La Société Générale a par exemple annoncé jeudi la suppression de 1 800 postes en France d'ici à fin 2027, partant du constat qu'il fallait « renforcer l'automatisation et l'usage de l'intelligence artificielle ». Ce nouveau plan, voulu sans départs contraints, ne vise pas directement les agences elles-mêmes, qui sortent tout juste d'une cure d'amaigrissement drastique : plusieurs centaines d'agences fermées et 3.700 salariés en moins entre 2023 et 2025. Il en est en revanche un écho, puisqu'il concerne bien le réseau de banque de détail, en l'occurrence dans son organisation régionale.

BNP Paribas accélère de son côté la réduction de son parc d'agences, avec « autour de 200 » fermetures entre 2025 et 2027, tout en mettant en avant les mérites des appels téléphoniques et de la visioconférence. « Avoir son banquier dans son salon, c'est même plus agréable qu'aller se déplacer pour aller le voir dans une agence », expliquait l'an dernier le directeur général délégué Thierry Laborde sur BFM Business.

Le nombre d'emplois dans le secteur bancaire en France est tendanciellement orienté à la baisse depuis plusieurs années, selon le décompte de la Fédération bancaire française (FBF). La décrue concerne surtout les banques cotées en Bourse, mais l'inquiétude monte aussi parmi les mutualistes : les salariés du Crédit Agricole sont en grève jeudi, inquiets des conséquences sur l'emploi d'un plan de mutualisation de certaines tâches au sein des caisses régionales.

Chacun son tour

Cette lame de fond concerne plus largement les établissements bancaires européens. En Allemagne, Deutsche Bank a par exemple appliqué l'an dernier son plan visant à supprimer près de 2.000 postes dans sa banque de détail, dont la rentabilité est jugée insuffisante.

Sa concurrente Commerzbank a annoncé début 2025 un plan de réduction de 3.900 postes en cours d'ici à 2028, soit près de 10% de ses effectifs, du fait de « la numérisation et l'essor des sites internationaux ». Le nombre d'employés dans les banques et caisses d'épargne allemandes avoisinait les 550.000 en 2024, selon un rapport de Barkow Consulting cité dans le Handelsblatt, contre près de 775.000 au tournant de l'an 2000.

L'Italie a également payé ces dernières années un lourd tribut en matière d'emplois dans la banque, principalement en raison de la numérisation, du développement de l'intelligence artificielle (IA) et de restructurations internes.

Le nombre d'agences a baissé de 20% en moins de cinq ans, et 20.000 postes ont été supprimés sur la période, selon des données du syndicat Fisac-Cgil arrêtées en 2024. La première banque du pays, Intesa Sanpaolo prévoyait fin 2024 9.000 départs volontaires d'ici 2027, suivant de quelques années sa concurrente UniCredit, qui souhaitait supprimer 6.000 emplois entre 2020 et 2023, invoquant la baisse des opérations aux guichets liée à la montée du numérique.

L'Espagne, durement touchée par la crise financière de 2008, a de ce fait initié sa mue un peu avant ses voisins, réduisant dans la foulée et en l'espace d'environ dix ans ses effectifs d'un tiers.

Au cours de cette « décennie noire », près de 100.000 emplois et 20.000 agences ont disparu dans le pays, selon des chiffres de la Banque d'Espagne.

Désormais, l'Espagne « s'est imposée parmi les pays européens où l'usage de la banque en ligne est le plus répandu », avec « plus de 70% » de la population qui utilisent des services bancaires numériques, selon un rapport publié mi-janvier par l'OBS Business School.