3 millions. Cest le nombre de Français de plus de 15 ans en vie et ayant eu un cancer, selon les dernières statistiques fournies par lInstitut National du Cancer (1). Même si le « taux dincidence » (nombre de cas pour 100.000 personnes) tend à se stabiliser voire à baisser depuis 2005, les chiffres restent impressionnants : 355.000 nouveaux cas de cancers par an en France, soit une augmentation de 107% en 32 ans pour les hommes et de 111% pour les femmes. « Une femme sur 10 environ sera confrontée au cancer du sein au cours de sa vie, » rappelle linstitut dans son rapport. Dans le même temps, les progrès médicaux sont tout aussi impressionnants. Pour preuve : depuis 1980, le taux de mortalité baisse de 1,5% par an chez les hommes, de 1% chez les femmes. Et même si linstitut chiffre à 148.000 le nombre de décès par cancer chaque année, cette statistique na progressé « que » de 15% en 32 ans (alors que le nombre de cas grimpait de plus de 100% sur la même période). Avec toutefois des résultats radicalement différents suivant le type de cancer. LINC relève ainsi un taux de survie à 10 ans de plus de 90% pour le cancer du testicule chez lhomme ou de la thyroïde chez la femme, et de seulement 1% pour le mésothéliome pleural
En bref, le cancer concerne une part importante et croissante de la population française, qui continue à vivre, faire des projets et est donc parfois amenée à emprunter. Comment les établissements financiers banques et assureurs - accueillent ces demandes ? Lévaluation des risques spécifiques pour ces emprunteurs évolue-t-elle avec les progrès de la médecine ? « Un bilan va prochainement être dressé. Le travail est en cours et aboutira courant 2015, » répond Maud Schnunt, responsable assurances de personnes et affaires européennes du Gema, indiquant que ces réflexions ont lieu dans le cadre du troisième Plan cancer (2014-2019), avec les parties prenantes de la convention AERAS. Cette convention acronyme de « sassurer et emprunter avec un risque aggravé de santé » -, signée en 2006 entre les pouvoirs publics, les professionnels du secteur, les associations de consommateurs et les représentants des personnes malades et handicapées, permet dailleurs de dresser un tableau précis et chiffré de la situation actuelle.
Une proposition dassurance dans 97% des cas, mais
En effet, dans une enquête particulièrement fournie (2) sur les demandes dassurance de prêt au titre des crédits immobiliers et professionnels datée doctobre 2014, FFSA et Gema indiquent que « la proportion des demandes dassurance de prêts présentant un risque aggravé de santé a augmenté depuis 2007, passant de 10% [ ] à 14% en 2013 ». Sur cette dernière année, cela représente près de 443.000 demandes. Pour quelles réponses ? « 97% des demandes présentant un risque aggravé de santé ont reçu une proposition dassurance couvrant au moins le risque de décès, » indique le rapport, en précisant que cette proportion est sensiblement identique à celles des années précédentes. Cest en rentrant dans le détail de ces réponses que lon peut en revanche distinguer certaines disparités ou évolutions. Ainsi, on découvre que les garanties décès ont été proposées sans surprime dans 70% des cas (contre 61% en 2012 et 49% en 2007). Les demandes de garantie PTIA (perte totale et irréversible dautonomie) ont quant à elles été couvertes dans 95% des cas mais à 84% sans surprime et sans exclusion de garanties. Une proportion qui a néanmoins fortement progressé : en 2007, elle natteignait que 44%. Même tendance pour les demandes de couverture « incapacité-invalidité » : en 2013, les assureurs ont accepté de couvrir cette garantie dans 55% des cas sans surprime et sans exclusion de garanties, contre 17% seulement en 2007.
Concernant les mécanismes spécifiques à lAERAS, lenquête révèle notamment « quen 2013, 142.000 garanties invalidité spécifique AERAS ont été proposées par les assureurs au titre de la garantie incapacité-invalidité dans les cas où celle-ci na pu être proposée aux conditions standard du contrat ». Autre chiffre intéressant concernant cette fois-ci le mécanisme de mutualisation prévu par la convention (un écrêtement des surprimes) : « au titre de lannée 2013, le nombre demprunteurs [ ] ayant bénéficié du mécanisme de mutualisation est estimé à 8.400 pour un montant total des primes écrêtées de près de 1,9 million deuros ».
