« Achetez par chèque du 2 au 5 octobre, payez en décembre » : c'est la proposition faite actuellement par Carrefour. Sur son site web, l'enseigne de grande distribution poursuit : « Avec le paiement par chèques différés, gérez vos dépenses en toute tranquillité. Ce mode de règlement permet un paiement reporté, idéal pour un budget maîtrisé. Faites vos achats aujourd'hui et réglez plus tard ! ».
L'argument commercial tombe à pic : cette rentrée 2026 est marquée par une tension croissante sur le budget des Français, en raison notamment de la hausse des prix des carburants et du gaz. L'inflation est de retour à des niveaux qui n'avaient plus été vus depuis la flambée de 2022. Et les chiffres de l'Insee montrent que, pour la troisième fois seulement depuis 1960, le pouvoir d'achat en France va reculer deux années de suite, en 2025 et 2026.
Une proposition qui fait mouche
Dans ce contexte anxiogène, la proposition de Carrefour fait mouche. Contrairement au cash ou à la carte, le chèque, avec sa durée de validité d'un an et 8 jours, permet en effet de convenir facilement d'un différé de paiement. Cette pratique est d'ailleurs bien installée. Comme le rappelle Le Parisien, plusieurs enseignes de grande distribution proposent régulièrement, en fin de mois, de payer par chèque afin de décaler le débit au début du mois suivant, lorsque des revenus auront été crédités sur le compte.
La pratique du différé, ou parfois de l'échelonnement, existe aussi dans d'autres cas d'usage, généralement pour régler en plusieurs fois des factures coûteuses (soin de santé, révision automobile, cotisations à des activités culturelles ou sportives, etc.). C'est même une des raisons, peut-être la principale, qui expliquent la résistance du chèque en France, où il représente encore près de 2% des paiements hors espèces, alors qu'il a disparu dans la plupart des pays comparables.
La mort du chèque en France est-elle imminente ?
Pas illégale, mais risquée
Soyons clairs : cette pratique n'est pas illégale. Elle ne le devient que si le consommateur postdate son chèque, c'est-à-dire qu'il y inscrit une date postérieure à la date du jour, ce qui est interdit par le Code monétaire et financier.
Elle présente toutefois certains risques. Elle est tout d'abord totalement informelle : rien n'oblige Carrefour à tenir sa parole et à effectivement reporter le paiement. Elle s'apparente ainsi à une forme de crédit gratuit, mais sans aucun cadre protecteur pour le consommateur.
Sports, associations... Pourquoi il vaut mieux éviter de payer avec plusieurs chèques
Surtout, elle ouvre la voie à des incidents de paiement. D'abord, la proposition faite par Carrefour (valable sur tout le magasin hors carburants et services) peut inciter des personnes déjà fragilisées financièrement à dépenser plus que nécessaire.
Ensuite, le débit est reporté, non pas de quelques jours en attendant une rentrée d'argent, mais de deux mois. Un délai suffisamment long pour oublier la créance, ne pas anticiper le débit et se retrouver dans le rouge, avec les conséquences que cela implique : frais bancaires lourds et risque de se retrouver interdit bancaire.


















