RGPD, an 1. Le 25 mai 2018, le « règlement général sur la protection des données » entrait en application. Objectif : encadrer et harmoniser, à léchelle de lUnion européenne, le traitement des données à caractère personnel. Il y avait urgence : la précédente directive sur le sujet datait de 1995. Trois ans, donc, avant la création de Google, en 1998 en Californie
Pensé pour répondre aux nouveaux défis posés par les géants du numérique - notamment les fameuses GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) - le texte sapplique plus généralement à toutes les entreprises qui détiennent des données personnelles. Notamment aux banques qui doivent, comme les autres, permettre à leurs clients de faire valoir leurs droits, certains créés, dautres consolidés par le RGPD. Deux en particulier : le droit à la portabilité et le droit à loubli. En résumé, la possibilité de récupérer, à la demande, ses données personnelles, le cas échéant pour les transmettre à un tiers, ou den demander leffacement.
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Quelles sont les données concernées ?
Cest la première question à laquelle les banques ont dû répondre pour mettre en uvre ces droits. Il ny a pas dambiguïté pour les informations fournies directement par lusager : son état-civil, son adresse, ses situations familiale et professionnelle, etc. Il en va différemment des données dites transactionnelles, celles qui figurent sur les relevés de compte : virements, prélèvements, retraits de cash, paiements par carte, etc. Sagit-il de données personnelles ?
Dun point de vue juridique, cela ne fait pas vraiment débat. « Sauf sil est anonymisé, lhistorique des transactions est considéré comme une donnée personnelle, et à ce titre rentre dans le champ du droit à la portabilité et à loubli », explique Thibault Verbiest, avocat associé au sein du cabinet DS Avocats et spécialiste du sujet. Confirmation du côté de la Commission nationale de linformatique et des libertés (CNIL), qui supervise la mise en uvre du RGPD en France. « Le Comité européen de la protection des données a estimé que les informations figurant sur les relevés bancaires, produites dans le cadre de lactivité du compte, étaient des données personnelles et relevaient du droit à la portabilité », annonce Clémence Scottez, cheffe du service des affaires économiques de la CNIL.
Puis-je emporter mes données de paiement avec moi quand je quitte ma banque ?
A partir du moment où il sagit de données personnelles, la réponse est oui : le droit à la portabilité sapplique aussi aux données de paiement. En ce sens, « le RGPD est de nature à renforcer la mobilité bancaire », estime Thibaut Verbiest, en complétant les dispositifs existants, notamment le mandat de mobilité lancé en février 2017. Lintérêt de semparer de ce droit dans le cadre dun changement de banque est assez clair. Plus besoin, en effet, de repartir de zéro : vous conservez lhistorique de vos transactions, et votre nouvelle banque acquiert sur le champ une large connaissance de vos habitudes, quelle peut transformer en services à valeur ajoutée : aide à la gestion budgétaire, conseils hyper-personnalisés, avantages fidélité, etc.
La portabilité des données bancaires en bref
- Le droit à la portabilité sapplique également aux données de paiement.
- Votre banque doit donc être capable de vous les transmettre, à la demande, dans un « format interopérable », cest-à-dire qui peut être lu et exploité par vous ou par un tiers.
- Ces données peuvent, également à votre demande, être transmises directement à un tiers (une autre banque par exemple) si cest techniquement possible.
Quand je quitte ma banque, puis-je lui demander deffacer mes relevés de compte, entre autres données personnelles ?
La réponse est encore oui, au titre du droit à loubli. Dans les faits toutefois, sa mise en uvre se frotte à certaines limites. Les banques, en effet, ont « des obligations réglementaires de conservation des données », rappelle Clémence Scottez, de la CNIL. Pendant cinq ans, par exemple dans le cadre de la lutte contre le blanchiment. « Les banques doivent conserver les données pendant une durée raisonnable, ou imposée par la loi le cas échéant », confirme Me Thibault Verbiest.
La CNIL, toutefois, encourage certaines bonnes pratiques. « Les données doivent passer dans un état darchivage intermédiaire », détaille Clémence Scottez. « De cette façon, elles ne sont plus consultables par les conseillers en agence, mais reste accessibles en cas de demande de Tracfin ».
Les banques françaises remplissent-elles leurs obligations ?
La plupart des banques ont joué le jeu du RGPD en adaptant leurs conditions générales et en nommant des délégués à la protection des données (DPD). Dans les faits toutefois, lexercice des droits à la portabilité ou à loubli dans la banque semble très imparfait.
Premier problème : certaines enseignes refusent, contre lévidence, de considérer les relevés de compte comme des données personnelles, limitant de fait le droit à la portabilité. « Cela suscite des plaintes dusagers, qui sont en cours dinstruction », confirme Clémence Scottez. Autre obstacle : la mise en uvre concrète. Talend, qui vend aux banques des solutions pour gérer les données de leurs clients, a effectué quelques tests grandeur nature sur des demandes de portabilité. Bilan : « Les banques ne sont pas prêtes », tranche Jean-Michel Franco.
Plus généralement, le directeur marketing de Talend sétonne quaucune banque nait fait le choix dutiliser ce droit à la portabilité de manière offensive, en proposant à des futurs clients de leur confier leurs données en échange de services à valeur ajoutée. « Elles ont mis en uvre le RGPD comme une contrainte réglementaire, pas comme un avantage concurrentiel », constate-t-il. Ce faisant, elles ratent une opportunité : la plupart des observateurs du secteur saccordent en effet à dire que la donnée transactionnelle, et sa valorisation, sera au cur des futurs modèles économiques de la banque de détail.
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