L'objectif du président de la République Nicolas Sarkozy, furieux de ne pas avoir été prévenu plus tôt, a été "de se payer physiquement (Daniel) Bouton" après la révélation de l'affaire Kerviel, a déclaré l'ancien PDG de la Société Générale dans un livre publié mercredi.

La Société Générale a découvert la position frauduleuse de Jérôme Kerviel, qui se montait à plus de 50 milliards d'euros, le week-end des 19 et 20 janvier 2008. M. Bouton a quitté la banque fin avril 2009, après une série de scandales.

« Sarko m'a tuer »

Dans « Sarko m'a tuer » (Stock), un ouvrage de deux journalistes du Monde, M. Bouton explique avoir pris « la décision de ne pas avertir les autorités politiques » mais prévient l'Autorité des marchés financiers (AMF) et le gouverneur de la Banque de France. Selon lui, il ne prévient pas Bercy pour deux raisons: « la première, qui va énerver Sarkozy, c'est que la capacité d'un cabinet ministériel à tenir confidentielle une information est très limitée, dans tous les cas de courte durée. C'est structurel ».

« Il y avait une probabilité non nulle que huit à dix personnes soient prévenues dans les deux ou trois heures, ce qui aurait déclenché un mouvement de panique aux conséquences incalculables ». « Seconde raison: si je préviens le ministère, je vais devoir gérer la ministre (Christine Lagarde) alors que j'ai autre chose à faire », a-t-il précisé. « En fait, j'ai offert au gouvernement français la possibilité de ne pas être mouillé dans ce qui aurait pu être une catastrophe ».

Le gouvernement est prévenu le 23 janvier, alors que M. Sarkozy est en visite en Inde. « Je leur dis: je vous annonce une catastrophe, et sa solution. En effet, le déblocage des positions est en cours et j'ai mon augmentation de capital » car deux banques d'affaires ont accepté la veille de s'en charger. Le 28 janvier, le président de la République estime que l'affaire « ne peut rester sans conséquence s'agissant des responsabilités, y compris au plus haut niveau ».

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« Trouver un coupable »

« J'étais complètement sidéré. (...) Quand on m'apprend la teneur des propos, je ne suis pas très surpris, s'agissant de Sarkozy. (...) Il ne peut pas s'en empêcher, il a besoin de trouver un coupable; tout événement désagréable provient de l'erreur de quelqu'un », a relaté M. Bouton, dont le conseil d'administration a refusé la démission. « Dans la crise financière, il lui fallait un banquier, une tête à couper, c'est une façon de prouver sa compétence », a-t-il poursuivi.

Les auteurs de l'ouvrage font référence à plusieurs attaques de M. Sarkozy et de ses « snipers habituels » contre le patron de la SocGen. L'objectif est « de se payer physiquement Bouton », a affirmé celui-ci aux deux journalistes.

M. Bouton estime qu'il est considéré comme un « impudent qui a osé bafouer l'autorité du président de la République ». « C'est mon erreur de ne pas avoir compris que, malgré ma décision de me faire nommer président non exécutif, la machine Elysée allait avoir comme objectif de foutre Bouton à la porte ». « Avec le recul, je n'agirais pas différemment, y compris s'agissant du moment où j'ai prévenu les autorités politiques. Même si j'en ai subi les conséquences ».