Lorsque vous retirez 50 euros en espèces, votre banque sait que vous avez retiré 50 euros de votre compte, mais n'a aucune idée, ni de l'endroit, ni de la manière dont vous allez les dépenser. Cette protection de la vie privée est caractéristique de la monnaie émise par une banque centrale. Elle n'existe pas, en effet, avec la monnaie dite « commerciale », celle que votre banque crédite sur votre compte et qui est dépensée par carte bancaire, par virement ou par chèque. Et de nombreux citoyens y sont très attachés.
Cet attachement explique certaines vives réactions déclenchées par l'annonce de la création d'un euro numérique, à laquelle le Parlement européen a donné son feu vert, mardi 23 mai. Certains, en effet, craignent que cette version dématérialisée de la monnaie européenne finisse par remplacer les pièces et les billets, et qu'elle ne garantisse plus cette confidentialité.
Un mode « hors ligne »
Le remplacement des espèces n'est pas d'actualité. Au contraire : en même temps qu'il donnait son feu vert à l'euro numérique, le Parlement européen l'accordait également à un texte qui, s'il était adopté, obligerait les Etats membres à maintenir un accès aux espèces, et interdirait aux commerçants de refuser les paiements en cash, comme cela est aujourd'hui possible dans certains pays membres. « L'euro numérique complétera l'argent liquide mais ne le remplacera jamais », a ainsi promis le rapporteur du texte, Fernando Navarrete Rojas, dans un communiqué.
Qu'en est-il de la confidentialité ? Pour la garantir au même niveau que les espèces, le texte européen prévoit de permettre les paiements hors ligne, où seuls les payeurs et les bénéficiaires connaîtraient les détails personnels des transactions réalisées. Ces paiements hors ligne « fonctionneraient directement via des dispositifs de stockage locaux », explique le communiqué du Parlement européen. En clair, l'application utilisée pour payer pourrait stocker des euros numériques, et les utiliser sans aucune interrogation de compte.
Des euros irrémédiablement perdus en cas de perte ou de vol
La contrepartie, c'est qu'en cas de perte ou de vol de votre mobile, cet argent serait irrémédiablement perdu, comme peut l'être le cash contenu dans un portefeuille physique perdu. « La fonctionnalité hors ligne équivaudrait à utiliser de l'argent physique, car perdre son appareil entraînerait la perte de l'argent hors ligne, sans remboursement possible », résume le communiqué. Pour limiter les risques, la somme stockée en euros numériques serait plafonnée, à un niveau qui reste à fixer.
La Banque centrale européenne, qui émettra cette monnaie numérique, s'engage également à garantir un haut niveau de confidentialité pour les paiements en ligne, qui seront également possibles. « Les données dont disposerait la BCE seraient pseudonymisées et ne permettraient donc pas de vous identifier », affirme-t-elle sur son site web. « Votre banque aurait quant à elle accès aux informations minimales nécessaires pour se conformer à la législation européenne. »

















