Le 1er février 2019, le comparateur public de tarifs bancaires, www.tarifs-bancaires.gouv.fr, a fêté ses 3 ans ! Un anniversaire en toute discrétion, qui dénote avec lengouement médiatique quavait suscité son lancement. Il faut dire quà lépoque le ministre des Finances et des Comptes publics, Michel Sapin, inscrivait cet outil dans une volonté politique forte : « le gouvernement agit pour que le consommateur puisse bénéficier de services financiers modernes, sûrs et accessibles. Il faut que chacun puisse comparer les frais facturés par les banques et fasse jouer la concurrence en changeant d'établissement financier si besoin. C'est le sens du comparateur et de notre action en faveur de la mobilité bancaire ».
Mais, la sortie de ce site comparatif répondait aussi à une obligation européenne. « Le comparateur a été lancé comme une initiative gouvernementale, mais en fait il sagit dune initiative de lUnion européenne suite à une directive de juillet 2014 (1) », rappelle Serge Maître, président de lAssociation française des usagers des banques (Afub). Dans le détail, larticle 7 de cette directive demande aux Etats membres de veiller « à ce que les consommateurs aient accès gratuitement à au moins un site internet qui compare les frais facturés par les prestataires de services de paiement ». Ce site doit au moins prendre en compte les produits intégrés à lextrait standard des tarifs, ce document réglementaire qui figure au début des brochures tarifaires des banques. Mais il peut également « inclure des éléments comparatifs supplémentaires », précise la directive.
Un périmètre statique et circonscrit à l'extrait standard
Ce texte laisse aussi le choix aux Etats de confier lexploitation de ce site à un opérateur privé ou à une instance publique. Cest cette seconde option qui a été retenue en France. Le Comité consultatif du secteur financier (CCSF), en charge des questions relatives aux relations des établissements bancaires avec leurs clients, sest ainsi vu confier la mission de créer puis gérer ce comparateur public. Pour ce faire, le CCSF sappuie sur la veille tarifaire opérée par le cabinet de conseil Sémaphore, avec qui il était déjà partenaire dans le cadre de son Observatoire des tarifs bancaires.
Quant aux lignes tarifaires comparées, « la sélection des lignes tarifaires à afficher dans le comparateur a été assurée par le CCSF. Il a opté pour l'intégralité de l'extrait standard des tarifs présenté de façon obligatoire au début de chaque plaquette tarifaire », explique Laurent Trichet, le président et fondateur de Sémaphore Conseil. Du coup, la comparaison reste limitée. Si lextrait standard intègre les produits incontournables - comme les frais de tenue de compte, les cartes bancaires classiques, les retraits déplacés, les commissions dintervention, les virements occasionnels et lassurance des moyens de paiement il est loin de rendre compte de la réalité des frais bancaires.
Et 3 ans après le lancement du site, les lignes tarifaires prises en compte nont pas évolué. Ni les cartes haut de gamme Gold Mastercard et Visa Premier que les banques en ligne ont contribué à démocratiser, ni les frais de rejet, ni les packages bancaires pourtant souscrits par 4 clients sur 10 (2) ne sont couverts par le comparateur public. Sagissant des packages, le ministère de lEconomie sen expliquait à son lancement : « les offres groupées sont des formules très largement personnalisées dont la comparaison tarifaire ne peut se faire quaprès une analyse qualitative », justifiait ainsi Bercy.
Le document dinformation tarifaire va-t-il relancer le comparateur ?
Toutefois, une échéance à venir pourrait relancer ce débat. A partir du 31 juillet, un nouveau document dinformation tarifaire normalisé à léchelle européenne remplacera lextrait standard actuel. Or, ce document fait la part belle aux packages et pourrait faciliter leur comparaison. En plus des produits déjà mentionnés dans lextrait standard, il oblige les établissements financiers (banques avec agences, banques en ligne et banques mobiles) à y indiquer sils proposent une offre groupée de services, sa composition, son prix et le coût des produits optionnels et hors forfait.
Le ministère va-t-il répercuter ces évolutions dans le comparateur public ? Réponse évasive de Laurent Trichet : « J'ignore si le CCSF souhaite l'intégrer dans l'avenir ». Interrogé, le Comité consultatif botte en touche et nous renvoie vers Bercy. « Cest le ministère de lÉconomie et des Finances qui communique sur le comparateur. Concernant ses possibles évolutions, celle qui était attendue - le comparateur pour les tarifs outre-mer - est désormais en place ». Après plusieurs demandes, Bercy na pas donné suite à nos sollicitations.
