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En novembre 2007, le Parlement européen adoptait la première Directive sur les services de paiement, qui offre un cadre juridique au marché unique des paiements en Europe. Quest-ce qui, huit ans plus tard, rendait nécessaire une révision de ce texte ?
Joan Burkovic : « Pour le comprendre, il faut rappeler lhistorique de cette révision. A lorigine, ce sont les banques allemandes qui ont alerté les régulateurs européens sur lactivité de Sofort (1), un service de paiement en ligne très utilisé outre-Rhin, quelles ne voyaient pas toujours dun bon il. Ce cas a convaincu les institutions européennes de la nécessité dune révision de la DSP, afin de poser un cadre pour la multitude dinnovations apparues dans le secteur des paiements ces dernières années. Assez logiquement, le cas des agrégateurs de comptes bancaires, qui émergent aussi dans tous les pays, a été intégré à cette directive. »
Pourquoi, dans ce contexte, avez-vous ressenti le besoin de créer un regroupement européen des agrégateurs ?
J.B. : « Après son vote, début octobre, la DSP2 va nécessiter deux ans de travail pour définir les modalités, techniques notamment, de sa mise en uvre. Nous souhaitons participer à ce travail, afin de proposer des solutions fluides, sécurisées et des règles harmonisées dans tous les pays. »
Cette directive a une conséquence : elle va légitimer lexistence des agrégateurs
J.B. : « Cest exact, il sagit dun signal fort et on en sent déjà les effets sur notre marché. Le fait que Boursorama Banque rachète Fiduceo, la FinTech qui lui fournit ses outils dagrégation de comptes et de gestion de budget, na rien dun hasard. Cette directive est une formidable opportunité, à la fois pour les tiers de paiement et pour les agrégateurs. Le fait dêtre régulé est très important, cela va nous permettre de renforcer la confiance des banques et des consommateurs à légard de nos services. »
Le secteur bancaire, notamment la Fédération bancaire française (FBF), est pourtant très critique sur certains aspects de cette DSP2. Il craint notamment de devoir payer pour assurer la sécurité de services tiers
J.B. : « Mais les banques nauront pas forcément dinfrastructures à construire, puisque nous avons déjà construit nos propres systèmes, qui fonctionnent et sont sécurisés. Lagrégation de comptes est déjà devenue un service de masse : il existe une vingtaine dacteurs en Europe, qui comptent plusieurs dizaines de millions dutilisateurs. Nous répondons à un besoin fondamental, celui de gérer au mieux son argent. Les banques européennes ont au contraire tout intérêt à travailler avec nous, si elles veulent réduire le risque de se faire ''uberiser'' (2). »
Pourquoi cela ?
J.B. : « Car les banques bénéficient des innovations proposées par les agrégateurs. Nous les aidons à fournir un meilleur service à leurs clients et nous représentons un nouveau canal de distribution pour leurs produits. Le vrai danger pour elles vient des GAFA [acronyme formé avec les initiales de Google, Apple, Facebook et Amazon, NDLR]. Freiner linnovation en Europe, cest laisser le champ libre aux géants technologiques américains, qui ne laisseront pas passer un marché avec autant de valeur, et une satisfaction clients si faible, sans sy intéresser. Pour les contrer, il faut améliorer le service rendu aux consommateurs grâce à linnovation et favoriser la création de champions européens. »
(1) Sofort Banking est un service de paiement qui se connecte directement sur lespace bancaire en ligne du consommateur et est capable de générer un virement SEPA afin de payer un e-commerçant.
(2) Néologisme formé à partir de la marque Uber, service américain de transport urbain qui met en relation des usagers et des conducteurs particuliers.

