Un droit à loubli ?
Bref, emprunter après un cancer est devenu une formalité ? « La convention a amélioré les choses, mais cest un progrès, pas une garantie daccès à lassurance, » tempère Stéphane Gobel, directeur du service santé info au CISS, pour qui « le refus est toujours une réalité pour beaucoup de personnes ». Le représentant de ce Collectif interassociatif sur la santé déplore notamment labsence de la notion de « guérison » au profit de celle du risque, ou encore que face à une même situation, les réponses peuvent parfois être différentes, en fonction du médecin conseil Et cela sans compter les retombées potentielles de certaines évolutions législatives. Exemple : la loi Hamon et les modifications quelle entraîne sur les délais de résiliation de lassurance emprunteur. Le 16 janvier 2014, le CISS publiait une lettre ouverte aux sénateurs sémouvant des risques de « démutualisation massive des contrats groupe dassurance emprunteur » que pouvait entraîner lextension du délai de résiliation à un an, « alourdissant par là même le coût des primes pour ceux qui ont des problèmes de santé ».
Cette année, lactualité se porte dorénavant sur la délicate notion de « droit à loubli ». « Le troisième Plan cancer prévoit que les parties prenantes de la convention AERAS définissent les conditions dans lesquelles un demandeur dassurance ayant eu un antécédent de cancer naurait plus à le déclarer, » explique le premier rapport au président de la République de février 2015. Un travail qui concerne en priorité les cancers pédiatriques afin que « tous les enfants, adolescents et jeunes adultes guéris de cancer puissent sans entrave construire leur vie dadulte ». Une mission de lInspection générale des affaires sociales (IGAS) a notamment été diligentée, dont les travaux seront finalisés avant le 31 mars 2015.
Convention AERAS comment ça marche ?
Issue dune première convention conclue en septembre 1991 entre pouvoirs publics et professionnels de lassurance, puis dune deuxième dite convention Belorgey en 2001, la convention AERAS a été signée le 6 juillet 2006 pour une entrée en vigueur le 7 janvier 2007. Trois ans plus tard, elle a fait lobjet de nouvelles négociations afin de la rendre « plus ambitieuse, en particulier sur la garantie invalidité » courant 2010, et qui ont abouti à la convention actuelle, en vigueur depuis le 1er mars 2011.
Concrètement, la convention AERAS sadresse aux personnes dont létat de santé ne permet pas dobtenir une couverture assurance aux conditions standard des contrat de prêt (professionnel, immobilier mais aussi à la consommation). Concernant les prêts immobiliers, elle prévoit laccès à trois niveaux dexamen de la demande dassurance (examen « standard », puis par un service médical spécialisé et, sous certaines conditions à un troisième niveau).
La convention prévoit en outre un mécanisme décrêtement des surprimes éventuelles sous conditions de ressources, pour les personnes présentant un risque aggravé de santé. « Ce mécanisme concerne la couverture en 2e et 3e niveaux dassurance des prêts immobiliers liés à lachat dune résidence principale, dans la limite de 320.000 euros cumulés pour les assurés ayant au plus 70 ans en fin de prêt, et des prêts professionnels, » précise le site aeras-infos.fr, qui détaille tout le fonctionnement de cette convention.
(1) Chiffres issus du rapport « Les cancers en France édition 2014 » de lInstitut National du Cancer.
(2) Enquête spécifique FFSA-Gema réalisée dans le cadre de lélaboration du bilan annuel du fonctionnement de la Convention AERAS. Le document indique notamment que les données présentées sont « extrapolées à lensemble des sociétés dassurances à partir dun échantillon de sociétés représentant 97% des demandes dassurance de prêts de lannée 2012 »

















