Une même peine de 1.000 euros d'amende avec sursis a été requise mardi contre trois syndicalistes accusés devant le tribunal correctionnel de Paris d'avoir séquestré trois membres du directoire de la Caisse d'Epargne lors d'une grève en 2010. Le tribunal a mis son jugement en délibéré au 14 octobre.

Le 15 avril 2010, après trois jours d'un mouvement social qui a duré quatre semaines, une centaine de grévistes de la Caisse d'Epargne d'Ile-de-France avaient « retenu » pendant un peu moins de deux heures des membres du directoire dans l'un des sièges de l'entreprise à Paris, avait à l'époque expliqué la direction. Depuis, les dirigeants se sont désistés et ne sont aujourd'hui pas parties civiles.

Selon un constat dressé par un huissier présent sur place, le directeur des ressources humaines avait déclaré : « Je considère être sous contrainte, j'ai reçu mandat de négocier en dehors de toute contrainte et considère être séquestré ». L'un des trois prévenus lui avait rétorqué : « Vous n'êtes pas séquestré, vous êtes retenu. »

Eviter que la situation ne dégénère

A la barre, les trois prévenus - deux syndicalistes Sud, un CGT - ont expliqué qu'ils s'étaient interposés entre « collègues grévistes » et « délégation patronale », car les esprits « commençaient à s'échauffer » et ils voulaient éviter que la situation ne dégénère. Dans son réquisitoire, la magistrate du parquet a estimé que les déclarations des prévenus ont « évolué », leur reprochant de réduire dans leur récit la « séquestration » à quelques minutes, alors qu'elle a selon elle duré bien plus longtemps.

Les trois syndicalistes sont également poursuivis pour avoir tenté d'extorquer la signature d'un accord. Le 16 avril 2010, environ 150 grévistes avaient manifesté au pied du domicile parisien du président du directoire de l'époque, Bernard Comolet, scandant des slogans comme « Comolet, t'es foutu, l'Ecureuil est dans la rue ». « Une manifestation muette n'a par définition aucun intérêt », a fait observer l'un des prévenus.

Quand les policiers des RG (les anciens renseignements généraux) ont dit « ça suffit, il faut quitter les lieux », « on l'a fait, c'était tout à fait bon enfant », a expliqué un autre prévenu. Les deux avocats de la défense ont plaidé la relaxe.

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La plainte présentée comme un « acte de vengeance »

La plainte avait été déposée trois mois après l'accord de fin de conflit, a souligné Me Jérôme Karsenti, y voyant un « acte de vengeance ».

Cette plainte « sue la haine de classe », a renchéri Me Antoine Comte, arguant qu'à aucun moment dans la procédure ses clients, qui ont par la suite été « vidés » de l'entreprise, ne sont précisément désignés comme ayant empêché les dirigeants de sortir. Pour lui, les poursuites pour tentative d'extorsion portent atteinte au droit de grève. Le tribunal a mis son jugement en délibéré au 14 octobre.

Au terme du conflit social, les salariés, qui protestaient contre la quasi-suppression de l'intéressement et un plan social supprimant 551 postes administratifs, avaient obtenu le paiement d'une partie des jours de grève, dix millions d'euros d'intéressement supplémentaires, s'ajoutant à quatre millions qui avaient déjà été versés, et la promesse qu'il n'y aurait pas de licenciement contraint.