La hausse des taux d'intérêt, que les banques répercutent en partie aux crédits qu'elles accordent aux clients, leur permet d'améliorer leur marge. Elles ont également plus d'arguments pour convaincre leurs clients de leur confier davantage d'épargne, notamment via des produits d'assurance vie, car ils sont mieux rémunérés.
Les chiffres publiés cette semaine par les banques françaises sont éloquents.
De juillet à septembre, le bénéfice net de Crédit Agricole a bondi de plus de 28 %, à 2,7 milliards d'euros, celui de la Société générale a grimpé de 24,1 %, à 1,89 milliard d'euros, et BNP Paribas a publié un bénéfice net en hausse de 13,5 %, à 3,4 milliards d'euros.
« On voit qu'il y a un changement de paradigme sur les taux d'intérêt », explique Mathieu Gosselin, du cabinet de conseil Bartle.
« Avant, on avait du mal à se faire rémunérer son épargne de manière importante. Là, les niveaux de taux invitent les clients à des arbitrages, des réallocations. Ça génère de l'activité en gestion d'actifs, en assurance, en distribution. Ce moteur-là a joué à plein dans les résultats qu'on voit », indique-t-il.
Un autre moteur pour les banques, ce sont les activités de marchés, selon M. Gosselin. Face à l'augmentation de la volatilité, « il y a eu des transactions, des besoins de couverture, des besoins de structuration, et là, les banques jouent à plein leur rôle », de conseil, et facturent des frais.
Casser la demande
« Lorsque les taux montent, les dépôts des clients peuvent être placés auprès de la banque centrale à des taux plus rémunérateurs » ce qui soutient la rentabilité des banques, constate également Grégoire Kounowski, conseiller en investissement chez Norman K. Cependant, cela peut « se retourner contre elles », prévient-il.
« Si les taux montent trop vite et trop fort, ils peuvent finir par fragiliser la croissance économique. Les banques se retrouvent alors confrontées à une augmentation des +créances douteuses+ », dont le remboursement est incertain, ajoute-t-il.
Le risque que les emprunteurs fassent défaut augmente lorsque la conjoncture économique se retourne.
Autre risque, c'est de casser la demande de prêts des particuliers et d'investissements des entreprises.
Le directeur général délégué de Crédit Agricole S.A. Jérôme Grivet, constate ainsi que « les demandes d'investissement, les projets, notamment en France, (sont) en train de ralentir. On le voit bien sur les perspectives de croissance économique ».
Le DG délégué estime qu'il pourrait y avoir « beaucoup moins de demandes de crédit, peut-être une augmentation des risques » à l'avenir.
Il insiste donc sur la gestion « très prudente, très conservatrice » du Crédit Agricole car « on n'a pas des vents porteurs avec nous pour l'avenir », selon lui.
Et si toutes les banques françaises ont mis en avant leur faible exposition directe à la dette souveraine française, elles pourraient pâtir des tensions sur les taux français.
« Aujourd'hui, une des composantes fortes de l'analyse du risque des banques françaises, c'est le risque souverain. Si ce risque souverain explose, ça n'aidera pas les banques à se refinancer », détaille ainsi un analyste qui n'a pas souhaité donner son nom.
Il y a également un « risque commercial » avec de grands clients français et européens qui pourraient se poser des questions sur la situation du pays, souligne-t-il.










