De nombreuses fintechs sintéressent aux services bancaires pour les professionnels. Quelle est votre spécificité ?
Pierre-Antoine Dusoulier : « Ibanfirst permet aux entreprises de réaliser des paiements et des transferts en devises étrangères en utilisant les cours en temps réel. Nous ciblons les entreprises ayant une activité à linternational, des clients et des fournisseurs à létranger. A la différence des banques, nous leur apportons de la transparence sur les frais de change tout en leur permettant de réaliser des économies sur leurs paiements internationaux. En effet, les établissements traditionnels appliquent généralement des taux de change défavorables aux clients, sur lesquels ils prélèvent une marge importante. Et les entreprises ne sen rendent compte qua posteriori, une fois lopération dénouée. Nous, en revanche, fournissons des cours de change en temps réel. Nous sommes connectés en permanence au marché interbancaire si bien quà chaque instant nous sommes capables dafficher un prix acheteur et un prix vendeur aux professionnels. »
Pour être compétitif vous rognez donc sur vos marges et comptez sur la quantité dordres passés...
« Notre plateforme a traité 1,1 milliard d'euros de paiements en 2017. »
P-A.D : « Comme les banques traditionnelles, nous prenons des commissions sur les transferts de devises, mais notre marge est plus faible et plus transparente [Ibanfirst facture de 10 à 80 euros les virements internationaux selon le pays de destination et l'option choisie, ndlr]. Par ailleurs, nous ne gagnons pas dargent, ou très peu, sur nos services additionnels. Nous comptons aujourdhui un peu plus de 1 500 clients actifs réalisant en moyenne une opération de change par mois, pour un volume total de paiements qui a atteint 1,1 milliard deuros en 2017. Et, bien que nous soyons en pleine phase de développement, nous parvenons certains mois à être rentables, comme en avril dernier. »
Vous ciblez donc des PME réalisant des flux de change élevés ?
P-A.D : « Notre solution est très intéressante pour les entreprises qui réalisent au moins 100 000 euros de paiements à linternational par an. En deçà le gain nest pas significatif [la fintech se réserve le droit de facturer 50 euros hors taxe par an de frais de tenue de compte aux PME natteignant pas ce montant minimal, ndlr]. Nous ciblons plus précisément les entreprises réalisant entre 5 à 50 millions deuros de change par an. Au-delà, les sociétés sorganisent différemment et peuvent discuter directement avec la salle de marché de leur banque sans passer en amont par la banque de dépôt. »
Les sociétés multipliant les paiements en devises étrangères ont aussi besoin de se couvrir contre le risque de change. Que leur proposez-vous ?
P-A.D : « Nous leur permettons deffectuer des paiements à terme. Nous proposons par exemple à nos clients de bloquer pendant un an une enveloppe, dans laquelle ils peuvent piocher, à un taux de change fixe. »
Envisagez-vous de lancer de nouveaux services, comme une carte de paiement physique ou des solutions de crédit ?
« Sur notre plateforme, nos clients accèdent aux cours en temps réel. »
P-A.D : « Nous navons pas vocation à nouer une relation bancaire complète avec nos clients. Nous pensons que, poussé par la DSP2, le monde de la banque sera de plus en plus segmenté en fonction de lexpertise de chacun [la deuxième directive européenne sur les services de paiement vise notamment à permettre aux fintechs davoir accès plus facilement aux données clients détenues par les banques, ndlr]. Dans le futur, la banque traditionnelle jouera le rôle du coffre-fort et conservera les dépôts des clients. Une autre société soccupera de linterface utilisateur. Et un troisième acteur, le processeur de paiement, prendra en charge la transaction. »
Vous navez donc jamais envisagé de vous adosser à une banque traditionnelle ?
P-A.D : « Certaines nous ont effectivement « approché ». En ce moment, nous ouvrons chaque jour de nouveaux comptes rentables. Par ailleurs, déployer notre offre de manière directe nous permet daller plus vite quavec laide dun mastodonte bancaire qui, comme nous venons le concurrencer sur un segment rentable de son activité, aura comme intérêt premier de nous étouffer. »
| Fiche d'identité : Ibanfirst | |
|---|---|
| Activité | Paiements internationaux pour les entreprises |
| Site web | www.ibanfirst.com |
| Date de création | 2013 |
| Date de lancement | 2013 |
| Clientèle visée | Entreprises réalisant au moins 100 K de paiements avec change / an |
| Marché visé | International |
| Capital | NC |
| Chiffre d'affaires | NC |
| Nombre de clients | 1 500 |
| Effectif actuel | 60 salariés |


















