Franck Chemin, quels sont les principaux risques auxquels les banques numériques comme BforBank sont confrontées ?
Franck Chemin : « Lévénement le plus redouté par une banque en ligne est lindisponibilité de service, qui entame sa réputation et la confiance de ses usagers. Nous mettons tout en uvre pour prévenir ces situations et surtout pouvoir y répondre rapidement. Lautre grand risque est celui de la fraude. Nous évoluons en effet sur internet dans un écosystème assez malveillant, en perpétuelle évolution et suffisamment intelligent pour réussir à contourner danciennes mesures de sécurité. Notre travail, cest aussi dêtre une tour de contrôle, de détecter ces évolutions et de faire évoluer nos dispositifs de sécurité. »
« Dans les banques en ligne, le risque n'est pas plus important, il est simplement différent. »
Une banque 100% en ligne présente-t-elle plus de risques pour le client quune banque traditionnelle ?
F.C. : « Non. Les risques y sont simplement déplacés, du fait des nouveaux usages de nos clients. Nous leur faisons la promesse dune expérience 100% à distance et 100% mobile. Pour tenir cette promesse, nous innovons. Un exemple : nous envoyons à nos clients le code secret de leur carte bancaire par SMS. En premier réflexe, on peut estimer que ce choix était dangereux. Après réflexion, est-ce vraiment moins dangereux de recevoir son code dans une boîte aux lettres accessible depuis lespace public ? Non, le risque est simplement différent, il y a ce quon appelle un transfert de risque. Dans le cas du SMS, nous savons que le code a été remis sur le téléphone de notre client et nous sommes capables de le détruire à distance au bout dun certain temps. On ne pourrait pas en faire autant avec un courrier papier. »
Mais lenvoi par SMS nest pas parfait non plus : de plus en plus, des pirates parviennent à prendre possession des lignes mobiles de leurs victimes
F.C. : « Effectivement, cest ce quon appelle le SIM Swap. Cest un bon exemple des problématiques auxquelles nous sommes confrontées. Pour sécuriser les opérations bancaires en ligne les plus sensibles, nous avons promu lauthentification à double facteur, avec envoi par SMS dun code à usage unique. Cela a très bien fonctionné, mais on sent désormais quon a besoin de nouvelles solutions, notamment à cause du SIM Swap. Cest pourquoi BforBank met en place une alternative, sur son application mobile et prochainement sur le web : au lieu de valider une opération sensible en ressaisissant un code reçu par SMS, le client valide lopération depuis son lapplication mobile. Linnovation consiste ici à vérifier que cest bien le smartphone de notre client qui est utilisé, et pas un autre, avant de valider lopération en ligne. Au final, avec cette reconnaissance mobile, cest plus simple, en toute sécurité. »
« La banque en ligne doit se rapprocher de lefficacité dun Amazon. »
Sécuriser tout en améliorant lexpérience client : cest tout lenjeu pour les banques en ligne
F.C. : « Oui, la banque en ligne doit se rapprocher de lefficacité dun Amazon. Pour y parvenir, nous différencions trois niveaux de sécurisation, en fonction du type dopération et selon un critère principal : le risque dappauvrissement du client. Exemple : nous avons considéré que lactivation du paiement sans contact était une opération sensible, car pouvant faciliter des paiements frauduleux. Cette opération est donc sécurisée par une authentification à double facteur. A linverse, la désactivation de cette fonction présente moins de risques pour le client, elle nest donc protégée que par une ressaisie du code secret classique. En fonction de chaque opération, de chaque menace, il sagit dapporter une réponse proportionnée, au cas par cas. »
Une partie du travail de sécurisation met aussi en uvre lanalyse de données
F.C. : « Oui, ce sont des dispositifs moins voyants, mais très efficaces. Pour illustration, lorsquon constate 100 tentatives daccès à un espace client ou 300 demandes de virements en quelques minutes, nous sommes désormais capable de détecter un comportement anormal très rapidement et de réagir efficacement, alors quil nous aurait fallu plus de temps il y a quelques années. »
La carte bancaire, notamment lorsquelle est utilisée sur le web, expose particulièrement à la fraude. Ne serait-il pas temps de promouvoir des alternatives plus sûres ?
F.C. : « Cest une question délicate. Il existe des moyens plus sûrs de payer en ligne, cest un fait. Mais est-ce que nos clients ont vraiment envie de les utiliser ? Et les e-commerçants sont-ils prêts à les accepter ? Les gens veulent aller vite sur des usages connus. Aujourdhui, le rapport entre sécurité et expérience client de la carte bancaire est satisfaisant, et les clients lutilisent massivement. Toute innovation dans le domaine ne peut se faire que de manière très progressive. »
A quoi ça sert, un CISO ?
Chez BforBank, Franck Chemin occupe le poste de CISO, pour Chief Information Security officer ou responsable de la sécurité des systèmes dinformation. « Pour prendre une image, je suis léquivalent pour BforBank de lindicateur de jauge de votre voiture, qui sallume quand le réservoir est presque vide. Mon rôle est danticiper les risques pouvant affecter la sécurité des systèmes dinformation de BforBank, et de conseiller la direction générale pour les traiter de façon adaptée. »















