconnaissance des contraintes propres au fonctionnement de linformatique et des échanges interbancaires.
22 jours, une « éternité dans le monde actuel »
Autre critique : celle du délai de 22 jours ouvrables, durée maximum prévue par le dispositif Macron pour mener à bien les changements de domiciliation. Pour une moitié - soit 10 jours ouvrés -, ce délai correspond au temps laissé aux émetteurs de virements et de prélèvements pour prendre en compte les nouvelles coordonnées bancaires de lusager changeant de banque. « Dans le monde daujourdhui, où il faut moins de 20 minutes pour ouvrir un compte bancaire, cela paraît une éternité », estime Philippe Coiffard.
Un dispositif mal conçu ; des banques qui ne parviennent pas à tenir leurs délais ; des délais par ailleurs trop longs. Au final, est-il pertinent de signer un mandat de mobilité ? Pour Philippe Coiffard, la réponse est non. Lexpert encourage plutôt les usagers bancaires à garder la main sur leur changement de banque, pour des questions de rapidité et defficacité.
Dautres sont moins définitifs. Cest le cas dEtienne Jaouen, manager au sein du cabinet de conseil Ailancy : « Les clients des grandes enseignes françaises qui souhaitent par exemple partir vers une banque en ligne ont de bonnes chances que cela fonctionne », explique le spécialiste. « On peut toutefois leur conseiller de ne pas clore le compte dorigine, et den surveiller lactivité pendant quelques mois. »
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Le rendez-vous manqué de la portabilité
Avant la mise en uvre de la mobilité bancaire issue de la loi Macron, une autre solution avait été envisagée pour faciliter le changement de banque : la portabilité du numéro de compte, à limage de ce qui existe dans le monde de la téléphonie mobile. Une solution qui na finalement pas été retenue, à la suite de la publication, en décembre 2014, dun rapport officiel expliquant que « la redirection automatique des opérations ( ) a un coût important pour un bénéfice limité en termes de mobilité bancaire ».
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Pour Philippe Coiffard, cest bien en amont que le rendez-vous de la portabilité a été manqué, au moment de la mise en place de lIBAN, lidentifiant bancaire à la norme européenne. La France a en effet choisi dy transposer les caractéristiques de lancien RIB (code banque, code guichet, etc.), rendant impossible la portabilité en létat. Dautres ont fait dautres choix, comme les Pays-Bas qui ont créé un numéro de compte invariant attaché à un client, où seules changent les premières lettres (celle du code banque) en cas de mobilité. Résultat : la portabilité du numéro de compte est aujourdhui une réalité aux Pays-Bas.