Des ajustements quant au rendu des tarifs
Comme le souligne le CCSF, le comparateur a tout de même fait lobjet de quelques ajustements depuis son lancement. Dès juillet 2016, il sest doté de nouveaux paramètres daffichage, permettant de classer pour un service donné les enseignes de la moins chère à la plus onéreuse. Depuis cette mise à jour, linternaute peut également, grâce à des symboles et un code couleur notamment, connaître lévolution dun prix depuis le précédent changement de plaquette tarifaire. Enfin, depuis quelques mois, le comparateur couvre aussi les banques installées dans les collectivités doutre-mer (Mayotte, Nouvelle-Calédonie, Polynésie françaie, Wallis et Futuna).
« Dès le début, la volonté du ministère et du CCSF étaient de couvrir le panel d'enseignes le plus large possible », souligne Laurent Trichet. « Nous avons donc dû intégrer à notre base de données des banques qui n'étaient pas couvertes pas notre service de veille, comme la Banque BCP et Attijariwafa Bank, des enseignes plus modestes qui ciblent les expatriés en France ». Il y a toutefois quelques oubliés du côté des néobanques. Ainsi, si le compte Nickel et N26 sont bien référencés, Revolut qui compte plus de 500 000 clients en France manque à lappel.
Un outil de comparaison parmi dautres, qui reste confidentiel
Pour les associations de consommateurs, ces évolutions restent néanmoins insuffisantes pour faire de ce site un service de comparaison unique. « Le comparateur public est un outil complémentaire mis à la disposition des consommateurs, souligne Sandrine Perrois, juriste pour la CLCV. Il ne permet pas de comparer selon un profil personnalisé les frais bancaires. Cest un outil qui met à plat les principales lignes tarifaires. Les internautes qui souhaitent aller plus loin doivent se servir dautres services de comparaison, mais se pose alors la question de la neutralité ». Effectivement, le comparateur ne compare que produit par produit les tarifs. Il limite également la comparaison à 6 lignes tarifaires à la fois. De plus, il n'agrège pas les données tarifaires, empêchant donc le client d'avoir une estimation globale des frais bancaires payés. Une estimation qui, quoiqu'il en soit serait à affiner, étant donné le nombre limité de produits et services pris en compte.
Dans sa directive, lUE imposait aux Etats que le ou les comparateurs de tarifs soient gratuits et « indépendants sur le plan opérationnel », cest-à-dire que toutes les banques bénéficient du même traitement. En confiant loutil au CCSF, le gouvernement sest en plus assuré de sa non-marchandisation : lanonymat et la confidentialité de ses utilisateurs sont ainsi garantis. « L'utilisation de ce comparateur est gratuite et ne s'accompagne pas de sollicitations commerciales suite à une consultation comme cela peut être le cas sur des comparateurs privés », résume ainsi Laurent Trichet de Sémaphore Conseil.
En revanche, la directive européenne insistait sur la nécessité de promouvoir loutil auprès du public : « les États membres veillent à ce que des informations soient proposées en ligne sur lexistence de sites internet comparateurs ». Pour lAfub, le gouvernement na, à ce sujet, pas respecté ses obligations. Résultat, « le comparateur public demeure très confidentiel », regrette Serge Maître, le président de lassociation. De fait, l'Afub a décidé de saisir la Commission européenne d'ici 30 jours pour obliger l'Etat français à médiatiser le comparateur.
Cinq mois après la mise en ligne du comparateur, le ministère de lEconomie affirmait que le site avait été consulté 420 000 fois. Après plusieurs sollicitations, Bercy ne nous a pas communiqué de données plus récentes. Le nombre dinternautes consultant le comparateur public de tarifs bancaires, et donc sa portée réelle, restent donc méconnus.
Voir aussi notre palmarès des banques les moins chères
(1) Directive 2014/92/UE du Parlement européen et du Conseil du 23 juillet 2014 « sur la comparabilité des frais liés aux comptes de paiement, le changement de compte de paiement et laccès à un compte de paiement assorti de prestations de base » (2) Etude sur les packages bancaires, Arcane Research, février 2017.




















