Peut-être votre banque vous a-t-elle déjà prévenu de son arrivée En tout cas, dici le 31 juillet, toutes les banques, les néobanques et les établissements de paiement devront lavoir publié sur leur site, et mis à disposition dans leurs agences si elles en ont. Son nom : le Document dinformation tarifaire, ou le « DIT » en version courte.
A lorigine de ce nouveau fascicule, les institutions européennes. Cest en effet une directive (1), entrée en vigueur en septembre 2014, qui impose la mise en place de cette liste standardisée détaillant les prix des services bancaires les plus fréquemment facturés. Objectif : faciliter la comparaison des offres tarifaires des différentes enseignes, et permettre ainsi aux usagers de faire des choix éclairés au moment de changer de banque.
Le DIT, successeur de lEST
Contraindre les banques à publier une liste standardisée de tarifs représentatifs ? Linitiative européenne en rappelle une autre. En France, un document de ce type existe déjà : lextrait standard des tarifs (EST). Et il ne date pas dhier. Cest en 2010 que Christine Lagarde, à lépoque ministre de lEconomie, a demandé aux banques françaises de placer en exergue de leurs brochures tarifaires ce document synthétisant en une page les prix des 11 services les plus couramment facturés. Une demande satisfaite dès 2011, après la publication par la Fédération bancaire française dune norme professionnelle - dapplication obligatoire et visée par les autorités de régulation - sur le sujet.
Ce qui ne change pas : la liste des services
La question se pose : quest-ce qui différencie le nouveau DIT de lancien EST ? Et quels sont leurs avantages et inconvénients respectifs ? Commençons par ce qui ne change pas, ou peu. LEST liste les prix des 11 services les plus courants ; le DIT, lui, en compte 12. L'ordre de présentation change, mais dans les faits, les tarifs présentées sont exactement les mêmes. Et pour cause : le législateur français - à qui il appartenait, dans le cadre de la transposition de la directive, de choisir les tarifs représentatifs du DIT français - sest appuyé sur la liste existante. Pour parvenir à 12, il sest contenté de découper en deux services la ligne « prélèvements », en distinguant sa mise en place de son exécution.
La liste des tarifs présentés sur le DIT français
- La banque à distance (internet, téléphone fixe, SMS)
- Les alertes (SMS ou autre) sur les situations des comptes
- La tenue de compte
- La fourniture dune carte internationale à débit immédiat
- La fourniture dune carte internationale à débit différé
- La fourniture dune carte à autorisation systématique
- Le retrait despèces dans un distributeur automatique dun autre établissement bancaire
- La cotisation à une offre dassurance perte et vol des moyens de paiement
- Les virements SEPA occasionnels
- Les frais dexécution de prélèvements SEPA
- Les frais de mise en place dun mandat de prélèvement SEPA
- Les commissions dintervention
Plus dinfos sur les tarifs bancaires des services les plus représentatifs
Ce qui change en mieux : plus détablissements concernés
En France, le DIT nest donc pas vraiment nouveau. Ce qui ne lempêche pas dintroduire quelques améliorations. La principale : là où lEST ne concernait que les banques de plein droit, disposant dun agrément détablissement de crédit, le DIT lui simpose à tous les comptes de paiement. Y compris, donc, ceux distribués par les nouveaux acteurs - néobanques, établissements de paiement, etc. Des enseignes qui insistent souvent sur leur transparence tarifaire et vont ainsi pouvoir en faire la preuve. En résumé, N26, Nickel ou Max, jusquici libres de présenter leurs tarifs comme ils le souhaitaient, vont devoir se plier à la forme normalisée du nouveau document - si ce nest déjà fait - au même titre, par exemple, que le Crédit Agricole, BNP Paribas, ING ou Boursorama.
Autre avancée : là où lEST était franco-français, le DIT simpose à tous les établissements de lUnion européenne. Cela tombe bien : grâce au marché unique des paiements (SEPA) et au passeport européen, qui facilite la croissance internationale des établissements agréés dans lUE, nombre de néobanques européennes débarquent en France : N26 (Allemagne), Revolut (Royaume-Uni) ou encore Bunq (Pays-Bas). Grâce au DIT, il va donc être normalement plus facile de confronter les tarifs de ces acteurs avec ceux des enseignes françaises, quelles soient des banques traditionnelles, des banques 100% en ligne ou des banques mobiles. En théorie au moins.
Pour aller plus loin : le comparatif des offres de banque mobile
Ce qui change en moins bien : la présentation
Dans les faits, cela pourrait être un peu plus compliqué que prévu. Par bien des aspects, en effet, le DIT apparaît en effet moins lisible que lEST. Là où les banques disposaient d'une certaine marge de manuvre dans la présentation de leur extrait standard, elles sont beaucoup plus contraintes pour leur DIT. LEurope, en effet, a prévu de strictes normes de présentation, qui s'appliquent dans tous les pays. Résultat : d'un DIT à l'autre, on reste effectivement en terrain connu. Mais l'application des normes (police et interlignage imposés, absence de couleurs, chapitrage, etc.) rend le document terne, dense et au final peu agréable à consulter.
Par ailleurs, l'effort de normalisation nest pas complet. Chaque Etat membre a eu la possibilité, dans le cadre de la transposition, de définir sa propre liste de tarifs représentatifs. Résultat : entre Orange Bank, néobanque française, et N26, néobanque allemande, les lignes présentées peuvent différer, et compliquer ainsi la comparaison.
Autre caractéristique du DIT par rapport à lEST : il est nécessairement plus complet. Si le compte de paiement est lié à une offre groupée de services - ce qui est généralement le cas dans les packages proposés par les banques - le DIT doit ainsi détailler l'ensemble des services inclus dans cette offre, et leur prix. Résultat : là où lEST tenait sur un page, les DIT en font fréquemment 5 et plus. Au risque de perdre en clarté ce quon gagne en précision.
Des DIT qui manquent encore à lappel
Au moment décrire ces lignes, soit à une semaine de la date limite réglementaire, les DIT sont encore très loin dêtre disponible partout. Côté banques traditionnelles, lensemble des Crédits Agricoles sont à jour, les Caisses dEpargne (à deux exception près) et les enseignes du Crédit Mutuel Arkéa également. Cest le cas aussi de quelques Banques Populaires, dont la Bred et le Crédit Coopératif, de la Banque Postale ou encore de la Société Générale.
Côté banques en ligne, loutsider ING a prévenu par mail ses clients de larrivée du nouveau document, déjà présent sur son site web. DIT introuvable, en revanche, chez le leader du marché, Boursorama, mais aussi chez Fortuneo, Monabanq ou encore BforBank. Côté banques mobiles, enfin, N26 et Bunq ont fait le boulot, mais pas encore Orange Bank, Revolut ou Monese. A noter que la nouvelle venue, Ma French Bank, est également dans les clous.
(1) Directive du 23 juillet 2014 sur la comparabilité des frais liés aux comptes de paiement, le changement de compte de paiement et l'accès à un compte de paiement assorti de prestations de base (dite PAD)
















