Après la pluie en Italie, le beau temps allemand ? Fin 2025, le projet de mariage dans la gestion d'actifs entre BPCE et l'assureur Generali s'est brisé sur l'autel du refus gouvernemental italien. Quelques mois après, le groupe Banque populaire Caisse d'épargne n'en a pas perdu pour autant son appétit international.
Et c'est à Wuppertal, au cur de la région Rhin-Ruhr, que BPCE a présenté ses ambitions à la presse. Cette ville, attachée à son tramway suspendu avec autant de nostalgie qu'à son riche passé industriel, incarne l'Allemagne du Mittelstand, tissu de PME qui font la puissance de la première économie européenne.
Le groupe se targue d'un premier bilan éloquent un an après le rachat, pour un milliard d'euros, de la SGEF, la branche financement de biens d'équipement pour les entreprises de la Société Générale. Baptisée BPCE Equipment Solutions (BPCE ES), cette branche leasing est forte de 1.600 collaborateurs répartis dans 14 pays, et a un objectif de 53% de croissance pour passer de 6,5 milliards de financements annuels à 10 milliards en 2030.
Croissance et diversification
Pour Fabrice Gourgeonnet, directeur général du pôle solutions et expertises financières (SEF), « le premier enjeu, c'est de trouver des espaces de croissance ».
« Il y a deux ans, 94% de notre PNB (produit net bancaire, l'équivalent du chiffre d'affaires, NDLR) était réalisé en France. Aujourd'hui, 30% est réalisé hors de France, c'est un vrai changement culturel », explique-t-il.
L'autre enjeu est celui de la « diversification »: il y a la « nécessité d'équilibrer » un modèle auparavant trop centré sur la banque de proximité en France.
Avec Natixis CIB et Natixis IM, le groupe a déjà une empreinte mondialisée pour la banque de grande clientèle et la gestion d'actifs. Il compte désormais s'ancrer dans l'« économie réelle » à travers BPCE ES, parmi les poids lourds européens du leasing d'équipements avec le néerlandais Rabobank et le français BNP Paribas.
La branche de financement d'équipements pourra bénéficier de l'acquisition de Novobanco, la 4e banque du Portugal. Cet achat bientôt finalisé permettra aussi de mettre le grappin sur le Brésil, où une licence bancaire est en cours d'obtention. Aux Etats-Unis, BPCE ES compte tripler son portefeuille d'affaires d'ici 2030.
Le groupe n'oublie pas non plus ses racines et prévoit de développer son offre de financement d'équipements en France, en favorisant une « synergie » avec BPCE Lease, expert du crédit-bail.
L'Allemagne, « the place to be »
Mais c'est en Allemagne que l'ambition est la plus vive. Pour embrasser le Mittelstand et espérer cueillir des fruits du plan de relance massif de plusieurs centaines de milliards d'euros prévu par Berlin, BPCE déploie une panoplie complète : Natixis CIB, Natixis IM et surtout GEFA Bank.
Basée à Wuppertal, cette banque passée sous bannière BPCE lors du rachat de la SGEF offre à plus de 30.000 PME ses services pour financer des actifs tangibles : machines-outils, équipements de construction, bus, camions...
Au-delà de la location de machines industrielles ou agricoles, BPCE ES vise en priorité trois secteurs : technologies (IA, logiciels, cybersécurité), santé (chirurgie robotique, équipements d'imagerie médicale) et énergie (renouvelable, décarbonation).
Et la guerre au Moyen-Orient ne semble pas pouvoir contrecarrer ses plans : « s'il y a de l'inflation, les entreprises vont plutôt avoir tendance à louer qu'à acheter », soulève Fabrice Gourgeonnet.
Par ailleurs, le secteur de la défense « va prendre un peu plus de place dans le PIB » à l'avenir et BPCE entend « accompagner l'industrie » en ce sens, relève-t-il. En Allemagne, GEFA Bank finance déjà des industriels pivotant vers ce secteur devant la concurrence féroce des constructeurs chinois.
A l'image de ses concurrents français (Crédit Mutuel, BNP Paribas, Crédit Agricole), BPCE ne compte pas s'arrêter en si bon chemin outre-Rhin et ambitionne d'y développer une activité de banque de détail à l'horizon 2027/28.
Albrecht Haase, PDG de GEFA Bank, s'en félicite : « BPCE est désormais présente dans l'économie réelle en Allemagne. L'Allemagne était, est, et restera the place to be » (l'endroit où il faut être, NDLR).



















